La démocratie à l’ère numérique : la révolution Facebook, twitter et cie. 

Par Farid Gueham 

La révolution numérique est-elle un progrès de la démocratie des libertés individuelles, un nouvel avenir radieux ou au contraire l’avènement du règne de la surveillance et de la désinformation généralisée ? Jusqu’où peuvent aller la contraction de l’espace et la compression du temps liées aux nouvelles techniques sans déstabiliser nos sociétés ? Pour Blaise Lempen, auteur de « la démocratie à l’ère numérique », il n’est pas trop tard pour réagir et éviter l’avènement d’un monde orwellien qui serait asservi aux ordinateurs. Les remèdes ? Plus de décentralisation, de démocratie participative, davantage de pouvoir délégué aux citoyens, les circuits courts et le retour au local.

Depuis plus d’un quart de siècle, internet permet au citoyen de s’exprimer librement et presque sans limite dans la plupart des démocraties contemporaines. Lorsqu’il n’était pas le vecteur des idées libres, internet fut l’instrument de révolte « récemment, les soulèvements dits du « printemps arabe » dans plusieurs pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord ont fait naître de grands espoirs (…). Pourquoi employer l’imparfait ? Chacun le sait aujourd’hui : les pays arabes sont passés ces trois dernières années par des épreuves douloureuses. D’autres pays n’ont pas accédé à des libertés qui semblaient à portée de main. Diverses formes de dictature subsistent autour de la planète ». Un aveu d’échec ? Le village global n’est pas aussi paisible que l’utopie des réseaux nous laisse l’imaginer. Assange, Manning, Snowden sont autant de symboles de la lutte pour les libertés à l’ère numérique. Et c’est sans compter sur la foule des anonymes, ces dissidents moins connus, citoyens du net ou militants engagés qui se battent contre la surveillance des réseaux. « La cyberguerre a commencé. Ses conséquences sont loin d’être anodines. L’une des interrogations les plus fondamentales est de savoir si le totalitarisme, la forme d’organisation politique à l’extrême opposé de la démocratie, peut resurgir à l’ère d’internet ? ». 

Métamorphose numérique : révolution ou pseudo-révolution. 

 

La notion de révolution fascine et le terme est bien souvent utilisé à tort : le lancement d’un nouvel IPhone devient une révolution. « Le mot « révolution » qui a l’avantage d’être pratiquement identique en anglais et en français est mentionné 113 millions de fois sur Google en date du 20 juillet 2014 ». Les temps dits « révolutionnaires » sont bien souvent confondus avec ce que l’auteur qualifie de « soubresauts violents », des phases de rupture qui, toutes nécessaires qu’elles puissent être, n’ouvrent pas forcément la voie d’un changement profond, d’un progrès ou d’une avancée sociale. De la même façon, ce que l’on définit comme « révolution technique » est en fait une succession de ruptures inscrites dans un processus de longue durée. Et si l’innovation dont nous sommes au demeurant si fiers, changeait le cours de l’histoire ? La communication devient un facteur de crise et de déstabilisation. « Les machines que l’homme est fier d’avoir inventées peuvent finir par le détruire (…) si les techniques influencent la politique, il est indispensable que la politique contrôle et encadre les développements techniques ».   

Et la surveillance numérique dans tout ça ? 

 

Pour Blaise Lempen, depuis les révélations de l’affaire Snowden, la surveillance numérique est déjà reconnue une réalité dans le monde entier. « Il faut remercier le courageux informaticien américain pour avoir fait connaître au grand public ces banques de données géantes accumulées par les services de renseignements de nombreux pays (on ne parle que des Etats-Unis, mais en Chine c’est bien pire). Les initiés, eux, savaient déjà tout cela. Donc, se demander après le drame de Charlie Hebdo si la surveillance numérique est nécessaire, c’est venir comme la pluie après la vendange ». La surveillance numérique est un fait, elle est omniprésente et pour l’auteur, il n’est donc pas nécessaire de la renforcer. Les récents développements technologiques dont l’utilisation généralisée des smartphones qui permettent la géolocalisation de nos déplacements ou le fichage de nos contacts ou de nos communications en sont des illustrations concrètes. Le dilemme de la surveillance numérique est étroitement lié à celui de la participation démocratique et citoyenne, qui implique des choix idéologiques, la défense de valeurs et une vision de l’espace public incompatible avec une marginalisation utopique dans notre monde connecté.

Pour ne pas que l’innovation nuise à la participation citoyenne et démocratique, les parlementaires doivent agir « D’abord, le citoyen doit être pleinement conscient de cette surveillance numérique universelle. Il doit ainsi prendre des mesures de précaution pour préserver sa vie privée et sa réputation, par exemple en limitant ses confidences sur Facebook ! Ensuite, il est indispensable que les lois sur la protection des données personnelles datant des années 70-80 du siècle dernier soient adaptées. Le droit d’accès aux banques de données, les restrictions à la transmission des données, le principe du consentement de la personne concernée étaient des principes fondamentaux, mais ils sont violés tous les jours. Aux parlements de se mettre d’urgence au travail » affirme Blaise Lempen.

Farid Gueham

 

Pour aller plus loin :

-       « La surveillance numérique est-elle vraiment nécessaire ? Si oui, pour qui ? »altermondes.org

-       « Blaise Lempen : la démocratie à l’ère numérique, entretien », Radio RTS.

-       « Renseignement : la surenchère sécuritaire en partie censurée », Le Monde.fr

 

Qu'en pensez-vous?