Le climat qui cache la forêt

climat qui cacheLe climat qui cache la forêt 

Par Coralie Pereira

Le climat qui cache la forêt : comment la question climatique occulte les problèmes environnementaux, de Guillaume Sainteny, éditions Rue de l’échiquier, 2015, 272 pages,  18€

Guillaume Sainteny (1958 –) enseigne le développement durable à AgroParisTech. Auteur de plusieurs livres[1], il traite du développement durable et de ses implications économiques, politiques et sociales en regard avec le monde contemporain. Avec Le climat qui cache la forêt, l’auteur signe un essai remarquable sur le réchauffement climatique et les implications qu’il peut avoir, et lui redonne sa juste place.  

L’environnement et ses problématiques

Dans Le climat qui cache la forêt, Guillaume Sainteny se réapproprie son thème de prédilection. À travers une analyse politique, économique et sociale des questions environnementales, il réaffirme une réalité : l’environnement se heurte à de nombreuses difficultés, dont on doit impérativement s’occuper. La situation, largement préoccupante, doit être inversée. De manière transversale et indirecte, l’auteur rappelle les différentes problématiques liées à l’environnement ; le climat et son réchauffement en constituent une problématique majeure mais pas unique : la dégradation des sols, de l’air, des paysages et de la biodiversité en font aussi partie intégrante. Complexe, l’environnement appelle donc à une protection multiple qui ne serait pas toujours mise en place. Guillaume Sainteny alerte ainsi sur le traitement actuel du développe durable, qui semblerait par trop inefficace.

Le primat climatique, une priorité cohérente ?

Le climat qui cache la forêt est l’occasion pour son auteur de revenir sur une incohérence majeure du traitement du développement durable. En effet, si le réchauffement climatique et ses nombreuses conséquences ne sont pas à négliger, l’auteur remet en cause la primeur qu’on lui accorde. Le réchauffement climatique n’est effectivement qu’une des nombreuses tendances négatives des changements environnementaux de notre temps. Il est au demeurant une conséquence des dérives des autres composantes du développement durable et des différentes questions environnementales. Ainsi, s’il est nécessaire de trouver des solutions efficaces qui permettraient de réduire les effets négatifs du réchauffement climatique, doit-on pour autant orienter toutes les politiques et actions environnementales sur ce seul sujet ? C’est sans aucun doute que Guillaume Sainteny répond par la négative.

livre climatQuelques explications…

Pourquoi alors une telle mise en avant ? Tout au long de son ouvrage, Guillaume Sainteny replace les débats environnementaux au sein des contextes politique, économique et social nationaux puis internationaux. Pour lui, nul doute que la prépondérance des problématiques climatiques est liée à la mauvaise compréhension du terme « environnement ». L’auteur pointe également le jeu médiatique auquel se livre chaque jour la presse : c’est en effet cette dernière qui décide de mettre en lumière les décisions prises relatives au réchauffement climatiques. Ainsi, loin d’être l’une des préoccupations principales de l’opinion publique, le réchauffement climatique se retrouve en tête d’affiche, alors même que son importance est toute relative.

Des questionnements perspicaces

Le climat qui cache la forêt est aussi un ouvrage perspicace. Son auteur, loin de se contenter de n’exposer que les dysfonctionnements ou encore de pointer du doigt les incohérences des politiques actuelles, présente une véritable réflexion constructive. Quelle est la situation actuelle ? Comment peut-on l’améliorer ? Au fil du texte, il dissémine ses questionnements. Par exemple, ne devrait-on pas intégrer dans nos politiques de développement durable les pays en voie de développement, premiers pollueurs en comparaison des pays développés qui augmentent chaque année leurs éco-gestes durables ? Ou encore ne serait-il pas judicieux de réduire les subventions accordées à l’extraction des énergies fossiles quand on sait qu’elles sont si néfastes pour l’environnement ? Ne serait-il pas intéressant d’appliquer à l’échelle des nations les directives pour l’environnement adoptées à l’échelle internationale ?

Un livre fort à propos

Alors que la COP21 se tient au Bourget, Guillaume Sainteny signe un livre fort à propos. Sans nous souffler les réponses, qu’il ne prétend pas avoir, l’auteur ouvre nos esprits à la réflexion et nous pousse à nous poser les bonnes questions. Surtout, il nous interroge : suivons-nous le bon chemin pour l’environnement de demain ?

[1] Plaidoyer pour l’écofiscalité (2012), Développement Durable. Aspects stratégiques et opérationnels (2010), L’Introuvable écologisme français ? (2000) et La Fiscalité des espaces naturels (1993). 

crédit photo : flickr Le Centre d’Information sur l’Eau

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