La vocation pour la culture : entre promesses et réalités

06.09.2013La vocation pour la culture : entre promesses et réalités

Par Coralie Pereira

Vincent DUBOIS, La culture comme vocation, Editions Raisons d’agir, Paris, 2013, 202 pages, 20 €

Vincent Dubois est sociologue et professeur des Universités à l’IEP de Strasbourg, connu pour la publication de plusieurs ouvrages de référence sur sa politique culturelle en France[1]. Le chercheur livre ici un travail qui  tente d’expliquer de manière sociologique l’engouement des étudiants pour les métiers de la culture. A l’origine de cette étude, Vincent Dubois a souhaité comprendre pourquoi tant de jeunes s’orientent vers ce secteur réputé pour être particulièrement difficile.

L’édition d’un travail universitaire

La culture comme vocation est avant tout la publication d’un travail de recherches universitaires, s’adressant donc à un public à la fois large et averti. La lecture de cet ouvrage peut s’avérer cependant parfois complexe en raison de la masse importante de données issues majoritairement de questionnaires, mais aussi d’entretiens.

Une étude des futurs administrateurs de la culture

A de multiples occasions, Vincent Dubois parle de sa méthode de travail et cite ainsi la provenance des chiffres et statistiques dont il dispose. Les questionnaires qui lui ont permis d’élaborer le plan très détaillé de son livre ont été remis aux étudiants candidats à une vingtaine de formations de master universitaires spécialisés dans le secteur culturel. Son travail porte donc bien sur un secteur en général et non une liste d’emplois : là réside la particularité de l’étude. Sont en revanche exclus du champs d’analyse les professions relevant de la pratique artistique (comédiens, chanteurs ou peintres) qui ne sont pas à proprement parler des vocations pour les métiers culturels.

L’analyse est guidée par un certain souci de précision, laissant au lecteur le libre accès de l’enquête[2]. Vincent Dubois avoue par ailleurs se sentir proche de son objet d’étude, avec les avantages et inconvénients que cela suppose : le chercheur indique ainsi qu’il a déjà enseigné dans ce type de formation et avait également envisagé, lorsqu’il était lui-même étudiant, de travailler dans ce secteur.

Des étudiants aux origines sociales favorisées

Tout au long de son étude, Vincent Dubois essaie surtout de familiariser ses lecteurs avec les étudiants – et donc futurs professionnels – de la culture. Qui sont-ils précisément ?

L’étudiant dans le secteur de l’administration culturelle est avant tout une étudiante : les jeunes femmes représentent près de 85% de l’ensemble de la population étudiée, un taux qu’on ne retrouve que dans le secteur médico-social.

Par ailleurs, ces étudiant(e)s possèdent un bagage universitaire important (supérieur à la moyenne nous dit le sociologue), et sont issus en grande partie des filières littéraires ou de sciences humaines. Leur milieu social d’origine est très souvent aisé : enfants issus en majorité des classes moyennes supérieures, professions intellectuelles (enseignants) ou artistiques (musicien etc.), dont les parents peuvent parfois déjà travailler dans le secteur culturel. Les filières menant aux métiers de la culture apparaissent donc, dans leur composition, élitistes. Ce constat est important si l’on pense aux formations menant au métier d’enseignements qui avaient dans les années 1970-1980 un véritable rôle d’ascenseur social.

On perçoit également en filigrane une certaine définition ou du moins les idées que ce font ces étudiants de terme « culture ». Ainsi, la culture la plus populaire (comme le rap et l’existence de peu ou pas de pratique artistique) leur apparaitrait illégitime a contrario d’une culture plus élitiste ou institutionnalisée (littérature, presse spécialisée dans la culture, opéra, théâtre etc.) [3]. Cette définition pourrait paraître peut-être quelque peu surfaite à un lecteur néophyte mais elle demeure toutefois celle établie par les candidats eux-mêmes au travers de leurs réponses aux questionnaires.

La culture comme échappatoire social

Si bien sûr le propos de Vincent Dubois veut cerner avant tout les tendances des étudiants à s’orienter vers les professions liées au monde de la culture, la culture est aussi l’objet de son attention. Dès l’introduction[4], l’auteur parle de la culture comme un réceptacle de la vocation où les métiers sont « attractifs, moins pour le confort matériel qu’ils garantissent en termes de stabilité d’emploi et de niveau de revenus qu’en raison de l’image valorisée et valorisante qui leur est associée, ou de l’épanouissement dont ils portent la promesse »[5].

Et c’est justement la stabilité, la sécurité procurée par un parcours tracé d’avance ou encore une peur de la routine que ces étudiants rejettent. La vocation pour un secteur et non une profession en particulier est, par ailleurs, un cas particulier, que l’on retrouve nulle part ailleurs à quelques rares exceptions près (communication par exemple). Vincent Dubois soulève au passage ici encore un paradoxe : ce « flou » qui entoure les débouchés concrets des métiers de la culture pour ces étudiants va à l’encontre de leur parcours très souvent caractérisé par une importante pré-professionalisation (stages, nombreuses expériences professionnelles dans les métiers de la culture). Le sociologue explique cette apparente contradiction avec l’envie de ces jeunes de se laisser le maximum de « portes ouvertes », d’opportunités, afin d’envisager un parcours professionnel riche en expériences diverses et variées, et dépeint en négatif, leur rejet des carrières « classiques ».

L’attractivité des métiers de la culture s’expliquerait enfin par le prestige social que revêt cet univers. Bien que réputé difficile et concurrentiel, le secteur culturel apparaît comme un échappatoire pour des étudiants quasiment certains de ne pouvoir occuper la même position sociale que leurs parents, car issus de formations aux débouchés difficiles (filières littéraires etc.). La vocation pour la culture apparaît alors comment un moyen de lutter contre la d’un déclassement social.

 

Crédit photo : Flickr, Problemkind


[1] Vincent Dubois, « La politique culturelle. Genèse d’une catégorie d’intervention publique » Paris, Belin, coll. Socio-histoires, 1999, 381 p. (édition de poche, 2012) ; Vincent Dubois, « Le politique, l’artiste et le gestionnaire : (re)configurations locales et (dé)politisation de la culture, avec Clément Bastien, Audrey Freyermuth et Kévin Matz », éditions du Croquant collection Champ social, 2012, 274 p.

[2] Vincent Dubois, Paris, 2013, pp 191-200.

[3] Vincent Dubois, Paris, 2013, pp 154-155.

[4] Vincent Dubois, Paris, 2013, pp 9-24.

[5] Vincent Dubois, Paris, 2013, page 9.

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