Fin de vie : quelles solutions pour permettre aux personnes qui en font le choix de rester chez elles ?

Alors que la France devrait compter d’après l’INSEE 4 millions de personnes de 80 ans et plus en 2020 et près de 7 millions en 2040, celles-ci sont de plus en plus nombreuses à souhaiter une fin de vie à domicile. Ainsi, selon une étude menée par la DREES, près de 8 personnes sur 10 opteraient pour cette solution. Quelles alternatives aux EPHAD s’offrent dans ce contexte aux personnes concernées et à leurs proches pour garantir une fin de vie à domicile dans les meilleures conditions ? Quelles aides et quels besoins sur le plan financier, humain, médical et de l’information ? Petit tour d’horizon des solutions existantes. 

 

Des ressources financières engagées par l’État 

La question du lieu de résidence en fin de vie est financière et engage l’État, la personne concernée et ses aidants.

En France, l’État a ainsi mis en place un ensemble de mesures fiscales et d’aides visant à encourager les personnes à rester chez elles face à une pénurie de places en EPHAD avec seulement 16 lits pour 100 personnes de plus de 80 ans en moyenne :

-   L’APA à domicile dont le montant peut varier entre 700 et 1700 euros par mois, couvre en partie les frais engagés pour le maintien à résidence, comme l’aménagement du logement et de la vie quotidienne dû à la perte d’autonomie (téléassistance, fourniture d’hygiène, …), les prestations d’aides à domicile ou encore le portage des repas.

-   Les prestations d’aides à domicile qui peuvent faire l’objet d’un crédit d’impôt et sont exonérées de charges patronales, d’assurances sociales et d’allocations familiales au titre de services à la personne.

-   La reconnaissance des proches et des soutiens aidants qui peuvent être soutenus financièrement : depuis 2016, ils peuvent bénéficier de 500 euros d’aides par an et de congé de proche aidant.

-   Enfin, la prévision des ressources au-delà de celles engagées par l’État qui peut jouer un rôle important puisqu’il est possible de souscrire à un contrat d’assurance dépendance permettant, le moment venu, de toucher une rente afin de compléter les frais liés à la prise en charge à domicile.

En définitive, il apparaît au vu des aides dispensées par l’État en France dans ce sens que le maintien à domicile s’avère bien plus avantageux financièrement que le placement en établissement spécialisé lorsque la perte d’autonomie est limitée et ne nécessite que des interventions ponctuelles. Ainsi, selon une étude de la DGCS et la CNSA, le coût annuel moyen d’un placement en EPHAD en France s’établissait en 2012 à 34 707 euros par an. Des coûts qui, bien qu’en partie financés par l’État, restent considérables. Mais qu’en-est-il chez nos voisins ?

En Allemagne, afin de faciliter encore la prise en charge, les aides (dont le montant est comparable à celui de l’APA) peuvent être reçues directement sous forme de prestations en nature dispensées à domicile.

La majorité des autres pays d’Europe ne bénéficient pas de dispositifs aussi généreux puisque la prise en charge de la dépendance y est minime (aux alentours de 380 euros par mois en Angleterre) ou s’inscrit dans la continuité de la prise en charge de sécurité sociale (comme au Danemark).

 

Un enjeu humain : des solutions pour accompagner les personnes concernées dans leur vie quotidienne

En France, l’État encourage le développement des aides à domicile notamment depuis la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement, qui a alloué un budget de 375 millions d’euros à l’amélioration de leurs conditions de travail.

Cette mesure s’inscrit dans la continuité de l’objectif global de la loi, qui est d’assurer aux personnes âgées une certaine autonomie dans leurs décisions de fin de vie.

Il existe plusieurs solutions pour trouver une aide à domicile adaptées à chaque situation. Le particulier fait ainsi directement son recrutement et choisit lui-même son intervenant, fait appel à un prestataire qui gèrera toutes les démarches et les choix de la personne, ou fait simplement appel à un mandataire et reste l’employeur. Les démarches sont simplifiées grâce à plusieurs mécanismes comme les chèques emploi service universel qui permettent de régler plus facilement les aides à domicile, ou les centres communaux d’action sociale et les centres locaux d’information et de coordination qui peuvent aider les personnes concernées à trouver un prestataire ou un mandataire.

Pourtant, malgré ces mesures qui vont dans le sens du développement des aides à domicile, la France a encore du chemin à faire : elle souffre depuis plusieurs années d’une pénurie de main d’œuvre dans ce secteur. En cause : la mauvaise image de ces emplois,éprouvants tant sur le plan psychologique que physique et souvent précaires. Pour Estelle Pin, membre de la Fédération Nationale du Personnel des Organismes Sociaux « c’est sur les conditions de travail qu’il faudrait se concentrer ».

Un exemple inspirant est celui de la Suède qui a pris une longueur d’avance en la matière sur ses voisins européens. En 2008 déjà, 20% des personnes de plus de 80 ans vivaient encore chez elles tout en bénéficiant d’une aide à domicile. Il faut dire que la Suède a été le premier pays à inscrire dans la loi le droit au maintien à domicile avec une aide appropriée.

