Le come-back médiatique de Bush

1024x1024Alors que George W. Bush avait quitté la maison blanche sous les huées et une côte d’opinion au plus bas (34% d’approbation), l’ancien président qui semblait pestiféré et retiré de la vie politique et médiatique fait un come-back étincelant. Il est en effet l’invité de nombreux talks-shows (Sean Hannity sur Fox News, ABC Today, Jimmy Kimmel ou encore Helene Degeneres) et est accueilli avec sympathie là où les trois derniers cités, d’obédience démocrate, n’ont eu de cesse de manifester leur hostilité à son égard durant son mandat.

Plus étonnant encore est le ralliement de la presse démocrate à George W. Bush, que ce soit le Washington Times, le Washington Post ou le journal britannique The Guardian, tous le montrent comme un parangon de vertu, un sage dont devrait s’inspirer Donald Trump.

Comment expliquer ce phénomène ?

Une figure sympathique

Si George W. Bush est invité sur les plateaux de télévision ce n’est pas en sa qualité d’ancien président, mais d’artiste. Il expose et publie en effet une série de portraits peints de vétérans, un hommage qui le place en posture de rédemption face à sa politique étrangère belliqueuse.  

Or s’il y a bien deux valeurs qui sont partagées par les Américains et prennent une place importante dans leur culture, ce sont bien la rédemption et le respect des vétérans qui ont combattu pour le pays, vus en héros.

C’est dans ce contexte favorable que les Démocrates et la presse ont trouvé en George W.  Bush un nouveau représentant de la résistance contre Donald Trump.

Un allié de l’opposition

Ainsi celui qui s’était refusé à tout commentaire sur le mandat du président Obama est sorti de sa réserve et a critiqué certaines prises de position de l’actuel président Trump, notamment sur le « Muslim Ban » : il a fait valoir qu’il était (et avait toujours été) favorable à une politique d’immigration accueillante. Surtout le 43e président des Etats-Unis a pris position sur la guerre que Donald Trump a déclaré aux médias, affirmant :  

« Nous avons besoin des médias pour que les gens comme moi aient à rendre des comptes. Le pouvoir peut être très addictif et il peut être corrosif. Il est important pour les médias d’appeler à rendre compte les gens qui abusent de leur pouvoir, que ce soit ici ou ailleurs »

Il n’en a pas fallu plus pour que l’ancien ennemi numéro un des « libéraux » et progressistes devienne, du moins à leurs yeux, le chantre de la résistance, face à l’absence de réel leader d’opposition démocrate. Hilary Clinton s’étant retirée suite à son échec aux élections, Bernie Sanders et Elizabeth Warren étant plus occupés à prendre le contrôle du parti démocrate qu’à lutter contre Donald Trump.

Une amnésie volontaire ?

Montrer George W. Bush comme un défenseur des libertés c’est toutefois occulter une partie de la politique mise en place lors de son mandat. En effet, bien qu’il ait effectivement appelé à ne pas stigmatiser l’islam après les attentats du 11 septembre et qu’il n’ait jamais réagi négativement aux moqueries dont il faisait l’objet quand il était au pouvoir, il est possible de voir une relation causale entre les mesures prises durant son mandat et  les agissements actuels de Donald Trump.

En effet si l’administration Bush n’a jamais critiqué les médias comme Donald Trump le fait ou Richard Nixon en son temps, elle l’a néanmoins manipulée, abreuvée de fausses informations et muselée en rendant toute critique de la guerre contre le terrorisme impossible par le biais de l’Office of Strategic Influence.

Cette manipulation des médias, agissant involontairement comme outil de propagande pour l’administration Bush, a pu alimenter la méfiance de Donald Trump vis-à-vis d’eux, lui qui a souvent attaqué George W.  Bush sur la guerre en Irak lors de la campagne présidentielle.

Ensuite le « Muslim Ban » trouve ses racines juridiques dans un décret de l’administration Bush, le National Security Entry-Exit Registration System, qui soumettait à un fichage et un contrôle poussé les ressortissants de pays classés à hauts risques.

Une figure remplissant les critères médiatiques

Lui-même Républicain, ancien président des Etats-Unis, George W. Bush n’a a priori aucun intérêt personnel à critiquer son successeur, ce qui donne une certaine légitimité à ses propos, le plaçant dans la position du sage. Par ailleurs son amitié avec Michelle Obama, encore très populaire dans l’opinion publique, lui permet d’actualiser son capital médiatique. Il remplit donc tous les critères pour être sollicité par les médias. Une figure connue, institutionnellement établie en sa qualité d’ancien président des Etats-Unis, au fort capital sympathie et qui produit un discours favorable aux médias, tant dans la forme, par l’usage de mêmes mots répétés à chaque interview, concis et travaillés, que le fond.

En somme George W. Bush agit comme une allégorie de la situation politique américaine : une opposition virulente entre une élite médiatique américaine et un président populiste qui s’adresse au peuple en 140 caractères. 

 

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