La sobriété numérique

« Smartphones, ordinateurs, tablettes, consoles de jeux, GPS, ils ont envahi notre quotidien. Chaque jour, nous les utilisons pour nous connecter à internet, regarder la télévision, communiquer sur les réseaux sociaux, partager des photos, acheter un billet de train (…) Comment cet univers numérique a-t-il pu devenir aussi « gras » ? Dans quelle mesure est-il possible d’inverser la tendance ? Quels sont les bonnes pratiques et les bons gestes ? Car tout n’est pas perdu, des pistes existent pour concevoir un avenir numérique plus sobre et responsable ». Frédéric Bordage affiche son ambition : celle d’un «  passage à l’action », offrant les clés de lecture, afin de mieux saisir l’urgence et l’importance d’une redéfinition de la place du numérique dans notre société et « au moins à court terme, d’adopter une posture de sobriété ». Au-delà de la réflexion, l’ouvrage se veut un prêt-à-l ’action, un guide pour l’adoption de gestes quotidiens, simples et efficaces.

 

Les gestes pour agir : allongez la durée de vie de vos appareils.

 

«  Les gestes clés sont les gestes fondamentaux de la sobriété numérique. Fondamentaux, car ils sont très efficaces en termes de diminution d’impact et parce qu’ils sont simples : l’effort à fournir pour les mettre en pratique au quotidien est limité ». Pour l’auteur, la durée de vie des équipements numériques est, avec la conception responsable de services numériques, un des deux fondamentaux de la sobriété numérique. L’enjeu serait en fait de ne pas tomber dans une écologie punitive. Les plateformes collaboratives permettent de donner une seconde vie aux smartphones et de favoriser leur réutilisation pour une somme modique. De la même façon, le fait d’éteindre sa box internet et sa télévision avant d’aller se coucher permettrait d’économiser de 65 à 130 kWh, soit de 650 à 1300 litre d’eau par an.

 

Privilégiez le réemploi des équipements d’occasion.

 

« Nous sommes face à un paradoxe qui en dit long sur les blocages psychologiques qui restent à lever. Il nous semble normal de rouler à 130 km/h dans des voitures d’occasion, alors que le danger est mortel en cas de défaillance technique. Mais nous avons peur d’utiliser un smartphone ou un ordinateur de seconde main, qui n’induisent pourtant aucun risque grave ». D’un point de vue économique, ce comportement s’avère d’autant plus incohérent que la réparation et le réemploi créent des emplois locaux et redonnent du pouvoir d’achat aux ménages les plus modestes, tout en contribuant à réduire la fracture numérique. Un rapport du Sénat indique également que 100 millions de téléphones dorment au fond de nos tiroirs. « Il ne tient donc qu’à nous de développer le réemploi des équipement d’occasion ».

 

Mutualisez : achetez moins et partagez plus.

 

« La mutualisation est une démarche très efficace pour réduire l’empreinte du numérique, car elle permet de diminuer le taux d’équipement des ménages et par conséquent, le nombre d’appareils fabriqués et ainsi la quantité de déchets électroniques générés ». Frédéric Bordage incite ici au partage des connexions, des coûts, afin de réduire l’impact environnemental et sanitaire de nos consommations. Les imprimantes pourraient être mutualisées dans les logements collectifs, comme elles le sont déjà dans les bureaux. Le modèle actuel du suréquipement n’est pas souhaitable et devra prochainement céder la place au partage des ressources numériques.

 

S’engager et militer.

 

« Agir au quotidien, à la maison et dans sa vie privée, c’est déjà un bon début. Si vous vous sentez une âme militante, vous pouvez faire encore plus en poussant votre entreprise et les pouvoirs publics à agir ». De nombreux retours d’expérience montrent qu’il est possible de diviser par 100 l’empreinte du numérique mondial en « éco-concevant » les services numériques des entreprises. Il s’agit ici d’imaginer des services en ligne plus sobres et légers, reposant sur des technologies universelles, mais aussi sur des low-tech capables de fonctionner sur d’anciens appareils électroniques. « En Afrique par exemple, l’application m-Pedigreesauve des centaines de vies tous les jours grâce à un simple échange de SMS : l’utilisateur envoie le numéro inscrit sur l’emballage de sa boîte de médicaments et il reçoit une réponse immédiate l’informant s’il s’agit d’un médicament ou d’une contrefaçon », affirme l’auteur qui s’interroge sur l’identité du « Google de demain » : s’agira-t-il d’une firme qui sauve des vies ave un simple sms ou celle qui a besoin de 15 000 fois plus de puissance pour prendre un rendez-vous ?

 

Ajouter la sobriété numérique dans les formations.

 

« Trop souvent, nous laissons croire à nos enfants que la technologie est capable de venir à bout de tous les enjeux majeurs de la société. Nous créons ainsi une illusion qui ne leur permet pas de penser un avenir viable. C’est criminel ». Pour Frédéric Bordage, la technologie et le numérique ne sont que des outils, au service d’un projet de société. Ils représentent un « pharmakon », remède aux nombreux effets indésirables sur le long terme, supplantés par les effets bénéfiques sur le court terme. De ce point de vue, il est urgent et indispensable, comme l’expliquait Michel Desmurget dans son ouvrage «  La fabrique du crétin digital », d’accompagner les jeunes publics dans l’adoption d’une hygiène numérique et de leur montrer comment prendre du recul par rapport à cet outil. « (…)  en mars 2018, la communauté du numérique responsable, représentée par GreenIt.fr et d’autres acteurs tels que le WWF France, l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et la Fondation internet nouvelle génération (Fing), a demandé aux pouvoirs publics d’inscrire le numérique responsable dans les programmes scolaires et dans les formations certifiées par l’État, et de fournir aux enseignants des kits pédagogiques pour les aider dans leur mission d’éducation ». 

 

Rendre obligatoire l’écoconception des services numériques publics.

 

« L’État à le devoir de montrer l’exemple et de tirer la nation tout entière vers le haut. C’est pourquoi il devrait rendre obligatoire, via la commande publique notamment, l’écoconception des principaux services numériques destinés aux citoyens. C’est déjà le cas en matière d’accessibilité numérique, mais rien n’est fait à l’heure actuelle en ce qui concerne la préservation de l’environnement ». Frédéric Bordage voit dans cette démarche l’opportunité pour l’État de démontrer au plus grand nombre l’intérêt social, économique et environnementale de la sobriété numérique, levier de la diffusion pédagogique et de l’adoption des bonnes pratiques par le grand public.

 

Farid GUEHAM

 

Pour aller plus loin :

 

-       « Numérique : quelques gestes au quotidien pour moins polluer »lepoint.fr

-       « La sobriété numérique peine à s’inscrire à l’agenda des directions générales », lesechos.fr

-       « 100 millions de téléphones portables usagés : l’urgence d’une stratégie », senat.fr

-       « Quelle est l’empreinte environnementale du numérique mondial ? », greenit.fr

-       « Pollution numérique : attention à l’effet triple sur quinze ans », business.lesechos.fr

-       « Empreinte environnementale du numérique mondial », Frédéric Bordage, GreenIT.fr

-       « Entrons dans l’âge des low-tech », colibris-lemouvement.org

-       « Écoconception des services numériques »syntec-numerique.fr

 

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