Des certitudes pour 2012 (1) : le défi intergénérationnel

L’histoire étant un grand cimetière aux pronostics, il peut paraître bien imprudent de se risquer à évoquer quelques certitudes pour 2012. L’ignorance de l’offre politique précise (candidats et programmes) qui sera proposée aux électeurs, semble décourager la prévision.

Et pourtant, il nous semble qu’un accord large pourrait d’ores et déjà s’établir sur les points suivants :

De la conjoncture…

1-Les conséquences de la crise de 2008 n’auront pas disparu en 2012. La fébrilité continue de la Bourse, la crise des dettes publiques, l’incertitude de la reprise, notamment aux Etats-Unis, font que le contexte économique dans lequel se déroulera l’élection sera, au mieux, fragile. Or on sait qu’il s’agit là du facteur décisif de toute élection en démocratie, de l’échec de Valéry Giscard d’Estaing en 1981, dont la fin de mandat a été « assommée » par le deuxième choc pétrolier, à la récente défaite des socialistes portugais; en passant par l’élection surprise d’un « inconnu nommé Clinton » en 1992 contre un Georges Bush (père) pourtant auréolé de gloire extérieure.

2-Les marges de manœuvre budgétaires seront réduites, pour ne pas dire inexistantes, en raison du poids de la dette et du déficit. Les Français le savent. Déjà présente en 2007 -et l’une des causes du beau résultat de François Bayrou et de la victoire finale de Nicolas Sarkozy- la question sera à coup sûr l’enjeu transversal de tous les thèmes de la campagne.

3-Le paysage international dans lequel ces élections prendront place aura profondément changé par rapport à 2007 (révolutions arabes, mort de Ben Laden et déclin désormais consacré d’Al Qaeda, crise au sein de la zone euro, espoir d’une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien en cas d’une deuxième présidence Obama, enfin et surtout consécration politique des pays émergents).

…Au défi intergénérationnel

Mais, quel que soit le vainqueur de 2012, il sera confronté à un défi majeur, où convergent la plupart des enjeux du débat public, et qui constitue la grande certitude des années post-2012. Pour la bonne raison que  nous sommes arrivés en la matière à un point de rupture : il s’agit de la question intergénérationnelle. Décisive, parce que mettant en jeu des tendances démographiques et économiques lourdes : essor exponentiel du quatrième âge, départ massif en retraite des baby-boomers et relative abondance des classes jeunes, défavorisées dans la répartition actuelle des richesses et plus encore  des opportunités.

Point de misérabilisme, ni de démagogie : cette génération aura probablement bénéficié (en moyenne évidemment) des meilleures conditions de vie connues par la jeunesse dans l’histoire de notre pays; mais cet avantage ne fera, selon un paradoxe tocquevillien bien connu, qu’accentuer sa frustration face à une intégration difficile. La révolte gronde déjà, de la Grèce à l’Espagne : bien imprudent celui qui écarterait sa possible extension en France !

Question de l’arbitrage entre générations qui touche, on le voit, aussi bien à la dépendance qu’au devenir de la jeunesse; mais qui intègre aussi le devenir du nucléaire, le poids de la dette, l’âge de la retraite, la réforme fiscale (quel avenir pour l’héritage? Quel arbitrage entre revenus du travail et du patrimoine ?), voire la bioéthique, toutes questions qui ont en commun d’engager, non seulement le sort des jeunes d’aujourd’hui mais aussi des générations futures. Et qui appelle donc, non seulement, à une nouvelle distribution de la richesse entre contemporains mais aussi à des choix de société qui nous engagent au moins jusqu’au milieu du siècle.

… et civilisationnel

Car, même s’il faut toujours se méfier de la tendance à surestimer les évolutions de son propre temps, il est légitime de penser que nous nous trouvons dans l’une de ces grandes périodes critiques de l’histoire, où le clivage habituel entre générations recouvre une véritable mutation de civilisation. Une transition peut-être sans précédent depuis la Renaissance, car elle touche à la structure cognitive même des individus. Tout parent, tout adulte en contact quotidien avec la jeunesse, a fortiori tout enseignant, le sait ou le pressent : désormais les moins de 25 ans sont des digital natives. Aussi l’un des domaines clefs où devra s’investir l’élu(e) de 2012 sera non pas une énième « réforme de l’éducation nationale », encore moins l’octroi de « moyens » supplémentaires à un système fossilisé, mais une véritable révolution des structures, des programmes et surtout des méthodes pédagogiques, à accomplir à tous les niveaux de l’enseignement dans les dix ans qui viennent. Pour reprendre notre comparaison avec la Renaissance, il nous faut, mutatis mutandis, passer des écoles de monastères aux Collèges Royaux, de la copie de manuscrits à l’apprentissage sur imprimé !

