Good COP21, Bad COP21 : l’analyse de Albert Bressand, spécialiste des problématiques climatiques

cop21Good COP21, Bad COP21 : l’analyse de Albert Bressand, spécialiste des problématiques climatiques

À l’occasion de la tenue de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) qui a commencé ce lundi, retrouvez les deux notes de Albert Bressand publiées par la Fondation pour l’innovation politique.

Albert Bressand est Senior Fellow, Columbia Center for Sustainable International Investment à New York, et Professor of International Strategic Management in Energy à l’Université de Groningen (Pays-Bas).

Selon l’auteur, la COP21 s’inscrit dans un processus qui a produit des résultats non négligeables en matière de gouvernance environnementale, avec un effet d’entrainement planétaire. Mais le processus onusien est insuffisant. Un vrai calcul économique, climatique et social sera la condition d’une transition efficace et rationnelle. Des négociations plus fermes sont nécessaires, notamment autour de la question du charbon.

2Albert Bressand : Good COP21, Bad COP21 (1) : le Kant européen et le Machiavel chinois

La Conférence climatique de Paris (COP21) de décembre 2015 renforcera la prise de conscience des risques climatiques. Toutefois, le processus de négociation onusien donne des signes patents d’épuisement et ne permettra pas une limitation à 2 °C du réchauffement climatique. La juxtaposition d’approches nationales évaluées en termes d’émissions depuis un territoire donné ignore les effets des marchés globaux. L’Europe en vient ainsi à importer le charbon dont les États-Unis ont réussi à réduire le rôle chez eux. Extrapolant la démarche kantienne qui lui a réussi en matière de sécurité sur son territoire propre, l’Europe négocie à partir d’une posture morale qui se retourne contre elle. Elle n’a pas su tirer les leçons de l’accord auquel sont parvenus en 2013 une vingtaine de pays pourtant très divers – des États-Unis à l’Arabie saoudite, de la Chine à la Russie – pour sanctionner l’effort européen vers une approche supranationale des émissions du transport aérien. À l’inverse, la Chine maîtrise parfaitement le jeu complexe des négociations onusiennes, la coalition dite « Groupe des 77 + Chine » lui permettant de se présenter comme chef de file d’un ensemble auquel elle n’appartient plus économiquement. Le thème de la « dette climatique » de l’Europe à l’égard du reste du monde illustre comment une approche de repentance, par ailleurs infondée techniquement et ignorant des variables démographiques, n’a pour effet que de faciliter le jeu opportuniste d’acteurs machiavéliens.

1Albert Bressand : Good COP21, Bad COP21 (2) : une réflexion à contre-courant

Trois décennies d’investissements considérables vers une économie bas carbone ne peuvent modifier que lentement les « stocks » gigantesques sur lesquels repose un système économique en pleine expansion. L’objectif de limiter le réchauffement à 2 °C ne pourra être atteint, mais la Conférence de Paris serait a good «COP21» si elle permettait de lever cinq tabous. Outre le rôle excessif de l’ONU abordé dans notre première note, il s’agit d’une fixation trop exclusive sur les énergies renouvelables, nécessaires mais insuffisantes à la réussite, et d’une condamnation en bloc des hydrocarbures qui représenteront encore les trois quarts du mix en 2035. Le quatrième tabou est le caractère prétendument exemplaire de politiques européennes disparates et souvent hors de prix, notamment l’Energiewende allemande qui ne dénonce le charbon en théorie que pour mieux s’en accommoder en pratique. Le dernier tabou est la certitude de pouvoir endiguer le réchauffement sans remise en cause des modèles de croissance pour une population qui atteindra 9 milliards d’individus, dont près de 5 milliards qui appartiendront aux classes moyennes. Trois pistes de réflexion s’ouvrent alors : une remise en cause des objectifs de croissance comme celle que préconise le pape François, un effort de grande ampleur de géoingénierie climatique, qui sera probablement un thème des années 2030, et, à plus court terme, un surcroît de rationalité économique et diplomatique face à des politiques de transition autoréférencées et à l’irénisme européen.

 
Trop Libre – Une question à Albert Bressand par fondapol


Albert Bressand présente ses notes : Good COP21… par fondapol

 

crédit photo : flickr OECD Organisation for Economic Co-operation and Development

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