Chine et démocratie : une apparente contradiction

6866588039_35337bd77a_zLa Chine est la première puissance économique du monde et entend bien le rester malgré le ralentissement de sa croissance. En dépit de ses réussites économiques, elle reste à la traîne sur bien des points, dont sur l’épineux sujet des droits de l’Homme et de la démocratie.

Un Etat autoritaire ayant le marxisme comme idéologie

Chaque civilisation a ses traditions et ses coutumes. Le peuple chinois a les siennes : confucianisme, culte de l’obéissance, crainte de l’ouverture et des « envahisseurs » étrangers… Il ne s’agit pas ici d’ignorer les coutumes propres à chaque pays en adoptant un point de vue européo centré. Il va de soi que l’Occident et la Chine ne se sont pas construits sur les mêmes principes, ce qui explique que leurs valeurs communes sont en nombre limité. La vision européenne doit se montrer tolérante et curieuse de connaître ce pays avec lequel de nombreux liens sont possibles.

En revanche, il est aussi du devoir de l’Europe de s’ériger contre l’oppression, pour promouvoir des valeurs essentielles et universelles. La vérité oblige à dénoncer l’absence d’Etat de droit en Chine qui prend toujours appui sur le marxisme comme « religion » suprême et érige Mao Zedong comme un Dieu. Pourtant, l’histoire ne doit pas oublier que 70 millions de morts lui sont attribués, dont 30 millions à la suite de la famine qui a suivi sa politique de « grand bond en avant » initiée en 1958. C’est ce « suprême despote totalitaire », selon Simon Leys, qui est toujours adulé dans son mausolée Place Tian’anmen et dont le portrait orne encore l’entrée de la Cité Interdite.

L’absence de lien entre croissance économique et droits de l’Homme

On aurait pu croire que l’accroissement des richesses combiné à l’émergence de la classe moyenne chinoise allait faire décoller l’Etat de droit et la démocratie. L’histoire le montre : la croissance économique est la première étape dans le long processus d’enrichissement d’un Etat avant le stade ultime de démocratie. En d’autres termes, l’économie est censée jouer un rôle moteur dans l’avènement des libertés fondamentales et de l’Etat de droit. Il n’en est rien : la Chine reste un Etat replié sur lui-même avec un seul et unique parti communiste qui dirige le pays, interdisant tout pluralisme politique et liberté de contestation. Des milliers de prisonniers politiques sont détenus arbitrairement pour avoir osé critiquer l’appareil d’Etat. La Chine reste le pays qui exécute le plus de condamnés à morts : 80% des exécutions mondiales ont ainsi lieu dans ce pays selon Amnesty International. Un autre point qui fait réfléchir concerne l’absence de liberté d’expression avec un usage sans limite de la censure. C’est ainsi que les plus grands medias internationaux se voient censurer l’accès en Chine, dont Google et Facebook.

Comment imaginer que la classe moyenne émergente ne se révolte pas ? L’Occident n’a pas le monopole de la résistance à l’oppression. Les Chinois semblent accepter leur destin, conditionnés à la pensée unique du Parti Communiste. Ceci pose de sérieux problèmes sur la liberté d’expression et sur leur capacité à s’affranchir des tutelles. On peut aussi déplorer l’absence de réelle progression des droits de l’Homme suite aux Jeux Olympiques de 2008 et regretter certaines mesures de complaisance que les Etats Unis ou l’Europe ont pu entretenir avec le pays. Il ne s’agit pas de s’ingérer dans les affaires intérieures chinoises mais d’alerter l’opinion internationale sur l’absence totale d’Etat de droit qui sévit en Chine. Il ne s’agit pas non plus d’imposer nos propres valeurs européennes en les érigeant en dogmes intarissables. Il s’agit juste de permettre à ce que le peuple Chinois ait la liberté de penser par lui même, déchaîné du prisme de l’Etat et du parti communiste unique.

Quel avenir pour la Chine ?

La Chine est une grande civilisation, trop méconnue et qui inquiète. Cette crainte est légitime. La politique économique pragmatique de Xi Jinping ne doit pas voiler la réalité de l’état du régime. La vérité, c’est que la Chine demeure très loin des standards de richesse communément acceptés à travers le monde. Le PIB n’est qu’un indicateur imparfait, qui en cache de nombreux autres. Seules de véritables réformes structurelles concernant les fondements de la société chinoise et l’avènement d’un Etat de droit permettront à la Chine de se hisser au rang de grande puissance mondiale. A l’heure actuelle, l’enjeu des droits de l’Homme et des libertés fondamentales reste très fort si bien que deux blocs risquent de s’opposer, faisant craindre un choc des civilisations qui pourrait avoir des répercussions notables sur le reste du monde.

« Crédit photo Flickr: leniners»

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