Le crépuscule fossile

3421267105_946967c8dc_oLe crépuscule fossile

Par Pierre Colson

Le crépuscule fossile, Geneviève Férone-Creuzet, Éditions Stock, 2015, 19€

Le monde moderne, industriel, est un monde aujourd’hui régi par le prix du baril de pétrole… Cette course inexorable vers la conquête de nouvelles énergies fossiles, depuis la révolution industrielle, caractérise cette marche en avant, ce progrès qui définit si bien nos modes de vie, nos habitus. Et si nous nous trompions sur la façon de concevoir ce « progrès » ?

Énergie, science, politique, économie, sont les prismes que l’auteure utilise pour nous délivrer son analyse qui dévoile notre rapports aux énergies fossiles, socles de nos sociétés et de leurs développements. Pétrole, gaz ou encore charbon : chacune de ces composantes dessinent le visage de la géopolitique d’aujourd’hui et de demain. En déconstruisant et en annihilant tout l’empire des énergies fossiles, Geneviève Férone-Creuzet parvient ainsi à donner des clefs, des pistes pour bâtir la société de demain.

Devoir de lucidité

L’ambition d’un tel projet passe par une indispensable remise en question de notre modèle, axé sur un véritable appareil conduit par les magnats des énergies fossiles. Le charbon dans un premier temps, fut l’élément moteur de l’industrialisation et d’un développement, à très grande vitesse, de nos sociétés. Années après années, il fut complété puis, quelque peu, écarté par un nouveau facteur de progrès, un nouvel or noir : le pétrole. La consécration des énergies fossiles repose, avant tout, sur la puissance et la domination qu’elles peuvent procurer. Essentiellement matérialiste, cette pensée structure et consolide la magie progressiste du « développement ».

« L’avidité, la prédation et la violence[1] » rongent alors, de plus en plus, un système international qui se définit par cet accès essentiel aux ressources. La collusion entre les puissances industrielles pétrolières et les grandes familles du pétrole façonnent un peu plus les rapports entre les nations. « Des premiers forages des Rockefeller en 1860 à la décomposition du Proche-Orient en passant par les deux guerres mondiales, le pétrole aura été le véritable moteur des conflits tragiques du XXe siècle »[2]. Malgré les déclarations alarmantes et spéculatives, les réserves de pétrole sont aujourd’hui toujours pleines. Nul ne peut contester que les énergies fossiles ont permis un développement significatif de nos sociétés. Toutefois, ce qui était hier une source de progrès vertigineux, est aujourd’hui une véritable épée de Damoclès au-dessus de nos têtes.

Les externalités négatives sont multiples. Des chocs pétroliers à la subsistance de l’État Islamique, l’image de l’or noir est omnipotente. La dépendance de nos sociétés vis-à-vis des énergies fossiles a un prix véritablement coûteux, tant pour les hommes que pour l’environnement. La rente, sans cesse stimulée au profit des chercheurs d’or noir, impacte de manière considérable notre environnement et notre climat. Cette « aristocratie du pétrole », à travers l’ensemble de la planète, tient ainsi dans ses mains une responsabilité décuplée pour les générations futures. Le défi d’un développement durable, celui issu du rapport Brundtland de 1987, prend ainsi toute son importance : donner aux générations futures la capacité de répondre à leurs besoins. Car l’impact sur l’environnement ne saurait se faire attendre. L’accélération des temps géologiques témoigne de l’empreinte que laisse l’Homme sur ce paysage. Cette nouvelle époque grandit et s’administre, dans un débat idéologique appauvrie, entre d’un côté, les férus du progrès technique et de l’autre les apôtres de la décroissance.

crépuscule fossileUn manifeste pour l’avenir 

Avec l’instauration de cette nouvelle époque, la production d’énergie décarbonnée et la garantie d’un modèle économique basé sur une cohésion sociale sont indéniables, et doivent être la devise de ce changement. Aujourd’hui, « pour un euro investi dans les énergies renouvelables, quatre euros le sont dans le secteur fossile »[3]. Il apparaît alors nécessaire de changer de paradigme et d’inverser cette tendance. L’inertie politique ne peut durer davantage. Pour Geneviève Férone-Creuzet, une fiscalité environnementale apparaît ainsi beaucoup plus efficace que des subventions sur le nucléaire ou les éoliennes.

La finance incorpore, de façon significative, le problème fossile. L’évolution de la bulle carbone reste un enjeu vital. La finance, dans son ensemble, permet ainsi aux aristocrates pétroliers de subventionner de nouveaux forages. Il est nécessaire de mettre en avant des investissements verts, souvent portés par la société civile. C‘est pourquoi, l’adhésion citoyenne demeure la clef pour s’ouvrir à cette nouvelle époque. Le désinvestissement graduel dans les ressources fossiles est, de fait, nécessaire. La responsabilité des privés, administrations ou encore fonds spéculatifs est indéniable.

L’énergie verte est l’une des voies de cette société post-fossile. Permettant une production locale et décentralisée, elle propose de nouvelles valeurs gratifiant la communauté plutôt que l’intérêt particulier. Elle met en forme cette nécessité que l’auteure définit comme le « capitalisme altruiste [4]». L’innovation dans la gouvernance des biens communs marque une étape décisive dans l’établissement d’un développement durable.

Dans ce dernier volet de propositions, l’auteure soutient l’idée du passage d’une économie fossile à « une économie de la connaissance[5] ». La connaissance, par le biais du savoir et de la compétence, peut ainsi apparaître comme un des éléments de réponses, face au futur défi de notre siècle, celui d’un développement durable.

 Conclusion

Loin des discours alarmistes, portés sur l’unique doxa écologique, Geneviève Férone-Creuzet nous délivre un véritable manifeste pour l’avenir. Rempli d’optimisme et non catastrophiste, cet ouvrage nous octroie cette faculté à repenser le monde dans lequel nous vivons, en l’adaptant au défi d’un développement durable pour notre société.

«  » Il était une fois une civilisation post-fossile…  » Elle sera certainement fondée sur l’énergie solaire et le partage de connaissance ; la suite appartient à chacun d’entre nous ».[6]

[1] p. 36

[2] p. 36

[3] p. 170

[4] p. 14

[5] Une note d’Idriss Aberkane (« Économie de la connaissance ») à ce sujet fut publiée par la Fondation pour l’innovation politique en Mai 2015

[6] p. 237

 

crédit photo Flickr: tabacstar

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