Entretien avec Julien Damon : campements de migrants en Europe

Auteur d’une étude pour la Fondapol intitulée Campements de migrants sans abri : comparaisons européennes et recommandations, Julien Damon analyse les campements de sept capitales : Berlin, Rome, Londres, Paris, Madrid, Bucarest et Bruxelles. Il montre les points communs et les différences qui ont conduit à la constitution de ces campements ainsi que leur traitement politique et social. À travers ces exemples, il propose une série de recommandations pour résorber ces concentrations humaines.


Votre étude insiste sur l’importance de la terminologie afin de bien discerner la réalité de ces campements. Ainsi, faut-il parler de campement ou de bidonville ? Et les personnes qui y habitent sont-elles des sédentaires ou des migrants ?

En ce qui concerne ces sites, la coquetterie sémantique ne s’impose pas forcément. Dans une discussion de café, dire bidonville ou dire campement ne pose pas de problème. En l’occurrence, on parle maintenant le plus souvent de « campements de migrants ». Il est vrai que si l’on doit être plus rigoureux, quelques réserves et précisions s’imposent. Le droit ne nous aide pas forcément beaucoup pour délimiter et distinguer les bidonvilles et les campements. Ces derniers, dits illicites, sauvages ou de fortune, sont des regroupements d’individus et de ménages dans l’espace public, sous des tentes ou dans des habitats informels faits de matériaux de récupération. Les bidonvilles, quant à eux, supposent des aménagements et des constructions plus élaborés, pouvant naître de la consolidation de campements. Un bidonville, en quelque sorte, est un campement qui s’éternise.

De son côté, le terme « migrant » peut avoir plusieurs significations. Il n’y a, en effet, pas nécessairement grand-chose de commun entre des travailleurs immigrés, des demandeurs d’asile, des déboutés de ce droit d’asile, des réfugiés qui se sont vu accorder ce statut ou des sans-papiers qui n’ont jamais demandé l’asile. Bref, tout ceci reste assez flou, en termes de caractérisation, mais bien visible… Personnellement, je préfère parler de campements pour toutes les occupations d’espace public en métropole. Je réserve le terme de bidonvilles pour les habitats précaires outre-mer ou dans les pays en développement. D’une certaine manière – pour continuer à répondre à votre question – les habitants des bidonvilles sont sédentaires alors que les personnes qui habitent les campements sont de passage.

Pourquoi ce phénomène réapparaît-il depuis une dizaine d’années ? Est-ce lié uniquement à la crise migratoire des années 2000 ?

 

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