 

Des solutions d’assistance technologique et médicale pour le maintien à domicile

Pour demeurer à son domicile en toute sécurité, beaucoup de seniors font le choix d’aménager leur logement. Pour s’adapter à chaque type de déficience, ces travaux constituent un marché en pleine expansion qui propose de nombreux solutions et dispositifs. Si les installations techniques comme les barres d’appui et autres instruments d’aide à l’équilibre ou les monte-escaliers ne sont plus à présenter, de nombreuses autres innovations ont vu le jour ces dernières années afin de faciliter chaque instant de la vie quotidienne.

Les déficiences visuelles peuvent ainsi être palliées grâce au développement d’objets vocaux spécialement dédiés aux seniors (téléphones, balances, réveils, calculatrices) tandis que les piluliers automatiques permettent de pallier les oublis de prise de médicament.

L’explosion du marché des objets connectés laisse présager beaucoup d’espoir pour faciliter la vie des seniors à leur domicile. A titre d’exemple les capteurs de micromouvements et des capteurs sensoriels déjà très utilisés en EPHAD constituent des solutions prometteuses pour détecter les chutes au domicile. Les dispositifs de téléassistance s’avèrent aussi très utiles pour permettre le maintien au domicile en permettant au bénéficiaire de lancer un appel d’alerte en cas de besoin, grâce à un dispositif qu’il porte sur lui afin de faire intervenir les secours.

Enfin, le projet eTICSS (Territoire Innovant Coordonné Santé Social) a été mis en place par l’État français pour de premiers utilisateurs pilotes en 2016. Ce service mobilise les nouvelles technologies de l’information et de la communication et les objets connectés afin de permettre un suivi médicalisé à domicile à l’issu d’une hospitalisation. Ce projet a pour l’instant vocation à limiter le nombre de nuits passées à l’hôpital pour tous types de patients, mais pourrait bien, s’il est développé, constituer un suivi médicalisé particulièrement intéressant pour les seniors souhaitant rester à domicile.

 

Mieux s’informer et se former pour rester à domicile

En conclusion, même s’il reste beaucoup à faire, de nombreuses solutions existent en France pour permettre aux seniors de demeurer à leur domicile. Pourtant ces solutions sont souvent peu ou mal connues. Ainsi, 80% des seniors ne connaissent pas l’existence d’aides à l’aménagement du domicile et 25% des ayants droit ne touchent pas l’APA. La première et la plus utile des solutions reste donc de s’informer en amont pour mieux prévoir sa fin de vie à domicile.

 

Jessa Coleman, Joséphine Noël du Payrat, Alice Pannetrat

 

Sources : 

http://solidarites-sante.gouv.fr/affaires-sociales/personnes-agees/loi-relative-a-l-adaptation-de-la-societe-au-vieillissement

https://www.robert-schuman.eu/fr/questions-d-europe/0196-la-prise-en-charge-de-la-dependance-dans-l-union-europeenne

http://www.dependance-infos.com/maintien-a-domicile

http://www.dependance-infos.com/maintien-a-domicile/aide-materielle/telealarme

http://www.irdes.fr/documentation/syntheses/le-financement-de-la-dependance-des-personnes-agees-en-france.pdf

https://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2010-1-page-124.htm

https://societesnordiques.wordpress.com/2008/02/18/suede-la-prise-en-charge-de-la-dependance-des-personnes-agees/

http://books.openedition.org/pur/14902

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000018-la-dependance-des-personnes-agees-quels-defis-pour-la-france/comment-font-les-autres-pays-europeens

https://www.conseildependance.fr/vivre-a-domicile/habitat-et-maintien-a-domicile/

http://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/prise-charge-dependance-europe.html

http://www.trop-libre.fr/la-d%C3%A9pendance-en-europe-un-chantier-inachev%C3%A9-5/

http://www.cae-eco.fr/Quelles-politiques-publiques-pour-la-dependance.html

http://solidarites-sante.gouv.fr/affaires-sociales/personnes-agees/droits-et-aides/apa-allocation-personnalisee-d-autonomie/article/allocation-personnalisee-d-autonomie-apa-a-domicile

https://www.conseildependance.fr/apa-des-personnes-ne-la-demande-pas/

https://www.eticss.fr/informations

http://www.maisons-de-retraite.fr/Actualites/Actualites-generales/Le-cout-d-une-place-en-maison-de-retraite-c-est-2-892-euros-par-mois

https://www.conseildependance.fr/quelles-aides-techniques-pour-faciliter-le-maintien-a-domicile/

https://www.capretraite.fr/wp-content/uploads/2016/04/CP-penurie-mdr.pdf

http://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/beneficier-daides/lallocation-personnalisee-dautonomie-apa

http://www.ticsante.com/Territoire-de-soins-numerique-ouverture-des-premiers-services-en-Bourgogne-Franche-Comte-NS_3102.html

http://www.ledauphine.com/social/2017/02/01/aide-a-domicile-penurie-de-main-d-oeuvre

 

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