L’innovation en Europe : un club très fermé

03.07.20143L’innovation en Europe : un club très fermé

Dans l’Union Européenne, le soutien à l’innovation par les fonds publics ne fait pas l’unanimité parmi les 28 Etats-membres. Trois grandes tendances se distinguent. Mais la stratégie qui assure le leadership en la matière ne regroupe qu’une minorité de pays.

L’Europe du Nord : l’avant-garde

Seuls quatre pays-membres se démarquent par une stratégie d’innovation performante : la Suède, le Danemark, l’Allemagne et la Finlande[1]. Sur la période 2008-2012, leurs dépenses publiques consacrées à l’innovation restent stables tandis que le financement privé se développe fortement[2].

La Suède est le pays qui présente l’un des modèles les plus viables de promotion de l’innovation[3]. Si la part du budget de l’Etat dans l’innovation ne dépasse pas 2%, les contributions des entreprises sont les plus importantes de l’OCDE (soit une augmentation de 2,8% du PIB en 2010)[4]. Ainsi, la contraction de l’activité économique de 5% en 2009 n’a pas altéré la dynamique du secteur privé : le nombre d’emploi dans les Ressources Humaines en Sciences et Technologie (RHST)[5] a continué à croître[6].

Le montant des dépenses publiques dans la recherche et développement (R&D) ne détermine cependant pas l’efficacité de la politique d’innovation de façon systématique. L’Etat doit avant tout inciter les entreprises à investir[7]. L’Allemagne a su le faire au début des années 2000 en misant sur le partenariat public-privé, pour pallier le manque de financement des entreprises innovantes[8].

Les « followers[9] » : un manque de dynamisme

L’effervescence du secteur privé et la qualité de la formation universitaire sont les deux domaines qui déterminent la position de leadership ou non d’un pays[10]. Mis à part quelques disparités régionales, les Etats de l’Ouest et du Sud de l’Europe constituent respectivement la majeure partie du groupe des « suiveurs de l’innovation » et des « investisseurs modérés ».

Si l’Espagne, l’Italie ou la Grèce affichent des scores inférieurs à la moyenne européenne dans chacun des secteurs de performance, il en va autrement des « suiveurs ». Par leur nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, ces Etats se rapprochent des leaders[11]. Leurs PMEs innovantes collaborent en outre davantage avec les autres entreprises que celles des pays du nord.

Onzième selon le classement du Tableau de Bord de l’Innovation, la France fait partie du groupe des « suiveurs de l’innovation ». Avec la crise, les dépenses publiques en matière d’innovation ont diminué de plus de 5%[12]. Or, seuls 8% des investissements privés sont consacrés à l’amorçage de jeunes entreprises[13]. La France dispose pourtant d’atouts indéniables : elle se situe en deuxième place des pays qui accueillent le plus de jeunes lauréats du ERC[14] et en troisième place des pays les plus attractifs pour les chercheurs confirmés.[15]

Les PECOs : un envol difficile

L’innovation dans les PECOs[16] pâtit avant tout des faiblesses structurelles de ces pays. Le bât blesse au niveau du secteur privé. A titre d’exemple, l’investissement des entreprises n’est que de 31%, ce qui est très largement inférieur à la moyenne de l’OCDE[17]. A contrario, les dépenses publiques de la Pologne dans l’innovation atteignent près de 60 %.

Largement bénéficiaires des fonds structurels Européens, certains de ces « innovateurs modestes » commencent néanmoins à créer une dynamique d’innovation[18]. Ainsi, en Lettonie les enveloppes fournies par l’Union servent au développement d’un tissu de start-up innovantes et à la coopération des entreprises en matière de R&D[19]. Concernant la coopération innovante intra-entreprise, la Lettonie et la Roumanie ont même présenté des résultats sept à neuf fois inférieurs au Danemark en 2014[20].

