Combattre efficacement l’échec social

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Par @Erwan Le Noan

Le Premier ministre l’a annoncé : la France va s’engager dans une nouvelle « politique de peuplement » de son territoire afin de favoriser la « mixité sociale ». Ses déclarations reconnaissent implicitement l’échec de décennies de politiques publiques en France : en dépit d’une dépense collective record, notre pays produit de l’échec social à la pelle.

Le constat est connu : des quartiers ont concentré, progressivement, dans un espace restreint, des difficultés cumulatives. Evidemment, de très grandes et belles réussites sont issues de nos « banlieues », mais de rapports de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) en travaux sociologiques, le bilan est terrible : chômage (24 % en 2012), échec scolaire (22 % d’élèves en retard en 6e contre 12 % en moyenne nationale), difficultés financières voire pauvreté (36,5 % des habitants des ZUS, contre 12,7 % dans l’ensemble de la population française), absence de diversité immobilière et concentration des logements sociaux. A défaut d’apartheid, la France a au moins créé des espaces enclavés, des ghettos.

Depuis des décennies, notre pays a suivi la voie du « pessimisme administré et centralisateur ». Dans une logique de redistribution déprimée, il s’est employé à mieux répartir les difficultés plutôt qu’à promouvoir les réussites.

Dans l’éducation, cette logique jacobine a souhaité appliquer des plans ­uniformes à tous les élèves, à travers des « rythmes » uniques et une carte ­scolaire imposée. Bénédiction pour les propriétaires du centre de Paris qui ont vu la valeur de leurs biens monter en ­flèche en raison de leur proximité avec les meilleurs établissements scolaires du pays, cette rigidité vaut condamnation dans de nombreuses banlieues ; peu importe la qualité du travail et l’intensité de l’effort fourni par les élèves, c’est un bureau administratif, convaincu d’agir pour leur bien sans les avoir jamais rencontrés, qui choisit leur parcours scolaire à leur place.

S’apercevant que le système ne produisait pas des résultats fulgurants (la France ne cesse de décliner dans les classements Pisa par exemple), les gouvernements successifs ont fait le choix d’accélérer dans cette voie sans issue. Les Zones d’éducation prioritaires ont changé de nom et reçu quelques euros de plus. Autant de rustines inutiles sur des politiques structurellement défaillantes. Autant d’argent public jeté dans un tonneau des Danaïdes.

Si Manuel Valls en a le courage, il pourrait se saisir de ses ambitions pour révolutionner ces politiques, en choisissant la voie de la concurrence, résolument méritocratique, profondément dynamique et généreusement optimiste. Une première étape, fort simple, serait d’obliger les écoles à publier les résultats de leurs élèves aux examens nationaux. On comprendrait bien vite pourquoi les parents bobos du centre de Paris ne se précipitent pas pour inscrire leurs enfants en Seine-Saint-Denis.

Si l’audace le pousse, le gouvernement pourrait même envisager d’autoriser tous les parents à choisir l’avenir scolaire de leurs enfants. Aujourd’hui, ce luxe est réservé à ceux qui ont les moyens de payer les meilleures écoles ou qui ­connaissent les astuces administratives. En offrant aux parents le libre choix des écoles, en permettant le développement d’offres alternatives, la gauche démocratiserait enfin la liberté scolaire.

Ces pistes ne sont pas révolutionnaires, elles ont été expérimentées avec succès partout dans le monde sur les dernières décennies : en Suède sociale-démocrate, dans la Chicago démocrate de Rahm Emanuel ou la Floride ­républicaine de Jeb Bush, en Grande-Bretagne conservatrice, ailleurs encore.

Le succès de ces politiques repose sur la décentralisation des politiques publiques : les décisions relatives aux élèves doivent se prendre dans leurs établissements. Notre système institutionnel doit rompre avec des programmes autoritaires, conçus de façon uniforme sur des principes idéologiques, qui font s’affronter dans des luttes titanesques des dogmes déconnectés du quotidien.

Crédits photo : Jérémy Barande

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About Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie. Membre du Conseil scientifique et d'évaluation de la Fondation pour l'innovation politique Responsable du média Trop Libre

Il y a un commentaire

  1. François

    A court-terme il faut plus de moyens, de concurrence et donc l’expérimentation dans les zones difficiles; à plus long terme il faut rétablir la mixité dans les zones défavorisées en installant un quota MAXIMUM de HLM en plus du quota minimum. De plus pour retrouver une fluidité du marché et la vérité des prix tout logement aidé devrait être vendu tous les 10 ans par exemple au plus offrant (avec prime à l’occupant). La vocation des organismes HLM devrait évoluer de celle de gestionnaire à celle de constructeur/réhabilitateur.
    La « solution » de la contrainte d’affectation dans un établissement scolaire est un nivellement par le bas qui a des effets induits sur le prix des logements, spirale d’effets pervers. Voyez les enfants des profs, ils sont toujours scolarisés hors zone, avec l’aide de plus ou moins de passe-droits. Chaque parent ne veut que le meilleur possible pour son élève, autrement c’est inhumain. Donc il faut que le système offre une gamme d’établissements difficiles et élitistes pour ls élèves qui en sont capables jusqu’à des établissement très renforcés en moyens, le tout dans une transparence de moyens et de résultats.

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