Le désarmement de l’ETA : le défi de la paix au Pays basque  

ايتا-الباسكيةETA, 3 lettres blanches sur fond bleu et un chiffre : plus de 800 morts en 5 décennies. ETA, 100 fois annoncé moribond et 100 fois renaissant. ETA, pour « Euskadi Ta Askatasuna », soit  « Le Pays Basque et la liberté ». Le 8 avril dernier, une page de l’histoire du Pays Basque a été tournée. En rendant définitivement les armes de l’organisation séparatiste, aux autorités françaises, la société civile espère bien avoir mis fin à la violence dans cette région coupée en deux par la frontière. Retour sur 58 ans d’assassinats, d’enlèvements et d’exactions de l’ETA.

 

 

De l’auréole à l’imposture

Fondé en 1959, officiellement pour lutter contre le franquisme, l’ETA devient rapidement une organisation indépendantiste basque. Pendant 14 ans, elle se bat pour obtenir l’indépendance et contre la politique de Franco. Mais son combat dépasse difficilement les frontières du Pays Basque ou de la Navarre. Le 20 décembre 1973, un évènement vient cependant tout bouleverser : l’assassinat en pleine rue de Madrid de Luis Carrero Blanco, l’héritier désigné d’un Franco vieillissant. Le franquisme n’y survivra pas. L’organisation terroriste est alors auréolée de gloire dans toute l’Espagne : être pour l’ETA, c’est être contre Franco, c’est être démocrate.

L’imposture est cependant vite démasquée : avec l’avènement en 1978 de la démocratie, ce qui devait arriver n’arriva pas. Loin d’un cessez-le-feu espéré par la population, le groupe séparatiste multiplie enlèvements, séquestrations et attentats. De Gonzalez à Zapatero en passant par Aznar, tous les chefs de gouvernements tentent de négocier la paix avec l’ETA. Rien ne change : ils campent sur leurs positions.

Une première trêve conclue en 1998 laisse entrevoir un espoir, mais il est vite réduit à néant. En 1999, les négociations échouent et l’Espagne met en cause directement la France, qui selon elle, ne se dresse pas assez contre les « etarras » mais encourage, au contraire, leurs actions. Ces derniers, une fois leurs méfaits accomplis, venaient en effet se cacher dans les Pyrénées françaises.

Il faut attendre 2004 pour que Paris condamne les actions de l’ETA et refuse de continuer à servir de base arrière. La France met en place une véritable chasse aux sorcières, ce qui marquera un coup d’arrêt à l’organisation. En 2011, un nouveau rebondissement survient lorsque l’ETA renonce au combat armé.

Le désarmement de l’organisation terroriste

Le 8 avril dernier, le groupe indépendantiste a rendu les armes aux autorités françaises en livrant la liste de 8 lieux où était caché leur arsenal. La police française a saisi environ 3,5 tonnes d’armes, dont 120 armes à feu (fusils d’assaut, revolvers, pistolets) ainsi que des explosifs et du matériel servant à fabriquer des bombes. Ces produits dangereux seront détruits, après une expertise en étroite collaboration avec la Guardia Civil. Des deux côtés des Pyrénées, les enquêteurs espèrent retrouver des armes ayant servi à des assassinats ou des enlèvements, ce qui permettrait de clore certaines affaires, en suspens depuis plusieurs dizaines d’années.

Le gouvernement français, via la voix de son Premier ministre, Bernard Cazeneuve, s’est félicité de cette opération, menée dans le calme et sans violence. « Il s’agit d’une étape décisive vers la fin du terrorisme indépendantiste Basque » a-t-il déclaré.

La position de l’Espagne

L’ETA espérait tirer profit avantageusement de son désarmement. Amnistie, rapprochement des prisonniers vers le Pays Basque, libération conditionnelle, il est probable que ces revendications ressurgissent maintenant qu’il est désarmé. « Ce désarmement correspond à une défaite de l’ETA.  Aucun traitement de faveur ne leur sera accordé » a indiqué le porte-parole du gouvernement espagnol. Madrid, qui a déjà largement souffert de l’ETA, prend cet évènement avec des pincettes, et y verrait presque une tentative de manipulation de l’organisation terroriste.

En effet, si Paris salue le geste du groupe séparatiste, pour l’Espagne en revanche, c’est clairement insuffisant. Mariano Rajoy a fait savoir qu’il n’en resterait pas là et qu’il continuera d’adopter une position très ferme vis-à-vis de l’ETA, même désarmée. « Le groupe basque doit annoncer sa dissolution définitive, demander pardon aux victimes et arrêter de monter des coups médiatiques du genre », a-t-il expliqué.

Dorénavant, au Pays Basque, Espagnols comme Français espèrent retrouver la paix et qu’on parle enfin de la région pour son fromage, sa culture et ses plages plutôt que pour sa violence et ses velléités d’indépendance. Mais comme l’a souligné Michel Tubinia, président de la Ligue des Droits de l’Homme : « Faire la paix a toujours été plus difficile que faire la guerre ». 

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