De la dette soutenable à l’Etat insolvable

5689273479_767bb4e0f0Triple A, quand tu t’en vas…

L’opinion a réellement pris conscience du problème de la dette publique française en janvier 2012 lors de la dégradation de la note française (perte du triple A) par l’agence de notation Standard & Poor’s. Cela est la conséquence de trois faits. Sur la période 1981-2010, la dette publique est passée de 20,7% à 82,3% du PIB. Sur la même période, le service de la dette, c’est-à-dire la somme déboursée chaque année pour honorer sa dette, est passé de 1,1% à 2,8% du PIB. Les dépenses publiques sont, quant à elles, passées de 45% à 54% du PIB ; autrement dit, la valeur totale de la production de richesse nationale « passe » pour plus de la moitié par les administrations publiques et non par les circuits privés.

Qu’est-ce qu’une dette soutenable?

Cela n’est pas sans poser problème lorsque la dette publique n’est pas soutenable, c’est-à-dire si elle conduit à une accumulation de dette qui ne pourrait pas être couverte à l’avenir par des excédents financiers sans changement majeur de la structure budgétaire. La littérature économique propose une classification de la soutenabilité de la dette (soutenabilité forte ou faible, dette non soutenable) en « testant » la relation entre les dépenses et les recettes. Appliqués à la dette française, ces tests concluent que la France a connu au mieux un régime de soutenabilité faible, puisque, sur la période 1978-2003, 1 point de PIB de dépense publique totale supplémentaire ne s’accompagne à terme que de 0,24 point de PIB supplémentaire. Cela pose problème dès lors que la valeur actualisée (c’est- à- dire ramenée à la valeur d’aujourd’hui) des excédents à venir est inférieure au montant de la dette. Dans ce cas, l’Etat est en incapacité de faire face à ses engagements : il devient insolvable.

Demain, c’est aujourd’hui

La soutenabilité correspond, en fait, à la situation d’un Etat dont la solvabilité est assurée sans besoin d’ajustement budgétaire majeur dans l’avenir. Pour un Etat, une dette insoutenable n’est pas de fait un problème insoluble. Plutôt que d’adopter des solutions de facilité et dangereuses pour l’économie (défaut ou inflation), les décideurs devraient s’attacher à modifier de façon conséquente la politique budgétaire afin de pouvoir respecter la contrainte budgétaire (intertemporelle) de l’Etat. Cela passe surtout par une réduction des déficits via une réduction des dépenses. Ainsi, le caractère non soutenable de la dette française n’est pas irréversible ; en témoigne l’exemple canadien de réduction de la dette publique entre le milieu des années 1990 et 2007, grâce à une politique rigoureuse de gestion des finances publiques inspirée des principes libéraux (cf. la brochure de la Fondapol : Réduire notre dette publique).

 

Julien Monardo

credit photo:  stanjourdan

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