Chine et Russie unies pour un nouvel ordre mondial

14476546024_240e433a28_oChine et Russie unies pour un nouvel ordre mondial

Par Sarah Benamar

Chine et Russie : quelles stratégies ?, Fondation Prospective et Innovation, Gingko éditeur, 2015, 10€

Tel un Phoenix, la Russie renaît de ses cendres. La Chine quant à elle, nous offre le spectacle de son irrépressible ascension.

L’année 1991 a été marquée par la chute de l’URSS entraînant dans son sillage la fin d’un monde bipolaire. Les États-Unis ont bénéficié par la suite d’une longue période de rayonnement sur la scène internationale. Cela s’est plus largement traduit par une certaine hégémonie occidentale menée par l’hyperpuissance américaine à travers le monde. En effet, le modèle de développement occidental s’est étendu au monde entier et s’est enraciné partout.

Une chose est sûre, le modèle occidental reste aujourd’hui dominant. Les « émergents », autrement dit les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) commencent toutefois à avoir une influence non négligeable sur le reste du monde. C’est plus particulièrement le cas de la Russie et la Chine. Jean-Pierre Raffarin dans la préface du livre affirme que « l’Occident découvre que [l’occidentalisation] généralisée ne se fait pas aussi naturellement sous son obédience qu’il avait la candeur de s’y attendre : c’est parce que la dynamique de mondialisation les gagne rapidement, que nombre de nations sont peu à peu portées à se juger à même de compter au même titre que les puissances hier hégémoniques : à mesure qu’elles s’intègrent dans le flux général en tant qu’acteurs de plein exercice et y prennent une part croissante, elles s’émancipent de la prépondérance occidentale »[1].

Regarder ensemble dans la même direction

On peut sans nul doute affirmer que l’Occident est, de façon indirecte, à l’origine du rapprochement entre la Russie et de la Chine : « plus l’Ouest ostracise et pénalise la Russie, plus elle se tourne vers l’Est ». C’est d’ailleurs au moment où l’Union européenne souffre d’une détérioration politique profonde que la Russie a été poussée dans les bras de la Chine.

Chine-et-Russie-quelles-strategies-250x411Le rapprochement entre la Chine et la Russie est loin d’être dû au hasard. Ces deux États partagent un but commun : l’avènement d’un monde multipolaire. Cette ambition de parvenir à un nouvel ordre global multipolaire et plus équitable repose sur la volonté de mettre en place un système de libre coopération fondé sur l’avantage mutuel et le respect réciproque. Pour ce faire, il s’agit plus précisément d’établir une égalité entre tous les acteurs. La Chine et la Russie aspirent à imposer tacitement une nouvelle manière d’entretenir les relations internationales. Il s’agit de promouvoir le partenariat constructif comme norme de la coopération internationale.

Comme le disait Antoine de Saint-Exupéry concernant l’amour et l’amitié, coopérer ce n’est pas agir en vis-à-vis, mais côte à côte, et regarder ensemble dans la même direction.

Dès lors, le monde plein et mondialisé nous offre une seule et unique direction : « assurer ensemble la viabilité de la planète par une mise en valeur concertée et respectueuse de tous, passés, présents et surtout à venir, ce qui suppose des attitudes, des démarches, des initiatives et des actes inspirés plutôt par les idéaux coopératifs dont se réclament les émergents que par les principes de rivalité perpétués par les puissances dominantes […] »[2].

Dans ce nouvel ordre multipolaire, la puissance sera ainsi partagée entre l’Amérique, l’Europe, la Chine et la Russie. Ce nouveau carré stratégique garantira la paix aux générations futures.

L’avenir du monde multipolaire repose sur les épaules de la Chine

Force est de constater que les États-Unis continuent de dominer le monde à travers leurs hard power et soft power. Cette hégémonie est solidement ancrée et toujours aussi vivace, mais la Chine et son amie Russe comptent bien changer la donne. Alors que la Russie ne fait que décrier cette domination, ce qui la rend inapte pour faire évoluer cet état de fait, la Chine, elle, fait preuve de patience « pour graduellement animer une transformation silencieuse qui, sans chercher à rien renverser, travaille à tout renouveler »[3].

La Russie souffre par ailleurs des différends qui l’opposent à l’Occident (annexion de la Crimée, guerre en Ukraine), ce qui représente un frein pour se faire entendre. De ce fait, la Chine et la Russie partagent un même but, mais pas une même voix. Mais la Russie peut compter sur la Chine, « amie du genre humain », qui jouit d’une position optimale pour faire valoir leurs intérêts.

La Chine possède donc l’ascendant sur la Russie mais « elle mesure les fondamentaux qui valorisent beaucoup la Russie et justifient une approche positive de ce partenariat »[4]. Elle arbore également le soutien des BRICS « heureux de sentir que par ce moyen méthodique et prudent seront atteints à terme des résultats tangibles et substantiels en leur faveur à tous »[5].

[1] p.5
[2] P.85
[3] P.87
[4] P.87
[5] P.87

Crédit photo Flickr: bob renner

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