Le plan Timmermans pour l’immigration économique : une solution intéressante mais partielle à l’afflux des migrants.

Frans TIMMERMANS

Le mardi 7 juin 2016, le Vice-Président de la Commission européenne Frans a présenté au Parlement européen les nouvelles propositions de la Commission pour faire face à l’afflux des migrants économiques.

Le plan de la Commission consiste, en résumé, à investir dans les pays d’origine et de transit des migrants et, ce faisant, d’associer ceux-là à l’UE dans la résolution de la crise migratoire : dans un récent entretien au Monde, Frans Timmermans déclare ainsi que « les problèmes d’immigration et de développement sont liés[1] ».

La Commission propose de mettre en place des accords avec chaque pays tiers, afin d’améliorer sur place les conditions de vie des migrants : des pactes sur mesure et à court terme seront conclus avec la Jordanie et le Liban ; la coopération avec la Tunisie sera approfondie ; des partenariats seront mis en place avec le Niger, le Nigeria, le Sénégal, le Mali et l’Éthiopie ; enfin, l’UE soutiendra le gouvernement libyen d’entente nationale dans la gestion des flux de migration irrégulière. En échange, les pays tiers recevront en tout un milliard d’euros issus du Fonds fiduciaire pour l’Afrique[2].

Cette idée n’est nullement nouvelle : elle fondait déjà l’accord Migration Compact proposé en mai par Matteo Renzi et elle rappelle, de façon transformée, l’accord sur les migrants conclu en avril avec la Turquie. Elle est toutefois originale dans la mesure où le plan invite une dizaine de pays africains à nouer des relations économiques avec l’ensemble de l’UE.

En effet, la plupart de ces pays entretiennent aujourd’hui des relations bilatérales et spécifiques avec des États européens, mais conservent un rapport distant et lâche avec l’UE : ainsi la France cultive-t-elle des liens très étroits avec ses anciennes colonies – la Tunisie, le Mali, le Sénégal et le Niger – au préjudice de l’UE. Le plan Timmermans rappelle aux pays tiers, mais aussi à chacun des pays européens, que l’approche transnationale est la meilleure solution à la crise migratoire, parce qu’elle seule permet de mieux intégrer les migrants aux compétences élevées.

Le plan améliore notamment le système de la « Carte Bleue » qui permet à ceux qui la possèdent de circuler librement dans l’ensemble de l’UE. Les effets de ce système sont aujourd’hui très en-deçà de ce qu’ils devraient être : 14 000 cartes seulement ont été délivrées en 2014, alors que l’Europe manque nettement de main d’œuvre dans les secteurs de la technologie ou de la santé, qui requièrent des compétences très qualifiées[3]. La réforme assouplit les conditions d’admission et d’embauche dans l’UE et devrait générer des ressources économiques annuelles comprises entre 1,4 milliard et 6,2 milliards d’euros[4].

Le plan Timmermans ne vise donc pas à arrêter l’immigration mais à la contrôler : il s’agit d’une part, d’inciter les membres de l’UE à intégrer les migrants les plus qualifiés et d’autre part, d’aider les pays de transit à accueillir ceux qui sont moins favorisés. On peut toutefois émettre des doutes raisonnables sur la capacité des pays tiers à accueillir aujourd’hui ces personnes dans des conditions décentes : pour ne prendre que deux exemples, la Libye est en pleine guerre civile[5] et les incursions de Boko Haram au Niger se multiplient[6].

S’il faut se réjouir que le nouveau plan encourage l’immigration légale des plus favorisés à l’échelon transnational, il faut aussi déplorer que les personnes les plus fragiles soient mises à l’écart de l’Europe au péril de leur vie. En effet, la crise migratoire n’est pas seulement un problème économique, mais surtout une question diplomatique. La solution que propose le plan Timmermans à l’afflux des migrants est donc partielle parce qu’elle est insuffisamment politique : il faut l’approfondir en cheminant vers une Europe davantage unie, aux institutions plus puissantes. Tandis que l’Europe est de plus en plus remise en question, la crise migratoire est une épreuve pour l’UE.

[1]http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/06/07/l-europe-a-les-moyens-de-maitriser-l-immigration_4940732_3214.html. Site consulté le 13 juin 2016.

[2]http://ec.europa.eu/news/2016/06/20160607_fr.htm. Site consulté le 13 juin 2016.

[3]http://www.lopinion.fr/edition/international/bruxelles-veut-faciliter-migration-legale-vers-l-europe-104141. Site consulté le 13 juin 2016.

[4]http://www.la-croix.com/Monde/Migrants-UE-devoile-nouveau-plan-pour-freiner-flux-2016-06-07-1300766845. Site consulté le 13 juin 2016.

[5]http://www.rfi.fr/afrique/20160527-libye-trois-gouvernements-deux-banques-centrales-desormais-deux-monnaies. Site consulté le 13 juin 2016.

[6]http://www.rfi.fr/afrique/20160604-niger-boko-haram-s-empare-bosso-pres-frontiere-nigeriane. Site consulté le 13 juin 2016.

crédit photo Flickr: euranet_plus

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