Catalogne : braver l’interdit ?

catalogneindependanteLe 1er juin, dans la cour du Palau de la Generalitat, le chef du gouvernement de Catalogne, Carles Puigdemont a annoncé de façon retentissante la tenue d’un référendum sur l’indépendance de la communauté autonome le 1er octobre prochain. Une annonce qui a réactivé les tensions entre Madrid et Barcelone.

 

Un précédent … raté

Ce n’est pas la première fois que la Catalogne essaye d’obtenir son indépendance. En 2014, 2,3 millions de personnes avaient voté pour exprimer leur opinion sur l’avenir de la communauté autonome. Ce vote devait être semblable à celui qui avait lieu la même année en Ecosse. Il avait finalement pris la forme d’un processus de participation civique, et n’était donc pas contraignant. Le gouvernement espagnol avait catégoriquement refusé d’accepter un tel référendum et avait formellement interdit la Generalitat d’utiliser les listes électorales. La question posée à tous les Catalans de plus de 16 ans était la suivante : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat ? Si oui, voulez-vous qu’il soit un Etat indépendant ? ». Environ 8 électeurs sur 10 s’étaient prononcés en faveur de la sécession.

 

Catalogne vs Etat central

Trois ans après, les positions de Madrid vis-à-vis de la Catalogne et de ses velléités d’indépendance n’ont pas changé. Le 27 mai dernier, Mariano Rajoy avait assuré que, tant qu’il serait au gouvernement « cela ne se produirait pas ». Le gouvernement central considère en effet qu’un tel référendum enfreindrait la souveraineté espagnole garantie par la Constitution de 1978. L’Etat a d’ailleurs le pouvoir d’intervenir directement dans la gouvernance de la région, jusqu’à la contraindre d’abandonner l’idée d’un référendum.

Cela n’a pas arrêté Carles Puigdemont, qui a déploré dans son discours que le gouvernement madrilène ne se préoccupe pas plus de la Catalogne. « Toutes nos demandes ont été systématiquement déboutées. Nous leur avons expliqué dans toutes les langues, cela n’a rien changé. Nous n’avons jamais eu une réponse positive. »

Par conséquent, le chef du gouvernement catalan a fait savoir qu’il tenait à convoquer un référendum en raison de « l’exercice légitime du droit à l’autodétermination auquel a le droit une région millénaire » comme la Catalogne. Il a d’ailleurs assuré qu’il s’engageait à faire appliquer le résultat qui sortirait des urnes le plus tôt possible. « C’est le moment pour les Catalans de décider de leur futur. » a-t-il déclaré. L’ancien maire de Gérone n’a pas encore signé le décret de convocation interdite par le Tribunal Constitutionnel, mais il a d’ores et déjà donné l’intitulé de la question : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat indépendant sous forme de République ? ». Les Catalans qui se rendront à la consultation –et qui, par conséquent, se mettraient en délicatesse avec la loi- pourront voter dans les trois langues officielles de la région : le catalan, le castillan et l’aranais.

Jordi Sanchez, président de l’Assemblée nationale catalane a expressément demandé à Carles Puigdemont de ne pas négocier avec le gouvernement central, estimant que cela n’était pas nécessaire. « Les urnes ne négocient pas » disait-il dans un article du journal El País (1).

 

Des Catalans divisés sur la question

Dans la région la plus riche d’Espagne, les indépendantistes ont toujours été en nombre important. En 2012, lors des élections parlementaires, les deux partis en faveur d’une séparation –Junts pel Si et CUP- obtiennent presque 80% des voix et 107 sièges sur 135. Mais avec la reprise de la croissance espagnole et la crise qui devient petit à petit un lointain mauvais souvenir, le mouvement indépendantiste s’essouffle. Les Catalans semblent divisés sur la question : 44% d’entre eux sont pour que leur région devienne un Etat indépendant de Madrid, mais ils sont toujours 49% à vouloir rester dans le giron de l’Espagne, selon un dernier sondage. Toutefois, tous s’accordent à dire qu’ils souhaitent être consultés sur leur avenir. *

Beaucoup de citoyens catalans sont sceptiques sur la capacité d’une seule région à faire face à toutes les dépenses faites d’ordinaire par un Etat, mais la Generalitat assure qu’elle saura gérer. Une autre inquiétude règne quant au maintien ou non de la Catalogne dans l’Union européenne. La question s’était posée pour l’Ecosse en 2014 et Bruxelles avait fermement expliqué à Edimbourg qu’elle devrait faire les mêmes démarches que le Monténégro ou la Serbie pour devenir membre. Une longue procédure qui avait sans doute fait pencher la balance en faveur du non à l’indépendance écossaise.

Sur ce point, Barcelone assure que quitter l’Espagne ne signifie pas quitter l’UE. Rien n’est moins sûr…

1/ http://ccaa.elpais.com/ccaa/2017/06/11/catalunya/1497182084_417585.html

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