La destitution des dirigeants nationaux est-elle en train de devenir une réalité ?

170327110554-01-park-geun-hye-0321-super-169La destitution de la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye, votée par l’Assemblée nationale de Corée du Sud en décembre dernier, a été confirmée à l’unanimité par les juges de la Cour constitutionnelle, vendredi 10 mars. S’il s’agit de la première destitution d’un chef d’état coréen, l’éventualité de pouvoir évincer le leader d’un pays semble devenir une réalité au fur et à mesure des années, et ce dans une grande partie du monde.

L’affaire Park Geun-Hye

9 décembre 2016. L’Assemblée nationale de Corée vote pour destituer Park Geun-Hye de son mandat présidentiel. Cette dernière est en effet accusée d’avoir permis à sa confidente secrète, Choi Soon-sil, de se mêler des affaires de l’État, en lui ayant transmis des documents confidentiels sur la politique nationale. Choi Soon-sil est elle-même actuellement jugée pour avoir soutiré des millions de dollars à de grands groupes industriels.

Après plus de trois mois, durant lesquels Park Geun-Hye n’a cessé de s’excuser et de démentir les malversations qui lui étaient reprochées, la Cour constitutionnelle a finalement entériné la décision de l’Assemblée nationale, vendredi 10 mars. L’arrêt de la Cour estime, entre autres, que « les détails [du] travail [du président] doivent être transparents, afin que le peuple puisse évaluer son travail ». Deux jours plus tard, Park Geun-Hye quittait pour la première fois depuis l’annonce de sa destitution la Maison bleue, lieu de résidence du chef de l’État sud-coréen.

Alors que leur ex-présidente, privée de toute immunité, est désormais exposée à d’éventuelles poursuites judiciaires, le peuple de Corée du Sud dispose de 60 jours pour élire un nouveau chef d’État. Le démocrate Moon Jae-in semble se situer en bonne position pour prendre la succession de Park Geun-Hye. Cette destitution, inédite dans l’histoire du pays, fait l’effet d’un véritable coup de tonnerre en Corée du Sud ; mais cet évènement est aussi le reflet d’un monde plus intransigeant, où les dirigeants ont de moins en moins le droit à l’erreur ou à la faute.  

 

Une pratique de plus en plus courante

À plusieurs reprises, certaines grandes puissances de ce monde se sont en effet vues contraintes de destituer leurs dirigeants respectifs. L’exemple en date le plus récent est probablement celui de la présidente Brésilienne Dilma Rousseff. Cette dernière, élue en 2010, s’est vu dépourvue de tout pouvoir le 31 août dernier par les deux-tiers du Sénat brésilien, pour motif de maquillage de comptes publics. D’autres chefs d’états ont aussi été destitués moins récemment : c’est notamment le cas de l’ancien président Paraguayen Fernando Lugo, démis de son mandat par le Parlement le 22 juin 2012 « pour avoir mal rempli ses fonctions », dans le cadre d’une opération policière ayant mal tourné.

D’autres, comme Christian Wulff, ancien président fédéral allemand, ou Otto Pérez, ex-président du Guatemala, ont été contraints à la démission, à la suite de la levée de leur immunité par le Parlement. Inculpé de corruption, le premier sera relaxé, tandis que le second sera presque immédiatement placé en détention provisoire à la suite de sa démission.

 

Vers une « démocratisation » de la destitution ?

Cette pratique devient en effet de plus en plus courante de nos jours. Si ces quelques limogeages ou démissions en témoignent, d’autres projets de destitution avaient été (ou sont toujours) étudiés dans certaines grandes démocraties occidentales.

C’est notamment le cas aux États-Unis. La procédure d’impeachment, qui permet au pouvoir législatif de destituer n’importe quel haut fonctionnaire du Gouvernement, a manqué de fonctionner et ce par deux fois. En effet, la Chambre des représentants a voté par le passé la mise en accusation des présidents Andrew Johnson (en 1868) et Bill Clinton (1999), qui ont finalement été tous deux acquittés par le Sénat.  

La politique menée par le nouveau président des États-Unis Donald Trump faisant d’ores et déjà controverse, le recours à la procédure d’impeachment fait à nouveau office d’option envisageable pour beaucoup d’Américains, deux mois seulement après le début de son mandat. Le jour de l’investiture du leader républicain, le site internet ImpeachDonaldTrumpNow.org était lancé. Pour Allan Lichtman, célèbre prévisionniste américain, Trump donnera même des raisons « pour lancer sa destitution, soit en faisant quelque chose qui met en danger la sécurité nationale ou parce que cela va servir son portefeuille ».

L’exemple de la France peut également paraître pertinent, la procédure de destitution ayant été autorisée il y a à peine plus de deux ans. Le député LR Pierre Lellouche a notamment lancé, en novembre dernier, une proposition de résolution visant à destituer François Hollande. Celle-ci a presque immédiatement été jugée irrecevable par le bureau de l’Assemblée nationale, mettant directement fin à la procédure.

Sans pour autant entrer dans les mœurs, la destitution de certains dirigeants devient peu à peu une réalité dans le monde dans lequel nous vivons, de quoi potentiellement remettre en cause la légitimité du recours à une telle pratique. En effet, dans la quête d’un équilibre mondial, mieux vaudrait-il « démocratiser » cette pratique ou au contraire tout faire pour protéger le rôle du chef de l’État ?

 

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