La France Politique vue d’Europe : l’incurie a assez duré !

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Vue d’Europe, la France est ce vieux pays dont la grandeur aurait par vingt fois pactisé avec la liberté du monde. Elle est cette Vieille Terre corrodée par les luttes de son Histoire, « allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau »*. Cette France est immuable, éternelle et source constante d’inspiration.

Vue d’Europe, la France Politique est, quant à elle, en proie permanente aux changements, aux aléas de la conjoncture économique. Elle concentre autant de doutes que d’espoirs. Elle est souvent paradoxale, passionnante, décevante également. Cette France Politique fait de notre pays un lieu unique au monde où, lorsque l’on ajoute dix citoyens à dix autres, l’on n’obtient pas une addition, mais vingt divisions (Pierre Daninos)!

Chaque mois, ces quelques lignes auront pour objectif de cerner cette France Politique à travers le prisme de la presse européenne. Nous tenterons de saisir la manière dont nos voisins nous perçoivent et considèrent notre cycle politique.

Dans cette première contribution, il était difficile, voire absurde, de ne pas évoquer le regard porté par la presse européenne sur la commotion électorale subie par la France le 25 mai dernier.  Celle-ci  s’est largement faite l’écho de la victoire du Front national. Les termes utilisés par les rédactions des principaux quotidiens européens témoignent encore du heurt alors provoqué.

Le Bild (Allemagne) décrit un véritable « choc», le Faz (Allemagne) un « séisme politique », La Repubblica (Italie) un « tremblement de terre ». Au Royaume-Uni le Daily Mail  titre alors que Marine Le Pen « mène la marche de l’extrême droite sur l’Europe » tandis que l’Espagne s’inquiète de voir « le visage amical » de l’extrême-droite « déferler sur la France » (El Mundo et la RTVE). Ces titres, engagés et incisifs, résonnent encore. Ces termes n’ont finalement pas davantage d’esprit que les idées qu’ils formulent, que l’alerte qu’ils prononcent.

Depuis lors, les rédactions européennes sont lucides. Elles ne sont ni tendres, ni clémentes et, trop souvent, peu optimistes. Les éditoriaux réprobateurs envers la politique française s’amassent et se ressemblent. Morceaux choisis.

-          En Allemagne, Die Welt estime que la « deuxième puissance économique d’Europe » est aujourd’hui menacée et risque de ne pas être capable d’être encore entendue –et attendue- à Bruxelles ». Die Zeit ressassait récemment les raisons de la victoire des extrêmes : la rigidité de notre système éducatif qualifié « d’autoritaire », « le gouffre » entre l’élite politique et les citoyens, entre la manière dont les français se considèrent et la situation actuelle du pays, entre la prégnance de l’Etat sur l’économie et les demandes d’une compétitivité mondialisée. Le quotidien allemand Handelsblat déplore que la France ait donné vainqueur un parti qui prône « le repli sur soi, le racisme, et le nationalisme » et constate : « la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale, celle des valeurs “liberté, égalité, fraternité”, s’éloigne de nous ».

-          En Italie, Il Giornaleretrace les étapes récentes franchies par Marine Le Pen et prévient du «  vol qui pourrait la transformer en une véritable Reine de France ». Vu d’Italie, l’axe historique franco-allemand, moteur de la construction européenne pendant des années, a vécu. De nombreux articles raillent les choix opposés et retentissants effectués par les deux pays ainsi que le chemin de crête esquissé par Manuel Valls, insuffisamment réformateur, pour répondre aux nécessités présentes.

-          Depuis Londres, l’International Herald Tribune, dans un article baptisé « La banalité de la colère », à la charge lourde et parfois injuste, estime que « nulle part ailleurs qu’en France la crise de la modernité n’est ressentie plus fortement. Là où, depuis un quart de siècle, la mondialisation fait régner un climat de morosité et de méfiance sans précédent. Incommodé par le capitalisme, peu réceptif à l’idée de flexibilité,  pas convaincu par le modèle anglo-saxon, le pays s’est retranché dans sa rancœur. Pour lui, l’immigration et l’ouverture représentent davantage une menace qu’une opportunité ». L’édito déplore que notre « président, jadis l’incarnation quasi royale de la gloire française, soit devenu un personnage ordinaire, à la limite de l’insignifiance ».

-          En Espagne, le 17 juin dernier, le journal ABC dépeint la « catastrophe politique sans précédent » qui « s’aggrave en France ». Il souligne que « tous les indicateurs sociaux, économiques et politiques sont au rouge » tandis que le correspondant à Paris du quotidien El País compare la France à l’Empire ottoman dans un éditorial sans complaisance titré « La France, malade de l’Europe ».

-          Vu de Belgique, l’éditorialiste du Soir a décrit un paysage politique dévasté, sans ligne ni chef. Effaré par notre président « complètement démonétisé », qui s’invite à la télévision « pour ne rien dire », le quotidien belge appelle les partis de gouvernement à « ouvrir les fenêtres et libérer le pays de l’asphyxie, pour entendre de nouveaux projets et laisser éclore de saines ambitions contre l’extrême droite ».

Après avoir consulté près de cinquante sources de presse variées et représentatives, il est frappant de constater à quel point, vue d’Europe, la France Politique, plombe, actuellement, son avancée. Elle est devenue un maillon faible. Sur la scène européenne, la France semble se reposer sur son histoire et s’accommoder d’un rythme politique éculé.

Pourtant, nos voisins veulent retrouver une France Politique audacieuse et rassérénante. Ils souhaitent que la France soit à nouveau perçue comme un émetteur d’idées neuves, un centre névralgique d’impulsions politiques. A nos leaders de changer d’ère pour libérer la France de l’asphyxie. A eux de faire de l’Europe une tribune pour une forme nouvelle d’expression et d’ambition collective.

La France Politique est attendue sur la scène européenne. La presse guette les signaux positifs et nous ne manquerons pas de les relever lors de revues de presse plus favorables.  L’incurie politique française a suffisamment duré.

Benjamin BOSCHER

*Mémoires de guerre, Charles De Gaulle.

Crédit photo : John Picken

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