L’UE : à l’origine de la dynamique d’innovation

Si la « stratégie de Lisbonne » n’a pas eu les effets escomptés[21], Bruxelles a mis en place un nouveau programme de fonds afin de mieux harmoniser les performances des Etats membres en R&D (Horizon 2020)[22]… 79 milliards d’Euros seront ainsi injectés d’ici à 2020 afin de soutenir l’excellence scientifique, la primauté industrielle et de répondre aux grands défis de société[23].

Alors que 17 pays de l’UE ont baissé leurs budgets alloués à l’innovation[24], la Chine a quant-à-elle choisi de moderniser son économie par ce levier[25]. 65 entreprises chinoises ont ainsi fait leur entrée dans le classement des 1000 plus gros investisseurs en R&D[26]. Le vieux continent n’a d’autres alternatives que de faire de même s’il veut rester inventif.

Guillaume Brisset – @ViolaineThery

Crédit photo : Ludo29890

[1]  Communication de la Commission Européenne : « Tableau de bord de l’innovation 2014 », 2014.

[2]“ Communication from the Commission to the European Parliament, the Council, the European Economic and Social Committee of the Regions – Research and innovation as sources of renewed growth ”, 10/06/14

[3] « Tableau de bord de l’innovation 2014 »

[4] Fiche Pays OCDE : « Sciences, Technologies Et Industrie – Perspectives de l’OCDE », 2010

[5] Les Ressources Humaines en Sciences et Technologie désignent le personnel diplômé de 3è cycle ou occupant un emploi exigeant de telles qualifications.

[6] Fiche Pays OCDE : « Sciences, Technologies Et Industrie – Perspectives de l’OCDE », 2010

[7] « Innovation Allemande », L’Observateur de l’OCDE, 07.2005.

[8] Ibid.

[9] Traduction : les pays suiveurs.

[10] Communication de la Commission Européenne : « Tableau de bord de l’innovation 2014 », 2014.

[11]Ibid.

[12]“ Communication from the Commission to the European Parliament, the Council, the European Economic and Social Committee of the Regions – Research and innovation as sources of renewed growth ”, 10/06/14

[13] Christine Lejoux : « Le capital-risque n’a plus les moyens de ses ambitions », La Tribune, 13/03/12

[14]  Abréviation de « European Research Council » (Conseil Européen de la Recherche).

[15] Site du Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Communication sur la France et Europe 2020 : http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid71901/la-france-dans-c-2007-2013-forces-faiblesses.html

[16] Pays d’Europe Centrale et Orientale (PECO)

[17] Fiche pays : «Science, Technologie et industrie, perspectives de l’OCDE –  Pologne », 2010.

[18] « Qui touche le plus de fonds de la part de l’Europe ? », Le journal du Net, 13/04/11.

[19] Olivia Leroy : « La Lettonie est classée dernière en matière d’innovation », Bulletin-electronique.com, 03/04/12

[20] Communication de la Commission Européenne : Tableau de bord de l’Union de l’innovation, 2014.

[21] Marion Gaillard : « De la stratégie de Lisbonne à la stratégie Europe 2020 »,Vie Publique, 15/03/13.

[22] « La stratégie Europe 2020 », Euractiv, 20/09/12

[23] L’excellence scientifique regroupe le soutien à la recherche (infrastructures, mobilité des chercheurs…). La primauté industrielle désigne quant-à-elle le soutien à l’innovation et aux PME tandis que les défis sociétaux correspondent aux nouveaux enjeux auxquels l’UE doit faire face (santé, énergies sûres, transports intelligents…).

Site du ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche : http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid71866/horizon-2020-le-nouveau-programme-de-l-union-europeenne-pour-la-recherche-et-l-innovation.html

[24]“ Communication from the Commission to the European Parliament, the Council, the European Economic and Social Committee of the Regions – Research and innovation as sources of renewed growth ”, 10/06/14

[25] Marion Zipfel : « L’innovation en Chine, une priorité stratégique qui porte déjà ses fruits », Le journal du Net, 9/04/13

[26] Cédric Pietralunga : « Les entreprises chinoises accélèrent leurs dépenses de R&D », Le Monde, 23/10/13

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