La jeunesse française est-elle condamnée à une stagnation séculaire ?

27535578794_8d1cee0ec9_zPar @Matthieu Montjotin, avec @Hemisphère Droit

Il est communément admis que la France, comme tous les pays développés, est condamnée à une stagnation séculaire. Une génération entière serait ainsi contrainte de vivre avec une croissance atone. Les arguments qui soutiennent cette thèse sont nombreux.

Endettement, vieillissement, ralentissement des gains de productivité, une génération entière serait condamnée à une stagnation séculaire

L’endettement. Avec une dette de plus de 2 000 milliard d’euros, soit plus de 95% du PIB, la France se dirigerait vers une très longue phase de désendettement. Pour faire face au déficit annoncé de 4,3% en 2015, bien au-dessus des 3% qu’il a juré de respecter depuis le traité de Maastricht, notre pays ne pourrait revenir à l’équilibre par une simple hausse des recettes. Et la nécessaire baisse des dépenses publiques affaiblirait fortement la croissance future, dit-on.

Le vieillissement. La population française, elle aussi, sera affecté par le vieillissement qui touche tous les pays développés. Selon l’INSEE, la classe des 20-64 ans va baisser pour atteindre 52% en 2050 contre 59% en 2005. Cette contraction de la population en âge de travailler, certes bien moindre que celle de ses voisins européens, condamnerait la France à des taux de croissance très faibles.

La productivité. Il est admis que les cycles de croissance sont corrélés avec les cycles de progrès technologiques à l’origine des gains de productivité. Mais on observe aujourd’hui un recul de la productivité globale en France. Cette tendance serait le résultat de la baisse de la productivité du capital du fait de l’augmentation de l’intensité capitalistique de notre économie et du ralentissement de l’efficacité du secteur de la Recherche et Développement. La «Troisième Révolution Industrielle» est ainsi souvent dénoncée comme un leurre. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication n’auraient pas su apporter les gains en productivité dont la France a besoin depuis les années 1970 pour sa croissance.

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Cependant, à ces théories macroéconomiques qui enferment la France dans un modèle, il faut opposer un constat concernant la société française.

La France porte en germe une population d’entrepreneurs. En effet, la génération qui vient à maturité est bien plus créatrice d’entreprises que celle de ses parents. Si le nombre d’entreprises créées a baissé de 13% entre 2010 et 2013 du fait de la crise économique, la tendance sur les dernières années est implacable: +127% en 10 ans.

La France porte en germe une génération d’entrepreneurs

La France a donc une génération d’entrepreneurs et il est bon de rappeler ce fait, à une époque où l’on spécule si facilement sur l’apocalypse de l’économie française. Trop souvent l’on entend des représentants politiques appeler de leurs voeux la France à se transformer en un pays d’entrepreneurs, de «start-upers». Il faut leur dire que leur pays l’est déjà!

Le numérique, le «big data», l’énergie propre, les services à la personne, l’économie du partage, les branches récemment ouvertes à la concurrence, autant de secteurs économiques qui recèlent de nombreux entrepreneurs français.

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Source : Insee, Répertoire des entreprises et des établissements (Sirene).

Cette génération est un atout exceptionnel sur le plan européen. Le taux de création d’entreprises (le nombre d’entreprises créées divisé par le nombre d’entreprises existantes) est de 15% contre 10% au Royaume-Uni et 8% en Allemagne. Les fondements d’une croissance se trouvent là, dans cette génération. La croissance n’est donc pas à créer, elle doit simplement être libérée.

Ainsi, on ne peut pas condamner une génération entière à un futur écrit d’avance puisque les théories macroéconomiques sur la croissance française ferment les yeux sur l’émergence de cette société créant des entreprises qui bouleverseront notre vie quotidienne.

La croissance n’est pas à créer, elle doit être simplement libérée

Cependant, ces prévisions permettent de comprendre que le bouillonnement de la jeune génération n’est pas une condition suffisante pour la croissance.

Il faut créer le terreau fertile pour la croissance française en libérant celle des entreprises, en libérant l’initiative individuelle, l’innovation, en réconciliant l’administration et le secteur privé. En se recentrant sur ses fonctions régaliennes, l’Etat peut desserrer l’étau que constitue la dette. En libérant cette force entreprenante, l’Etat ouvre des perspectives de croissance, incite donc à l’investissement et offre les conditions d’une future hausse de la productivité.

Voilà comment la jeunesse répond aux prédictions de stagnation séculaire.

« Crédit photo Flickr: Ecole Polytechnique Université Paris-Saclay»

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