Doit-on payer plus cher notre énergie ?

12693106605_c99e567e76_kDoit-on payer plus cher notre énergie ?

Par Alice Lapijover,

Gouvernement et entreprises s’accordent sur un point : pour relancer la croissance, il est nécessaire d’augmenter notre compétitivité. Chercher à baisser le prix de l’énergie pour réduire les coûts de production est pourtant une réponse trop simpliste à une question bien plus compliquée.

Faire comme aux Etats-Unis, exploiter le gaz de schiste pour faire baisser les coûts de l’énergie d’environ 30%, telle est la solution que recommande un certain nombre de politiques et d’industriels pour faire face à l’anémie de la croissance. La réduction des coûts de production relancerait l’industrie française, en particulier le segment qui nécessite un apport énergétique important, et serait donc pourvoyeuse d’emplois. Cet argument est trop simpliste.

La France dispose déjà d’une énergie relativement peu chère à l’échelle européenne. Avec un kWh d’électricité à 0,09 € (hors taxes) et un kWh de gaz à 0,05 (hors taxes) en 2012 d’après les chiffres du ministère du développement durable, le prix de l’énergie pour les entreprises française se situe dans la moyenne basse[1].

Chercher à baisser encore le prix de l’énergie aurait un impact direct sur le développement des énergies renouvelables dont le prix de revient est pour le moment supérieur à celui des énergies fossiles ou au nucléaire. A moins que soient intégrées au prix de vente les externalités négatives de ces sources d’énergie.

Un prix de l’énergie artificiellement bas

Le démantèlement des centrales nucléaire, la dépollution des nappes phréatiques suite à la fracturation hydraulique, l’assurance en cas d’accident nucléaire sont autant de risques qui ne sont que très partiellement couverts par les acteurs énergétiques comme le montre notamment l’actualisation d’un rapport de la Cour des Comptes en date de fin mai 2014 intitulé, le coût de production de l’électricité nucléaire[2]. En France, le prix de l’énergie est artificiellement bas.

Des prix n’intégrant pas l’ensemble des risques liés à la production d’énergie est probablement l’une des raisons pour lesquelles, aucune éolienne offshore en exploitation n’est à ce jour visible au large des côtes françaises. Ailleurs en Europe près de 2080 éoliennes offshore sont installées et reliées au réseau électrique, apprend-on dans le rapport sur les tendances et les chiffres clés publiés par l’association européenne de l’énergie éolienne (EWEA) publié en janvier 2014. La principale conséquence de ce retard est l’absence d’entreprises françaises dans les principaux acteurs de l’éolien à l’exception d’un câblier, Nexans.

La question du prix de l’énergie, amène donc à s’interroger sur le type d’entreprise et d’emploi qu’on souhaite voir émerger en France. Les gains de compétitivité à court terme ne doivent pas se faire aux dépens de l’émergence de secteurs d’activités innovants, vecteurs de la croissance de demain. Chercher à baisser les prix de l’énergie a un coût certain, économique et sociétal.

Crédit photo : Joern Spiegelberg

[1] http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/CS461.pdf

[2] http://www.ccomptes.fr/index.php/Publications/Publications/Le-cout-de-production-de-l-electricite-nucleaire-actualisation-2014

About Alice Lapijover

Etudiante à Sciences Po en master Finance et Stratégie, ancienne vice-présidente du REseau Français des Etudiants pour le Développement Durable (REFEDD) et présidente de LEMONSEA, association de sensibilisation sur l’acidification des océans.

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