L’actualité du Service national obligatoire : sa réalité en Europe, ses perspectives pour la France

9667448544_1f1a5f4fac_zUne situation singulière

La France, récemment frappée au cœur de sa nature laïque et de sa liberté [1], semble vivre une période profondément singulière. Si la France affronte les peurs et les doutes liés au combat qu’elle mène contre la menace terroriste globale et endémique -qu’elle cherche plus que jamais à anéantir-, elle semble également accepter le fait d’interroger l’actualité de son modèle républicain, en quête de sens et d’unité. Entrée en résistance, la France, à travers son peuple et ses représentants, doit utilement saisir cette période particulière pour questionner un certain nombre de réalités sacro-saintes, méditer sur la tolérance et proposer des solutions permettant d’abolir l’ignorance.

La donne actuelle est sibylline ou plutôt définitivement complexe et multiforme. Elle interroge notre identité collective, la place du fait religieux en démocratie ; elle questionne l’efficacité du modèle de l’Ecole républicaine et rappelle le respect fondamental des principes de liberté et de laïcité.

Dans ce contexte, il faut trouver les voies qui répondront au sursaut républicain perçu le 11 janvier dernier, et qui permettront une avancée collective vers une perspective citoyenne innovante. L’une de ces voies ne serait-elle pas l’instauration d’un nouveau service civique obligatoire, moderne et adapté ?

Le service national obligatoire, quelle réalité en Europe ?

En France le service militaire a été suspendu par Jacques Chirac en mai 1996, au profit de la professionnalisation des armées. Depuis lors, une simple journée d’appel à la défense existe ainsi que le dispositif du service civique, basé sur le volontariat.

Cependant, le service militaire obligatoire demeure une réalité européenne, bien qu’il soit en perte de vitesse. Aujourd’hui, la conscription au sens classique du terme, c’est-à-dire le service militaire obligatoire afin de servir les forces armées d’un Etat, existe toujours en Grèce, en Norvège, en Suisse, en Estonie, en République de Chypre, en Finlande et est, par exemple, devenu facultatif au Danemark ou en Allemagne. De même, notons l’existence du Service volontaire européen qui fait partie du programme ‘jeunesse en action’ élaboré par les instances de l’Union européenne et qui permet aux jeunes de 18 à 30 ans, de vivre une expérience de volontariat dans une structure d’un autre pays d’Europe partenaire de ce projet.

Le service civique 2.0, quelles perspectives pour la France ?

Mais quelles peuvent-être, en France, les perspectives du concept de service national ? Alain a eu cette formule intéressante : « Résistance et obéissance : voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance il assure l’ordre ; par la résistance, il assure la liberté ».

Les jeunes citoyens français sont, sans nul doute, capables de toutes les résistances et des libertés les plus vives, les plus belles. Mais, régulièrement confrontés à la dureté sociale et économique, ils sont également prêts à de nombreuses abnégations pour servir l’intérêt général, comme le montre le succès en termes d’affluence du service civique volontaire.

Ce dernier, qui ne peut aujourd’hui satisfaire qu’une demande sur six, apparaît insuffisant. Il est temps, comme le propose un certain nombre de personnalités politiques, à l’instar de Xavier Bertrand ou François Baroin, d’imaginer une nouvelle forme d’engagement obligatoire qui nous permettra, à nous jeunes français riches de nos différences et nos parcours, de nous retrouver, d’abolir les barrières religieuses, sociales et de nous unir autour des valeurs de notre devise républicaine. Il devra permettre une mixité sociale inédite, le temps d’un projet collectif, encadré, utile et positif, et devenir un service civique 2.0, un projet commun qui, demain, unira les générations successives de notre nation. Comme l’a écrit Martin Hirsch, « si l’on estime que les attentats sont le symptôme d’un mal plus diffus dont souffre une frange de la jeunesse et qu’il faut cesser de laisser le terrain libre aux prédicateurs, l’universalisation du service civique offre un levier à la fois structuré et souple. Il associe dans l’action les pouvoirs publics et la société civile dans une alliance que notre pays n’a jamais su véritablement établir »[2].

Ce nouveau service civique obligatoire, mixte bien évidemment, devra pouvoir s’adapter aux rythmes modernes des étudiants et ainsi ne durer que quelques mois. Il pourrait s’effectuer sous une forme civile ou militaire, à l’échelle européenne éventuellement, et demeurer axé autour de missions d’intérêt public, au sein d’associations ou d’organisations d’intérêt général, afin de devenir un nouveau creuset social, lieu de formation citoyenne, de respect et d’unité. Notre cohésion nationale ne pourra qu’en sortir renforcée.

Pour aller plus loin:

[1] Reprise du propos d’Edgar Morin, à lire ici : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/08/la-france-frappee-au-c-ur-de-sa-nature-laique-et-de-sa-liberte_4551971_3232.html

[2] « Le service civique contre le djihadisme », Le Monde : http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/21/le-service-civique-contre-le-djihadisme_4560351_3232.html

« Crédit photo Flickr: Giorgio Montersino»

Qu'en pensez-vous?