Faux jumeaux et faux amis : en route pour 2017

3455075784_ff798c6940_zPar Alexandre Hennion, Secrétaire Général des Républicains Sciences Po et Omar Ben Abderahmen, ex Vice-Président des Républicains Sciences Po

Cette fois, on y est. Avec le prochain verdict des Primaires de la « Belle Alliance Populaire », la campagne présidentielle va pouvoir franchement débuter. A en écouter certains, il semble même que celle-ci ait déjà nourri quelques réflexions et quelques axes forts de campagne.

En effet, lors du Conseil National des Républicains du 14 janvier dernier, le Président de la Région des Pays de la Loire, et président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, n’a pas manqué de railler la gauche, et le FN, sans oublier Emmanuel Macron, parlant de « faux jumeaux et de faux amis ».

Il semble dès lors intéressant de voir en quelles circonstances ces expressions peuvent être pertinentes afin de mieux appréhender les enjeux de 2017.

Gauche et FN : la douce sirène du populisme

Bien évidemment, soyons clairs : les programmes du PS et du FN ne sont point semblables. Cependant, l’extrême-droite a opéré une certaine mutation idéologique (du moins en apparence) ces dernières années et son programme contient de nombreux points communs… avec les partis d’extrême-gauche, comme le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, ainsi que l’a noté Gaspard Koening dans une excellente tribune « Le FN, parti hard left » (1).

Le volet économique est celui qui contient les plus grandes ressemblances : retour de monopoles, fin de la concurrence ou encore encadrement de la finance. C’est à se demander si quelques points différencient encore le programme de Mélenchon de celui de Le Pen.

C’est d’autant plus criant lorsqu’on se penche sur la partie plus sociale de leurs programmes, le SMIC (le FdG souhaite un SMIC à 1700€ bruts, le FN propose d’augmenter de 200€ nets les rémunérations des salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC). Un point est particulièrement saisissant : le retour de la retraite à 60 ans. Quand on sait que même le PS s’est résigné à ne pas revenir à cet âge de départ à la retraite, l’extrême-gauche et l’extrême-droite sont prisonnières de la même idéologie, celle du populisme qui consiste à faire croire au peuple, et en particulier aux gens modestes, que la France s’en sortira sans aucun effort, voire même en travaillant encore moins. C’est un déni total de la réalité d’autant plus quand on sait que les cotisants sont de moins en moins nombreux par rapport au volume de retraités.

En confinant notre pays sur la première marche des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques en Europe, Jean- Luc Mélenchon et Marine Le Pen le condamnent tout simplement à l’immobilisme et au déclin.

Enfin, dans leurs programmes respectifs, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon promettent entre 120 et 300 milliards d’euros de nouvelles dépenses. Pour financer ces dépenses, en plus d’augmenter les impôts, ils devront nécessairement faire appel aux marchés financiers alors qu’ils font pourtant croire qu’ils veulent se libérer de leur tutelle !

En empruntant des sommes astronomiques sur les marchés, notre dette et nos déficits exploseront, rendant notre pays typiquement plus soumis à notre « ennemi, la finance » sans aucune maitrise de notre destin. Drôle de manière de vouloir rendre à la France sa souveraineté !

Et Monsieur Macron dans tout ça ?

De son côté, l’ancien Ministre de l’Économie est un homme politique qui se plait à surfer sur la vague populiste « antisystème » du moment.

Concernant son programme, nous ne savons pas grand-chose tellement il est flou : il y a quelques mois, Emmanuel Macron se disait pour la fin des 35 heures et pour la suppression de l’ISF. Aujourd’hui, il a changé d’avis, probablement pour ne pas hérisser l’électorat de centre gauche.

De ces quelques meetings, nous avons retenu qu’il veut davantage de fonctionnaires, qu’il souhaite également augmenter les impôts (notamment la CSG), et qu’il propose un temps de travail et une retraite à la carte, sans en préciser les détails. Au départ annoncé pour décembre, puis repoussé en janvier, en février et maintenant annoncé en mars, c’est à se demander si son projet arrivera un jour !

Emmanuel Macron fait surtout campagne sur son thème de prédilection : il mise sur la fin du clivage gauche / droite…Une lubie vieille comme le monde (moderne) ! Et surtout à contre-courant de ce que les primaires de droite et de gauche semblent démontrer : d’un côté, François Fillon est un candidat de droite assumée, tandis que le premier tour de la primaire de la gauche a mis en tête Benoit Hamon, de l’aile gauche du Parti Socialiste. En voulant représenter tout le monde, M. Macron, même s’il rencontre un certain succès médiatique, risque de ne parler à personne.

Une seule solution : parler au peuple franchement

Le comble de l’ironie serait de laisser à M. Macron ou aux populistes d’extrême-droite et d’extrême-gauche le monopole du peuple, alors que l’on a vu que les propositions des uns et des autres, sans oublier leur idéologie, sont tout à fait contraires à ce que les Français sont en droit de réclamer et ce dont le pays a besoin.

La Droite, avec François Fillon, cible de toutes les critiques – et ce n’est point étonnant – a dès lors une responsabilité historique. L’élection de 2017 est l’occasion d’adresser un message clair aux Français, en leur disant la vérité. N’oublions pas que la clarté est une exigence intellectuelle et morale à la refondation de notre pays.

Pour aller plus loin :

(1) Voir http:// www.lepoint.fr/invites-du-point/gaspard-koenig/le-fn-parti-hard- left-23-02-2014-1794993_2002.php

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« Crédit photo: Shohei Hanazaki »

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