L’outcome economy : la loi du résultat

CoinsL’outcome economy : la loi du résultat

Par Farid Gueham

Le nouveau modèle économique du big data est l’économie du résultat. L’hypothèse d’entreprises qui ne vendent plus des services ou des produits, mais des résultats directement quantifiables, se confirme, chaque jour un peu plus. Une disruption rendue possible par l’internet des objets à l’échelle industrielle. Aujourd’hui, l’internet des objets permet d’améliorer la productivité, en réduisant les coûts, voire la pénibilité du travail des opérateurs. Demain, il sera plus performant encore, à travers la captation et la compréhension de toute la data générée par l’émergence de l’outcome economy. En développant l’analyse des objets connectés, les entreprises peuvent prendre des décisions à partir de preuves concrètes, directement issues de leurs données, plutôt qu’à partir d’intuitions ou d’idées approximatives, pour atteindre des résultats plus précis. Cette philosophie du résultat, c’est l’essence de  l’«Outcome Economy», l’Economie du résultat.

À Los Angeles, une startup, « Streetline » à mis en place, dans le cadre d’un partenariat avec la municipalité plus de 7000 capteurs sur les axes urbains qui permettent de connaître, en temps réel, les possibilités de stationnement. Et l’expérience est concluante : la ville de Los Angeles note une augmentation de 2% des revenus générés par le parking et ce, en dépit d’une baisse des coûts de stationnement. Dans l’outcome economy, les sociétés instaurent de nouveaux services qui disruptent le marché grâce à leur richesse principale, la data. Dans le secteur de la santé, une autre startup « Proteus », intègre des capteurs dans les pilules qu’elle fabrique. Si un patient oubli son traitement, cet hardware lui enverra une alerte par mail ou par sms. Depuis 2012, la  Food and Drug Administration (FDA) a approuvé ce « capteur ingérable ». Le dispositif d’1 millimètre carré (de la taille d’un grain de sable selon le site de l’entreprise) –donne des informations concernant le corps du patient, et peut les relayer à un médecin ou une infirmière. Le secteur culturel n’est pas épargné par la révolution de l’outcome economy. Imaginez-plutôt : vous vous rendez au théâtre et au lieu de payer un billet d’entrée, vous payez au nombre de rires, grâce à un système de reconnaissance faciale. A Barcelone, le « Teatre Neu », teste déjà le concept. Chaque rire coûte 30 centimes d’euro. L’établissement a installé une tablette à l’arrière de chaque siège et repère ainsi les expressions de ses spectateurs. Un système mis en place pour lutter contre la baisse de  fréquentation des salles de spectacle en Espagne, mais aussi pour dénoncer la récente augmentation des taxes visant les théâtres, passées de 8 % à 21 %. outcome economy« L’économie du résultat est définie par la capacité des entreprises à créer de la valeur en délivrant des solutions aux consommateurs qui se transforment en retour en résultats quantifiables »L’initiative est également un succès commercial, puisque chaque client paye sa place en moyenne 6 euros. Le système commence  par ailleurs à être copié partout dans le pays. Dans le secteur de l’agriculture, les exploitants pourront eux aussi  vendre un résultat, un rendement, grâce à toutes les données captées par les hardwares. « Dans le futur monde agricole, tout sera connecté : les champs, les machines, les bâtiments. Ceux-ci transmettront des données et des nouveaux services seront à inventer », analyse Jean-Pierre Chanet, chercheur au centre Irstea et président de l’association francophone d’informatique en agriculture (AFIA). Le software est-il mort ? Il semble bien perdre de la vitesse face au hardware qui, bien utilisé, permet de toujours mieux connaître les besoins du client, voire même de les anticiper. Plus qu’un accessoire, le hardware et la data feront partie intégrante du « business plan » de l’entreprise du future. Les perspectives liées à l’internet des objets et aux capteurs, où les produits, les processus et les services communiquent non seulement entre eux, mais aussi avec les utilisateurs, sont infinies. La quantité impressionnante de data collectée stimule l’innovation, et devrait contribuer à l’économie mondiale à hauteur de 14,2 milliards de dollars d’ici à 2030, selon l’étude «Winning with the Industrial Internet of Things». Le rapport table également sur une croissance continue de l’internet des objets connectés sur les dix années à venir, du fait, notamment, de la miniaturisation des capteurs, de la baisse des coûts d’installation de capteurs, mais aussi de l’évolution du cadre réglementaire.  Les progrès de l’analyse des données favorisent l’émergence d’écosystèmes qui permettent de traiter efficacement cette masse d’informations brutes.

Les  entreprises les plus innovantes n’ont pas attendu l’avènement de l’outcome economy pour opérer un changement profond de leurs stratégies, élargissant ainsi leurs frontières traditionnelles de leurs activités et de leurs secteurs pour créer un nouvel écosystème digital. Dans son rapport « Technology Vision 2015 Digital Business Era: Stretch Your Boundaries », le cabinet de conseil Accenture décrit ce phénomène comme la « We Economy », « l’Economie du Nous » le passage de la vente d’un produit simple, à la prestation de services, en s’efforçant de sensibiliser les clients à une nouvelle approche, sur mesure. Rester performant impliquera donc la recherche constante de nouveaux partenaires et une collaboration inter-secteurs sans précédent. L’outcome economy bouleverse les règles de la compétition en faisant émerger de nouveaux modes de création, de production et de distribution. Comme toutes les disruptions, la transition revêt des aspects agressifs et déroutants, corolaires d’une évolution permanente et d’une réactivité immédiate. Mais les opportunités sont incontestables pour ce marché aux potentialités sans fin.

Pour aller plus loin:

- “ La nouvelle génération de médicament avec micropuce intégrée”, Le journal du siècle.

- « Streetline and the city of Los Angeles unveil first real time parking app for iphone », Streetline.

- “ A Barcelone, chaque rire est payant”, Courrier International.

- « Insight Outcome Economy », Accenture.

- “The emergence of the outcome economy”, rapport du World Economic Forum.

- “How to Win in the Outcome Economy” par Elisabeth Zornes.

crédit photo Flickr: Angel Jimenez

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