L’agriculture menace-t-elle l’eau potable ?

5012314598_9bebf51dd2_bL’agriculture menace-t-elle l’eau potable ?

« Si les gens souhaite réduire leur impact sur l’eau, ils devraient regarder d’un œil critique leur alimentation plutôt que l’utilisation qu’ils font de l’eau dans leur cuisine, salle de bain ou jardin », déclare le scientifique néerlandais Arjen Hoekstra, professeur à l’université de Twente dans un article intitulé The water footprint of animal products. L’agriculture représente en effet 70% de l’eau potable consommée sur terre. En comparaison, 22% sont utilisés par l’industrie et 8% à des fins domestiques.[1]

La production de viande : grand consommateur d’eau

Certains produits agricoles sont plus consommateurs d’eau que d’autres comme le montre le tableau ci-dessous :

table 2

Empreinte moyenne sur l’eau de produits d’origine animale vs végétale

A quantité égale, les produits d’origine animale apparaissent comme nécessitant des quantités d’eau beaucoup plus importantes. Cette relation s’explique par l’alimentation des animaux d’élevage principalement constituée de céréales dans les « fermes » industrielles. Aux Etats-Unis, les scientifiques estiment ainsi que 68% des grains produits sont consommés par des animaux.[2]

A teneur calorifique égale, l’empreinte sur l’eau du bœuf est 20 fois supérieure à celle des céréales. C’est-à-dire qu’il faut 20 fois plus d’eau pour produire une calorie de bœuf qu’une calorie de céréale.[3] Cette analyse permet à Arjen Hoekstra de conclure que « l’empreinte sur l’eau de n’importe quel produit d’origine animal est supérieur à celle d’un produit végétal à valeur nutritionnelle équivalente. »[4]

Ce constat peut cependant être nuancé. Les animaux nourris principalement à partir de pâturage ont une empreinte sur l’eau moins importante que ceux issus de l’agriculture intensive – leur alimentation nécessitant moins de ressources.

L’intensification des activités agricoles : source importante de pollution de l’eau

Outre l’utilisation de l’eau, c’est également sa pollution qui pose problème. La France est ainsi régulièrement sanctionnée par Bruxelles pour le non-respect de la directive nitrates comme en septembre dernier lorsque la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) reprochait au gouvernement français ne pas avoir « correctement transposé la directive nitrates, si bien qu’il y a un risque de pollution des eaux par l’azote ».

Cette directive a pour objet de « protéger les eaux contre la pollution par les nitrates d’origine agricole grâce à plusieurs mesures » au titre desquelles se trouvent « la surveillance des eaux superficielles et souterraines, la désignation de zones vulnérables, l’élaboration de codes de bonnes pratiques agricoles »[5] … Elle vise ainsi à limiter la pollution de l’eau liée à « une utilisation accrue des engrais chimiques  et par une concentration plus grande du cheptel sur des étendues plus réduites ». Il s’agit en somme de limiter les externalités négatives comme l’apparition d’algues vertes dues à une intensification des activités agricoles.

En réaction à la dernière condamnation, Manuel Valls a déclaré vouloir faire évoluer la directive et non s’y conformer. C’est donc au consommateur de faire un choix. Celui d’accepter ou non les impacts d’une production intensive sur l’eau tant en terme de qualité que de quantité.

Rappelons-nous juste ce qu’écrivait Antoine de Saint-Exupéry à ce sujet dans Terre des Hommes : “Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte, sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie tu es la vie. (…) Tu es la plus grande richesse qui soit au monde, et tu es aussi la plus délicate, toi si pure au ventre de la terre. On peut mourir sur une source d’eau magnésienne. On peut mourir à deux pas d’un lac d’eau salée. On peut mourir malgré deux litres de rosée qui retiennent en suspens quelques sels. Tu n’acceptes point de mélange, tu ne supportes point d’altération, tu es une ombrageuse divinité… Mais tu répands en nous un bonheur infiniment simple.”

Crédit photo : AgriLife Today

[1] European Journal of Clinical Nutrition (2006)

[2] Millstone and Lang, 2003

[3] Hoekstra, A.Y. (2010) The water footprint of animal products

[4] Idem.

[5] Commission Européenne : http://europa.eu/legislation_summaries/agriculture/environment/l28013_fr.htm

About Alice Lapijover

Etudiante à Sciences Po en master Finance et Stratégie, ancienne vice-présidente du REseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD) et présidente de LEMONSEA, association de sensibilisation sur l’acidification des océans.

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