La crise sur le gâteau (3°)

Le bien-être humain s’est amélioré de façon inédite à l’échelle globale à partir de la deuxième moitié du XXème siècle. Ceci est dû au décollage économique qui a accompagné la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale : de nouveaux repères matériels émergent, ainsi que des espoirs sans précédent en termes de niveaux de vie à atteindre. Rappelons que le bien-être individuel, autant que collectif, peut se définir comme la satisfaction des besoins. Cette recherche d’épanouissement s’est traduite par la démocratisation du confort matériel ; dans les villes notamment, avec l’accès à l’eau, à l’électricité ou encore aux transports. Ces services sont dorénavant indispensables et apparaissent comme une condition préalable à tout développement humain véritable.

Cependant, les ressources naturelles dont nous disposons s’amenuisent à mesure que les conditions de vie s’améliorent pour un plus grand nombre de personnes. D’une part, on observe un effet de cliquet au sein des pays développés, au sens où leurs attentes sont les mêmes que durant les Trente Glorieuses, alors que la croissance économique n’est plus au rendez-vous aujourd’hui. D’autre part, les pays émergents rattrapent leur « retard », et leurs populations expriment un désir d’accès au progrès social et humain en termes de conditions de vie (consommation, santé, loisirs, retraite, etc.) ; leurs exigences matérielles sont maintenant semblables à celles des pays riches. Le problème est le suivant : les ressources naturelles s’épuisent progressivement, tandis que, parallèlement, la demande de bien-être augmente. Ce mécanisme provoque une tension sur les prix des ressources concernées, ce qui les rend finalement moins faciles d’accès pour les populations les plus pauvres, qui subissent les crises et les pénuries de plein fouet, dans les pays émergents comme dans les pays riches.

L’on assiste donc actuellement à une concomitance de crises dans les secteurs qui conditionnent notre existence matérielle ; crises qui semblent être les différentes expressions d’une même déstabilisation de nos repères. En effet, l’exigence de bien-être ne peut plus être satisfaite de la même manière ; cette tension entre besoins et ressources bouleverse alors les grands registres de l’action humaine. Ainsi les crises alimentaires se multiplient-elles : la moindre hausse des prix agricoles peut provoquer des émeutes de la faim et une instabilité supplémentaire dans les pays dépendants à cet égard. De la même manière, l’urbanisation toujours croissante pousse les États à améliorer l’accès à l’eau, quand l’augmentation de la consommation d’énergie devient une nécessité dans un plus grand nombre de pays du monde. La pression considérable sur les stocks mondiaux de produits vitaux ou très nécessaires, que ce soit l’eau potable ou le pétrole, incite à concevoir et bâtir des installations de plus en plus sophistiquées et donc de plus en plus coûteuses. Les deux principales conséquences négatives sont la hausse des prix de vente ainsi que la pollution des milieux naturels.

D’où un nouvel impératif à la fois écologique, économique, politique et social qui nous prend entre deux feux et nous oblige à établir des priorités. Nous sommes peut-être en mesure de satisfaire cette demande permanente de progrès matériels mais nous devons à l’évidence penser de nouveaux modèles de développement moins destructeurs et plus durables. Les crises ouvrent toujours sur un choix. Ce conflit inédit provoqué par les exigences matérielles modernes nécessite une véritable réflexion sur le sens à donner à l’action humaine – orientation sans laquelle nous sommes voués à avancer dans l’obscurité et à subir en nous lamentant les conséquences dramatiques de nos contradictions.

Valentine Serino,
étudiante en Science Politique à l’Université Paris I,
en stage à la Fondation pour l’innovation politique.

Références :

 

Bernard Bachelier, Sécurité alimentaire : un enjeu global, Fondation pour l’innovation politique. Novembre 2010.

http://www.fondapol.org/etude/1996/

Gérard Payen, Eau : défis mondiaux, perspectives françaises, Fondation pour l’innovation politique. Février 2011.

http://www.fondapol.org/etude/eau-defis-mondiaux-perspectives-francaises/

Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique Tome 2, Paris, Editions Gallimard, 1986.

Fondation pour l’innovation politique, Politique de l’eau, dossier regroupant six notes de la Fondapol publiées à l’occasion d’un colloque sur la politique de l’eau. Février 2011.

http://www.fondapol.org/etude/politique-de-leau/

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