Le printemps des économies émergentes

Les économies des pays émergents connaissent, au printemps 2019, un rebond surprenant dû à trois facteurs.

Le premier concerne les flux de capitaux dans les pays émergents. Ils s’étaient taris en 2018 sous la pression de la remontée des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine. Or la Fed a annoncé en début d’année son intention de ne plus remonter ses taux, sous la pression de Donald Trump qui souhaite maintenir une trajectoire de croissance élevée pour les Etats-Unis. Il ne devrait pas y avoir de nouvelle hausse de taux américains en 2019, ce qui va mécaniquement rééquilibrer les flux de capitaux au profit des pays émergents. La stabilité des taux américains pourrait se poursuivre en 2020 puisque les Etats-Unis sont, d’ores et déjà, entrés en campagne pour la prochaine élection présidentielle.

Le second facteur concerne la bonne conduite de l’économie chinoise. Alors que la production manufacturière chinoise avait reculé entre le second semestre 2018 et février 2019, Pékin a fait récemment plusieurs annonces positives parmi lesquelles le maintien d’un plan de soutien à l’économie et la volonté de conclure un accord commercial avec Washington.

En effet, la Chine entend poursuivre une politique budgétaire expansionniste pour soutenir son économie, en parfait élève de John Maynard Keynes. Pékin a adopté une baisse de l’impôt sur le revenu, de l’imposition des PME et de la TVA, avec l’objectif de consacrer 1,5 % de son PIB aux infrastructures. La Chine peut encore conduire une politique budgétaire expansionniste car sa dette publique est moins élevée que celle d’autres économies émergentes. De plus, l’écart entre le taux d’intérêt et le taux de croissance, dont dépend la dynamique de la dette, est l’un des plus faibles du monde.

Politique habile. Certes, l’endettement des entreprises chinoises est important. Mais sous la conduite de Liu He, brillant économiste et principal conseiller de Xi Jinping, la Chine mène une politique économique habile sur le long terme qui renforce la croissance mondiale et tire les économies émergentes.

Enfin, le troisième facteur concerne la modification, fin mai, de l’indice boursier phare des pays émergents, MSCI Emergents, qui va accueillir de nouveaux membres et entraîner d’importants mouvements sur les marchés émergents. Les gestionnaires de fonds devraient réallouer leurs positions pour refléter la nouvelle composition du MSCI Emergents. Les entreprises incluses dans cet indice, qui regroupe plus de 800 titres de 24 pays émergents, représentent une capitalisation totale de 1 900 milliards de dollars. Les ajustements en cours auront donc un impact majeur dans l’afflux de capitaux vers les nouveaux entrants parmi lesquels figurent l’Arabie saoudite, l’Argentine et l’augmentation de la pondération de la Chine. L’inclusion des titres des sociétés saoudiennes sera même effectuée en deux étapes pour permettre au marché d’absorber le changement. Le poids de l’Arabie saoudite, initialement de 1,4 %, devrait être porté à 2,7 % en août 2019.

Les économies émergentes, qui ont subi les ajustements du prix du pétrole, de la guerre commerciale de Washington et la remontée des taux américains, devraient connaître une trajectoire soutenue de croissance en 2019.

Laurence Daziano, maître de conférences en économie à Sciences Po, est membre du conseil scientifique de la Fondapol et de l’Institut du Bosphore.

Article paru dans L’Opinion le 20 mai 2019

 https://www.lopinion.fr/edition/international/printemps-economies-emergentes-chronique-laurence-daziano-187441
Photo by Alexander Ramsey on Unsplash

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