Et si la tragédie argentine prenait fin ?

argentineEt si la tragédie argentine prenait fin ?

Par François Chardin

L’élection du Président Mauricio Macri laisse entrevoir des perspectives d’avenir pour un pays et une économie en difficultés.

En 1914, la puissance argentine est à son apogée. Porte d’entrée sur le continent Sud américain, Buenos Aires est la vitrine d’une économie, d’une culture et d’un pays qui n’a rien à envier aux puissances coloniales européennes. Six coups d’États et une crise économique majeure plus tard, l’Argentine est devenu un pays bien moribond : la dette publique atteint des records, l’inflation, dont personne ne connaît la valeur exacte, ne tarit pas et l’indépendance de la justice est compromise. Ce scénario est devenu un cas d’école pour les économistes : la tragédie argentine. L’élection de Mauricio Macri, première fois que la droite accède démocratiquement au pouvoir dans le pays, marquerait-elle le début d’un retour à la normale ?

Bilan du Kirchnerisme

Cristina Fernandez Kirchner, la présidente sortante, laisse son pays dans une bien mauvaise situation. Il est probable que le déficit public soit cette année supérieur à 6% du PIB, l’inflation est estimée à 25% et les chiffres de la croissance font craindre une récession. Il s’agit là du miroir des politiques publiques extravagantes menées par le gouvernement de Cristina Kirchner depuis plusieurs années : peso surévalué, restrictions sur les importations et dépenses sociales déraisonnables. Ce système n’est pas durable et ne pouvait fonctionner davantage. Le premier défi du nouveau président sera donc d’éviter le désastre.

De la mairie à la Casa Rosada

Contrairement à Daniel Scioli, son concurrent au deuxième tour des élections présidentielles, Mauricio Macri n’est pas péroniste. Il n’est pas anti-péroniste pour autant : certains membres de la coalition qu’il a menée à la victoire – Cambiemos, changeons – ont eu à faire de près ou de loin au Frente para la Victoria de Cristine Kirchner. Pourtant, il est parvenu à incarner le renouveau dans son pays, surfant sur la vague du désaveu du Kirchnerisme. Maire de Buenos Aires depuis 2007, il a au cours de son mandat amélioré les infrastructures de transport et lancé des programmes de développement pour les quartiers les plus défavorisés de la ville, leur permettant d’innover et de devenir des zones d’activité et d’emploi. Toutefois, sa victoire par moins de trois point d’écart, le vote massif des zones rurales en faveur du candidat kirchneriste et le Sénat, toujours contrôlé par le parti de la présidente sortante, le FPV, devraient contraindre ses velléités de réformes, réformes pourtant vitales pour le pays.

Vers des Macri-economics ?

Tout d’abord, M. Macri doit s’atteler à régler le cas des « fonds vautours », ces fonds d’investisseurs nord américains qui refusent de n’être que partiellement remboursés sur leurs obligations argentines contractées en 2001, bloquant ainsi un accord négocié avec 93% des autres créanciers. En finir avec ce conflit devrait permettre à l’Argentine d’avoir à nouveau accès aux marchés des capitaux internationaux et à terme de voir son taux de change revenir à un niveau réaliste. Cela fait, Macri devrait être en mesure de lever les restrictions aux échanges qui pèsent encore sur l’économie et le développement du pays. En somme, le nouveau président a la tâche de refaire de l’Argentine un pays « normal ». Les modèles à suivre sont nombreux : Mexique, Colombie, Pérou, Chili. Cet ensemble connaît déjà des chiffres de croissance supérieurs à 3% et jouit d’une ouverture de l’économie bien supérieure à celle de l’Argentine. Un recentrage de la diplomatie argentine vers ce bloc de pays devrait d’ailleurs avoir lieu sous la présidence de M. Macri.

Quelles conséquences sur la politique extérieure argentine ?

Deux évolutions sont à attendre de l’élection de M. Macri. D’abord, il devrait normaliser les relations diplomatiques avec les États-Unis et l’Europe contrairement à Mme Kirchner qui leur a longtemps tenu tête, souvent à torts et à travers. Ensuite, le nouveau président argentin devrait demander au Mercosur d’appliquer sa clause démocratique au cas du Venezuela. L’enjeu est de taille : il se pourrait que sous son influence soit rebâtie une zone de libre échange plus démocratique, claire et efficace. Éloignant le populisme du pouvoir d’une des grandes puissances du continent, le Président Macri pourrait en profiter pour déclencher une évolution des fonctionnements politiques en Amérique du Sud pour que soit davantage intégré le continent à la mondialisation.

Cet article est publié en partenariat avec Hémisphère Droit

Hémisphère Droit HEC

Sources:

[1] Cleaning up after Cristina, The Economist le 24 octobre 2015

[2] Macri-economics, The Economist le 31 octobre 2015

[3] The ebbing of the pink tide, The Economist le 28 novembre 2015

crédit photo : flickr Mauricio Macri

 

 

 

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