L’impact du changement climatique sur l’agriculture

La Fondation pour l’innovation politique est heureuse d’être partenaire du premier Forum international de l’Agriculture, Planet A. Placée sous le Haut Patronage du Président de la République française, cette initiative a lieu à Châlons-en-Champagne les 27, 28 et 29 juin 2018. À cette occasion, la Fondation publie une série d’articles, d’entretiens et de vidéos sur son blog Trop Libre, sur les défis auxquels fait face l’agriculture mondiale.

Le dérèglement climatique, en altérant les conditions climatiques du milieu telles que l’humidité, la température, la pluviométrie ou la teneur en gaz carbonique, entraîne un déplacement géographique des habitats dans lesquels peuvent vivre les espèces animales et végétales, ce qui modifie le type d’élevage ou de culture possible dans chaque région. Toutes les zones géographiques seront-elles menacées de la même manière par le changement climatique ?

Si à des latitudes moyennes et élevées un accroissement modéré des températures engendrera un effet légèrement favorable sur les rendements agricoles, ce sera tout l’inverse à des latitudes faibles avec la multiplication de sécheresses notamment. Les zones tropicales seront les plus exposées aux effets du changement climatique, une augmentation de la température de 2° les affectera davantage que les zones tempérées[1]. L’agriculture en Afrique de l’Ouest, fortement dépendante du climat, risque d’être particulièrement menacée. Le Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dans son rapport 2013-2014, signale que dans cette région, « presque partout [...], l’exploitation agricole est entièrement tributaire de la qualité de la saison des pluies ». Au Nord, l’adoucissement de l’hiver favorise une floraison plus précoce des cultures et accentue donc le risque de gel. Ainsi, bien que localement quelques cultures restent favorisées par le dérèglement climatique, celui-ci reste globalement négatif pour l’agriculture.

L’augmentation des températures atmosphériques entraine la prolifération d’insectes ravageurs qui déciment les récoltes. D’ores et déjà, en Champagne, les vendanges ont lieu deux semaines plus tôt qu’il y a vingt ans[2]. De plus, les adventices, appelées également mauvaises herbes, se développent en raison du dérèglement climatique, en particulier à cause de l’augmentation de la concentration en C02[3]. La modification des régimes de précipitations affecte directement les récoltes. En France, la production a baissé de 20 à 30% suite à la sécheresse en 2003 tandis qu’aux États-Unis, la sécheresse de 2012 a entrainé une augmentation de 50% du prix du maïs et du blé à la bourse de Chicago[4]. De manière générale, la raréfaction des ressources en eau dans certaines régions va accroître le besoin d’irrigation tandis que dans d’autres, de fortes précipitations entraineront des inondations détruisant les récoltes. Le changement climatique est également associé à des phénomènes météorologiques extrêmes, qui constituent un risque majeur pour l’agriculture et dont la fréquence augmente : typhons, glissements de terrain, etc. Le typhon Haiyan aux Philippines, en 2013, a ainsi détruit plus d’un million de tonnes de noix de coco, riz et maïs.

Enfin, en mettant en danger la survie d’espèces clés pour la biodiversité, le dérèglement climatique constitue une menace pour la sécurité alimentaire mondiale. Plus de 75% des cultures vivrières du monde dépendent de la pollinisation selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Sans pollinisateurs, de nombreux aliments très nutritifs (noix, graines, fruits, légumes) disparaitraient.

Alors que la Terre comptera près de 10 milliards de bouches à nourrir en 2050, la productivité agricole doit être améliorée sans accentuer le dérèglement climatique. Pour cela, il est urgent de recourir à une agriculture climato-intelligente, prenant en compte à la fois les besoins des agriculteurs et le changement climatique. Des politiques publiques innovantes, favorisant une meilleure gestion des ressources notamment en eau, devront être mises en place. Les pays pauvres, premiers impactés par le dérèglement climatique, doivent être accompagnés dans leur effort d’adaptation et de résilience.

Par Georges Clémentz

[1] « Changement climatique et agriculture », CIRAD

https://www.cirad.fr/nos-recherches/themes-de-recherche/changement-climatique-et-agriculture/contexte-et-enjeux

[2] « Impact du changement climatique : Agriculture et Forêt », Ministère de la Transition écologique et solidaire

https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-agriculture-et-foret

[3] « Changement climatique : pour les mauvaises herbes », Perspectives agricoles

https://www.perspectives-agricoles.com/file/galleryelement/pj/3f/c9/49/cd/356_3493142917852811534.pdf

[4] « Agriculture et climat, une relation contre-nature ? », Libération

http://www.liberation.fr/terre/2015/02/20/agriculture-et-climat-une-relation-contre-nature_1206800

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