L’ère du contexte : ces nouvelles technologies qui bouleversent notre environnement. 

 Cerveau-mot-de-passe-684x513« A l’ère de l’hyper-connexion, une multitude de technologies nous permettent de nous situer dans un environnement, d’en comprendre la complexité, de le modifier et de le contrôler. L’ère du contexte décrit notre capacité d’adapter notre environnement à nos besoins, d’en extraire les informations pour optimiser nos choix et accroître notre efficacité ». 

 

 

 

 

 

Plus qu’un essai sur l’humain connecté, Robert Scoble et Shel Israel, abordent cette ère contextuelle à travers les questions d’infrastructures, de transports ou d’énergies auxquelles se confrontent, chaque jour, des milliers d’entrepreneurs qui rivalisent d’ingéniosité et de créativité. De manière générale, les « wereables » ont envahi notre quotidien : le terme désigne l’ensemble des vêtements et des accessoires connectés, du textile intelligent jusqu’aux gants, lunettes et montres intelligentes. Mais derrière ce bouleversement de la mesure, il y a aussi celui de la captation de la donnée : médias sociaux, capteurs et technologies de géolocalisation recueillent nos données personnelles afin de mieux nous connaître, d’anticiper nos besoins, de mieux communiquer, apprendre, comprendre, nous déplacer, nous soigner ou commercer. Mais jusqu’où céder sur le territoire de ces données sans perdre le contrôle de nos vies privées ? 

 Les cinq forces du contexte.

Pour les auteurs, les cinq forces du contexte définissent et façonnent notre expérience connectée : il s’agit des appareils mobiles, des réseaux sociaux, du Big Data et enfin des capteurs et des services géo-localisés. « Ces cinq forces bénéficient d’un momentum économique. Elles font partie d’un cercle vertueux. Leur adoption rapide génère une baisse des prix, qui génère à son tour une plus large adoption et en conséquence une nouvelle baisse des prix ».  Selon le cabinet d’études Juniper Research, les dispositifs « wereables » ont généré près de 800 millions de dollars de revenus en 2013 et 1,5 milliards en 2014. Utilisées dans les loisirs et dans la mesure de la productivité personnelle et professionnelle, les déclinaisons de leurs usages sont illimitées. Quant aux médiaux sociaux, ils rassemblent près d’1,5 milliards de personnes. Des médias sociaux indispensables dans cette nouvelle ère du contexte, source de contenu hautement personnalisé. En 2005, Eric Schmidt, PDG de Google estimait la taille d’internet à environ 5 millions de téraoctets. Pour l ’entreprise IBM, près de 90% des données ont été générées ces deux dernières années. 

 Le client à l’ère du contexte. 

L’échange commercial a considérablement été impacté par l’avènement du tout connecté : internet a considérablement permis aux détaillants d’améliorer leur rendement et d’évoluer sans aucun contact humain. Mais en cours de route, nous avons perdu quelque chose : le contact humain. Parmi les nostalgiques de cette époque, Sam Lessin, directeur du groupe Identité de Facebook. Son profil détonne au milieu des trentenaires de la silicon valley. Né en 1914, Sam ne s’est jamais résigné à une posture de repli idéologique sur l’innovation, bien au contraire. Mais l’innovation n’est pas une révolution douce « nous avons perdu quelque chose en chemin, quelque chose de personnel qui était important ». Pour lui, les technologies contextuelles permettront de rétablir une certaine proximité avec le consommateur, elles permettront d’en apprendre bien plus sur ce dernier, de les accompagner et de les aider « à la façon du commerce d’autre fois ». Un avis partagé par Vidya Narayanan architecte réseau chez Google, spécialiste du contexte et de la personnalisation des données. Elle faisait partie de l’équipe de Qualcomm, leader des technologies mobiles, développeur de Gimbal, première plateforme de contexte pour les développeurs d’applications mobiles Android et Ios. Une mutation qui, de l’avis des deux intéressés, peut être effrayante, mais qui est aussi inévitable « à ce stade essayer d’empêcher la collecte et l’utilisation de vos informations personnelles équivaut à essayer de résister à un tsunami en restant accrocher à son parasol sur la plage ». 

CONTEXTE03.indd Le soi contextuel. 

 Keas, startup basée à San Francisco s’est spécialisée sur l’aspect commercial de la santé personnelle. Adam Bosworth, son fondateur, la décrit comme un réseau social sportif qui encourage les patrons à motiver leurs employés pour être en meilleure santé et plus productifs. « Keas est composé de quatre éléments : l’inspiration, la motivation, l’information et le plus important, la compétition par équipe. Les employés forment des équipes de six joueurs ou moins. Ces équipes se défient puis combattent pour gagner des points. Les employeurs récompensent les gagnants avec des petits prix, de l’argent, un jour de congé ou un repas gratuit ». Autre initiative de « soi contextuel » dans le domaine de la santé publique : les responsables de la santé publique de Louisville dans le Kentucky se sont associés avec le programme Smarter City d’IBM et la startup Asthmapolis, en distribuant 500 capteurs à des patients suivis pour des troubles respiratoires. Les données collectées ont permis d’identifier les zones les plus touchées par la pollution, indiquées à la population de Louisville afin d’éviter la fréquentation de ces dernières. 

Pourquoi la confiance sera la nouvelle devise ?

Des innovations pour nous faciliter la vie, nous rendre plus efficace, plus performant. La promesse est presque trop belle pour être vraie. Une part d’ombre que les auteurs n’éludent pas : « cependant, nous serions négligents si nous ne précisions pas que le prix à payer pour ces nombreux avantages est notre vie privée. Pour chaque nouvelle technologie que nous adoptons, nous devons prendre ce prix en considération, ainsi que la façon dont il sera exigé. Il est impératif de savoir ce que les entreprises avec lesquelles nous traitons font des données que nous sommes obligés de leur donner ». Car l’érosion de nos données personnelles s’est accélérée avec internet. Nos messages Facebook sont une mine d’informations sur nos déplacements, nos vacances et les appareils mobiles suivent le moindre de nos mouvements. Dans un contexte de menace terroriste, la question prend une résonnance toute particulière, « combien de citoyens devront sacrifier leurs vies privées au nom de la sécurité nationale ? Nous ne connaissons pas vraiment la réponse. Ce dont nous avons pris conscience est que le conflit entre sécurité et vie privée ne se résoudra ni facilement, ni rapidement. Cependant, les gens seraient certainement plus à l’aise si le gouvernement était plus transparent avec ceux qu’il est censé servir ». Pour les auteurs, le prix à payer serait à la hauteur des services proposés grâce à ces nouvelles innovations. Des droits fondamentaux doivent cependant être reconnus et respectés par ces entreprises comme le droit au « silence » ou à « l’oubli », « un moyen de s’évader un moment du regard et des oreilles et des collecteurs de données qui font partie prenante de nos vies dans l’ère du contexte ». 

 

 

Pour aller plus loin :

 

-       « Face au « hacking du cerveau », de nouveaux droits de l’homme ? », Silicon.fr

-       « Looking beyond the internet of things », Nytimes.com

-       « Intimité et vie privée du travailleur connecté », CNIL.fr

-       « Aurons-nous encore une vie privée dans la ville intelligente de demain ? », Lepoint.fr

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