Le réveil de la gauche américaine

ap_410857537934_wide-8dc3d8a2ae6baa349cec60586d810c11ca7d030e-s900-c85Méconnue et extrêmement minoritaire, la gauche américaine dont est issu Bernie Sanders, seul sénateur non affilié à un des deux grands partis,  semble mobiliser un électorat lassé par le jeu politique habituel américain. A travers Our Revolution et diverses têtes d’affiches gagnant en importance (Elizabeth Warren, Jeff Weaver, James Zogby, Keith Ellison), le mouvement de contestation initié par Occupy Wall Street en 2011 semble s’institutionnaliser et porter son combat dans les urnes.

Une prise de pouvoir du parti démocrate par le bas

Après sa défaite aux primaires, Bernie Sanders n’a pas abandonné son combat, visant à « gauchiser » le parti démocrate et pouvoir, pourquoi pas, remporter l’investiture démocrate en 2020.

Il a ainsi créé en août 2016, deux mois à peine après sa défaite face à Hilary Clinton, le mouvement Our Revolution afin de continuer sa lutte.

Porté par la dynamique de son relatif succès aux primaires, il tente désormais de prendre le contrôle du parti « par le bas ». Pour ce faire, il dispose d’un fichier constitué lors de sa campagne où sont stockées les données de 5 millions de sympathisants, ce qui permet à ses équipes de contacter par téléphone et mails ses soutiens, ciblés par juridictions, afin de les exhorter à aller voter aux élections locales, généralement ignorées par les électeurs.

Ainsi tandis que le parti démocrate se concentre sur les moyens de lutter contre Trump, les partisans de Sanders gagnent de plus en plus en influence au sein du parti démocrate : en Californie plus de la moitié des délégués à la State Democratic Convention sont des partisans de Sanders, le président du parti démocrate dans l’état de Washington a été remplacé par un soutien de Sanders, ils ont pris le contrôle du parti démocrate à Hawai et au Nebraska…

Cette prise de pouvoir progressive est spectaculaire. En effet le candidat soutenu par Our Revolution, Keith Ellison, bien qu’ayant perdu l’élection à la présidence du parti démocrate au niveau national, a recueilli 200 voix au sein du comité national démocrate contre 39 pour Sanders lors des primaires en 2016.

Un establishment hostile à Bernie Sanders

Se présentant comme socialiste et n’hésitant pas à attaquer le parti démocrate sur sa connivence avec Wall Street et le monde de la finance, celui qui avait tenu un réquisitoire de 8 heures contre la politique fiscale du Président Obama est conscient qu’il ne sera jamais soutenu par le parti, à moins de le transformer de l’intérieur, en remplaçant les cadres élus par des partisans de Our Revolution.

Ces élus qui forment en partie le corps des « super-délégués » revêtent également une importance capitale lors des primaires démocrates. En effet, lors de cette élection indirecte le vote populaire désigne des délégués tenus de voter pour un candidat déclaré, néanmoins les « super-délégués », qui représentent un cinquième des voix, votent à leur guise. Ces derniers avaient pour l’écrasante majorité voté pour Hilary Clinton (570 contre 43), douchant tout espoir de victoire de Sanders. En les remplaçant par ses partisans, il s’offre une réelle chance de gagner les primaires en 2019.  

Un soutien massif des jeunes

Au cours de la primaire Sanders a totalisé à lui seul plus de votes dans la tranche 18-30 ans que Clinton et Trump réunis, réunissant ainsi 1 million et demi de soutiens chez les jeunes.

Cet engouement pour le candidat socialiste confirme le sondage mené en 2016 par l’institut politique d’Harvard, selon lequel 51% des 18-29 ans disent rejeter le capitalisme et 33% vont jusqu’à soutenir le « socialisme ». Par ailleurs la principale organisation socialiste du pays, les Democratic Socialists of America a triplé le nombre d’adhésions en un an.

Ce rejet du capitalisme peut s’expliquer par plusieurs facteurs. D’abord ces jeunes n’ont pas connu la guerre froide et n’associent donc pas le capitalisme à la liberté en opposition au totalitarisme communiste de l’URSS. Ensuite, la crise économique de 2008 a laissé des traces, et comme après le krach boursier de 1929 qui avait donné naissance au New Deal et sa politique très interventionniste, une partie de la population se détourne du capitalisme.

Une polarisation du champ politique

Avec l’élection de Trump et la prise de pouvoir de Sanders côté démocrate, on assiste à une fuite de l’électorat vers les extrêmes. Déçus d’Obama qui bien qu’il ait restauré la croissance économique a accentué les inégalités (11% des américains retirés du marché du travail, un taux de pauvreté de 13.5% en 2015 contre 12.5% en 2009), les électeurs se détournent du parti démocrate et de l’establishment et vont donc vers Bernie Sanders d’un côté, indépendant, et Donald Trump, inclassable, venu du monde de l’entreprise.

Cette polarisation se constate également en Europe, Benoit Hamon et Jeremy Corbyn, tous deux frondeurs et opposés à la ligne social-libérale de leur parti, ont recueilli l’approbation des militants contre l’establishment en place dans leurs partis. Marine Le Pen quant à elle devrait selon toute vraisemblance accéder au second tour de l’élection présidentielle. Là encore ce phénomène s’explique par la gouvernance d’une gauche modérée au bilan désastreux.

 

« Trop Libre est un média de la Fondation pour l’innovation politique. Retrouvez l’intégralité des travaux de la fondation sur http://www.fondapol.org/ ».

Qu'en pensez-vous?