Dans ce domaine comme dans les autres, le choix présidentiel de 2012 s’inscrira donc dans un moment très particulier de notre histoire, un de ces moments où une société est confrontée dans l’urgence à ses problèmes fondamentaux ; où, pourrait-on dire, la conjoncture rencontre la structure. L’accident de Fukushima et son impact sur la politique nucléaire à long terme est à cet égard un « fait total ».

Un avenir ouvert… ou fermé !

2012 sera-t-il enfin le « moment de vérité », celui de ces grands choix financiers, intergénérationnels, voire civilisationnels ? Le doute peut subsister. Un seul exemple : les Français, avons-nous dit, comprennent désormais la gravité du déficit et de la dette ;  mais sont-ils vraiment prêts à en tirer, pour eux-mêmes, toutes les conclusions ? La suppression des « niches fiscales », si populaire quant on en reste aux généralités -et aux plus fortunés-, pourrait bien l’être moins dès que l’on touchera aux mille régimes particuliers des uns ou des autres, des agriculteurs… aux journalistes. Davantage : quelle serait la réaction des millions de ménages modestes, aujourd’hui exonérés de l’impôt sur le revenu, si, comme le propose un Thomas Piketty, la plus importante « niche » de notre système fiscal était remise en question, à savoir le quotient familial ?

L’historien étant toujours un possibiliste, rien n’interdit de penser que le doux confort de l’illusion, reposant sur la survalorisation du politique dans notre culture nationale, pourrait bien encore l’emporter et que la France, en se contentant de « sortir les sortants », suppliera qu’on lui accorde « encore un instant, M. Le Bourreau ! ».

Le déclin est toujours une option ouverte dans la destinée des peuples…Mais il est vrai que le courage l’est aussi dans celle de leurs dirigeants !

Christophe de Voogd

Cet article est dédié à Gabrielle Tavernier

Il y a 4 commentaires

  1. eric

    mise en perspective intéressante toutefois je vois une contradiction légère entre cette jeunesse condamnée à ne pas profiter du même progrès que ses aînés et les incertitudes liées au changement de paradigme cognitif.
    le second pouvant pallier les ratés du premier.

  2. Yamakami

    La me9diocrite9, voire la vulgarite9, des attuitdes pre-e9lectorales des pre9sidentiables est telle, qu’il est fondamentale d’accroitre notre attention sur les programmes politiques propose9s par les partis et de parvenir e0 lire entre les lignes la justesse et les possibles. Il semble e9vident que le front de gauche et son repre9sentant Me9lanchon, est bien au-dessus du lot, car il est le seul e0 avoir et de9fendre une vision d’ensemble, globale, sur notre socie9te9, prenant toujours le risque de faire les liens en amont et refusant de re9pondre au me9dia sans mettre sa re9ponse en perspective. C’est en cela que justement il n’est pas de9magogique, et au risque de ne pas jouer l’effet marketing et facile d’une question/re9ponse technique, il prend le risque d’argumenter ses propos en s’appuyant sur plusieurs dimensions de la vie sociale. Il serait malheureux de jouer le jeu du vote utile au profit d’un Hollande occasionnel qui ne lui arrive pas e0 la cheville e0 tous points de vue, mais de voter pour lui, et de lui donner l’occasion d’eatre pour tous ce qu’il est re9ellement : le seul candidat socialiste. Qui plus est, je pense, un visionnaire tel que nous n’en avons pas eu depuis longtemps en France.Mais la me9diocrite9 de la sce8ne politique est, peut-eatre, e0 l’image de la socie9te9 frane7aise, et en tel cas, nous aurons les bas de plafond que nous me9ritons

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