La finance solidaire, ou comment mettre les outils financiers au service de l’intérêt général

648x415_epargne-solidaire-deja-seduit-million-souscripteursSi la finance bénéficie aujourd’hui d’une relativement mauvaise image auprès de l’opinion publique, qui la voit comme un milieu amoral où seul le profit compte, et que ces clichés sont alimentés par certains films tels par exemple Le loup de Wall Street¸ cela n’exclut pas le fait qu’elle puisse également aller dans le sens de l’intérêt général, et accomplir un rôle social et philanthropique. C’est ce que se propose de faire le secteur de la finance solidaire.

 

Le but de la finance solidaire est d’appliquer les outils financiers classiques au soutien de projets ou d’initiatives ayant un objectif d’intérêt général, tout en réalisant bien sûr une plus-value sur ces activités. Concrètement, plusieurs moyens composent cette finance solidaire : les fonds d’épargne salariale labellisés solidaires, le microcrédit, mais aussi les fonds d’investissement solidaires, ou bien encore les obligations à impact social (Social impact bonds). On s’intéressera tout particulièrement dans cet article aux deux derniers de ces exemples.

En ce qui concerne les fonds d’investissement solidaires, le principe reste le même que pour les fonds classiques : des investisseurs individuels ou institutionnels placent leur argent au sein du fonds, qui s’occupe d’agréger les dépôts reçus et de placer cet argent sur les marchés financiers, dans le but de réaliser une plus-value, sur laquelle le fond se réserve une commission, et qui est par la suite redistribuée entre tous les investisseurs. Les fonds d’investissement solidaires ne changent rien à ce principe, leur particularité sera simplement qu’ils utiliseront une certaine partie de leur plus-value pour investir dans des projets ou des entreprises labellisés « solidaires » (la labellisation étant gérée en France par l’organisme Finansol). Cette partie consacrée aux investissements dits « solidaires » concerne généralement entre 5 et 10% de la plus-value, d’où le fait que ces fonds soient aussi parfois appelés des Fonds « 90-10 ».

L’importance de ces fonds est à relativiser, car ils ne représenteraient aujourd’hui selon les dernières statistiques pas plus de 2% du capital global géré par les fonds d’investissement en France. Néanmoins, ils ne cessent de s’accroître, le total d’actifs gérés par ces fonds augmentant d’en moyenne 15 à 25% chaque année, pour atteindre en 2015 un encours total qui s’élevait à 6,1 milliards d’euros investis, toujours d’après l’organisme Finansol.

Les Social Impact Bonds (SIB, obligations à impact social, en français) fonctionnent différemment. Leur invention remonte à 1988 et à l’idée de Ronnie Horesh, économiste néo-zélandais. Le principe est le suivant : le gouvernement nomme un intermédiaire chargé de financer un projet d’intérêt général via l’émission de SIB, et une fois le projet réalisé, un évaluateur indépendant intervient pour évaluer l’atteinte ou non des objectifs initialement fixés pour le service financé. En cas de réussite du service social en question, l’Etat aura réalisé des économies car le financement du service aura été supporté par les investisseurs et non pas par lui : ces économies sont alors reversées aux investisseurs (avec en plus parfois certains intérêts), qui réalisent à leur tour une plus-value. Ce ne sont donc pas vraiment des obligations au sens strict du terme, notamment parce que le remboursement final est soumis à la réalisation du projet et à l’atteinte des objectifs fixés, mais le principe s’en rapproche tout de même très fortement. Ces SIB se sont notamment beaucoup développés au Royaume-Uni, et à moindre mesure aux Etats-Unis, en Australie, ainsi qu’en Nouvelle-Zélande.

Si les fonds d’investissement solidaires, tout comme les FCPE solidaires, existent aujourd’hui en France, la question des SIB reste à approfondir, et pourrait peut-être, en ces temps d’augmentation du poids de la dette, aider à continuer à financer des services sociaux et projets d’intérêt général sans pour autant que cela ne crée un poids sur les finances publiques. Par ailleurs, la « culture du résultat » à la base même de la structure des SIB crée une incitation à l’efficacité et de réalisation des objectifs, efficacité qui parfois peut manquer dans la gestion de nos pléthoriques services publics.

On voit donc à travers ces deux exemples qu’effectivement, la finance peut avoir un rôle social et servir l’intérêt général, tout en contribuant à réduire la part financée par l’Etat et donc à alléger le poids de ces investissements sur les finances publiques. Il ne nous manquerait donc alors que deux choses pour les développer dans notre beau pays : une prise de conscience que la finance n’a pas pour seul rôle que de servir des intérêts privés, ainsi qu’une volonté politique d’associer encore plus les investisseurs privés au financement des services publics, et de mettre en place ces outils innovants, et qui ont déjà fait leurs preuves dans d’autres pays. 

 

Et pour en apprendre plus sur la finance solidaire, n’hésitez pas à (re)lire la note de Yan de Kerorguen « Un outil de finance sociale: les Social impact bonds » 

Un outil de finance sociale : les social impact bonds par Yan de Kerorguen by Fondapol on Scribd

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