Ces algorithmes qui dictent nos déplacements

15463879191_7ac632100a_zIl faut comprendre l’individu pour mieux prédire ses déplacements. Le XXIème siècle sera celui du renouvellement urbain et d’une meilleure gestion des déplacements, grâce à des algorithmes qui reposent sur les données personnelles.

Aller où l’on veut, quand on veut, voici la promesse faite par la voiture. Ce symbole de liberté individualiste est mis à mal par nos réseaux urbains saturés. Nombreux sont les sites qui proposent une estimation du trafic en temps réel pour nous informer des meilleures conditions de conduite. Mais quelle utilité lorsque les déplacements sont forcés ?

Lors des pics de pollution récents, pour éviter la congestion des transports en commun, certaines zones d’activités ont testé les horaires décalés. C’est notamment le cas des entreprises de la Plaine Saint-Denis qui, pour désengorger les RER B et D, ont adopté ces horaires spécifiques. Cette décision, qui apparaît de bon sens, repose sur une multitude d’algorithmes de traitement de données et de vastes campagnes de la RATP pour mieux comprendre les déplacements de ses passagers. Renforcées par l’efficacité de la mesure, de nouvelles études sont rendues possibles. Désormais les études se focalisent sur les déplacements individuels, sur les trajectoires et non plus sur l’état du trafic. C’est ce que montre une étude réalisée par le MIT et Stanford sur la baie de San Francisco. La ville de Londres mise quant à elle sur son réseau souterrain pour réduire le trafic mais cet investissement coûteux et périlleux met en danger le sous-sol londonien déjà instable. Le manque de données sur le risque d’effritement du sol et de fragilisation des bâtiments freine le projet. Les DATA sont-elles alors devenues la condition indispensable à tout projet urbain ? Sûrement.

L’omnipotence des DATA dans la prise de décisions publiques pose alors un véritable problème quant à leur collecte. De plus en plus précises, ces données sont bien souvent récoltées sans même que les personnes n’en soient informés. Ainsi l’étude du MIT/Stanford repose sur les connexions des téléphones portables des usagers pour délimiter leur lieu de vie et de travail : “A driver source is calculated from the mobile phone data based on the regularity of visits of mobile phone users at each time of the day“, sans que ceux-ci en soient conscients. Il en est de même pour la multiplication des capteurs urbains qui recensent le moindre mouvement dans l’espace public. Un rapport du gouvernement irlandais de janvier 2016, Getting smarter about smart cities, dénonce cette omniprésence et propose de réguler au mieux les usages parfois invasifs des DATA. Si les DATA seront essentielles au développement urbain, il s’agit de le faire dans la plus grande des transparence et en toute sécurité. Un jeune hacker de Lodz a réussi en 2008 à dérégler le réseau de tramway de sa ville, causant ainsi de nombreux accidents et quelques blessés.

Souvent idéalisées, les smart-cities sont déjà là. L’usage des DATA dans les déplacements ou horaires de travail n’est pas à mettre en cause. Il serait regrettable que cette transformation s’effectue au détriment de la vie privée de chacun.

Cet article a initialement été publié sur le blog Anthropotechnie de la Fondation pour l’innovation politique

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