Géopolitique de l’ Inde : quand l’éléphant s’ébroue

9219801345_0521f75148_bLa synthèse pédagogue d’Olivier Guillard, spécialiste de l’Asie méridionale, est un  des tous premiers titres de la nouvelle collection des Presses Universitaires de France consacrée à la géopolitique et aux grandes lignes de partage du monde contemporain. Elle constitue une référence pour qui souhaite se plonger dans les réalités d’un immense Etat, à l’histoire plusieurs fois millénaires, qui rassemble aujourd’hui un sixième de la population mondiale : l’Inde.

 

Incredible India ?

Conjurant les Cassandre qui prédisaient son implosion après l’indépendance de 1947, l’Inde est cependant à la peine pour achever le grand chantier de son unité. L’ouvrage permet de préciser les facteurs de cohésion et de succès, ainsi que la permanence de quelques faiblesses, telles la corruption, la persistance préoccupante d’une extrême pauvreté ou des tensions intercommunautaires.

 

Des réformes libérales qui portent leurs fruits.

Organisés en courts chapitres, utilement illustrés par quelques cartes et tableaux éclairants, Géopolitique de l’Inde remplit admirablement son contrat. Entre manuel universitaire et cicérone, l’ouvrage réussit à faire la synthèse des positionnements complexes de ce qui fut le joyaux de la couronne impériale britannique et qui, depuis 1991 et sa révolution libérale, tutoie année après année depuis 10 ans déjà les 9% de croissance année après année. « En l’espace de 20 ans, après avoir tourné peu à peu le dos au protectionnisme, ses échanges ont purement et simplement décuplé » explique Olivier Guillard.

Quelques faiblesses et de grands succès

Certes, l’Inde est encore victime de nombreuses fragilités : les richesses n’y sont que très faiblement redistribuées, le secteur agricole est à la peine et nécessite de nombreuses et urgentes réformes et le secteur industriel peine à décoller. De même, l’économie indienne est handicapée par une inflation galopante, qui appauvrit encore les plus miséreux, et une dette publique colossale (80% du PIB).

Pourtant, l’Inde multiplie les succès économiques. Les quelques choix stratégiques opérés dans le développement de pôles d’excellence dans l’informatique ou encore l’industrie pharmaceutique lui permettent de ne plus jouer les figurants au niveau international et d’accéder enfin au rang qu’elle estimait être le sien.

 

Vers une hégémonie régionale ?

L’Inde ne manque pas de jouer de sa puissance grandissante auprès de ses voisins, selon deux objectifs. Elle cherche d’une part d’affirmer son ascendant sur les pays limitrophes tels le Népal, le Sri Lanka ou le Bangladesh, qu’elle tente de satelliser. Par ailleurs, l’Inde tente de contenir les voisins qui lui sont hostiles, tel le Pakistan, par un jeu d’alliances ambitieux. Ainsi, New Dehli a renoncé à son idéalisme d’antan au profit d’une realipolitik faisant peu de cas des droits de l’Homme. Des alliances ont ainsi été nouées avec les régimes autocratiques voisins, le Myanmar en particulier.

Un système d’alliance multiple

Chantre du non-alignement du temps de Nehru, l’Inde est à la fois une partenaire loyale de la Russie et désormais une alliée fidèle des Etats-Unis. Consciente de la nécessité de relais sur le continent asiatique, elle cherche à développer ses relations avec l’ASEAN. Sa politique orientale – Look East – formalise depuis 1991 son intérêt pour la région et sa volonté de conter la présence chinoise.

 

Briser le collier de perles chinois

La Chine est l’objet de toutes les craintes indiennes. Le partenariat sino-pakistanais inquiète le gouvernement de New Dehli qui redoute que la Chine ne cherche à l’encercler par la construction de bases militaires dans des pays qui lui sont alliés. Les investissements chinois au Sri Lanka, au Bangladesh et en Birmanie, ainsi que des velléités de rapprochement avec les Maldives semblent confirmer l’existence de cette stratégie du « collier de perles ».

Une nouvelle puissance maritime

Pour ne pas se laisser étouffer, l’Inde se rapproche donc du Japon et tente de contrôler les eaux de l’Océan indien. Comme l’indiquait déjà l’ambassadeur indien Pannikar (1940) : «  Quiconque contrôle cet océan, contrôle l’Inde ». La marine indienne a donc vu son budget augmenter augmenter rapidement. Il représente aujourd’hui  20% du budget de la défense, lui-même en très forte hausse durant la dernière décennie.

Il est compréhensible que l’Inde désire être la puissance maritime « prééminente » de la région à l’horizon 2022. Plus de 90% de son commerce s’effectue par voie maritime et le pétrole, du charbon et des minerais nécessaires à sa croissance lui parviennent principalement par les ports.

 

Une stratégie multilatérale

Pour s’affirmer sur le continent, New Dehli utilise une stratégie multilatérale. Bénéficiant d’une histoire apaisée avec la plupart des pays du monde, son image est bien meilleure que celle de la Chine. Par ailleurs, l’Inde a depuis une petite dizaine d’années resserré ses liens avec sa diaspora, s’appuyant sur elle pour mieux faire entendre sa voix. Modèle de réussite aux Etats-Unis, celle-ci aurait beaucoup aidé au rapprochement stratégique de la 1ère et de la 9e économie mondiale.

 

Un avenir prometteur

Ces relais et tremplins composés de brillants intellectuels et hommes d’affaires permettent donc à Olivier Guillard d’estimer qu’en dépit de lests régionaux incompressibles et des contraintes intérieures multiples, l’Inde peut nourrir les plus grands espoirs.

 

Crédit photo: Flickr, @Doug88888

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