Campagnes de gauche, campagnes de droite

Au soir du 6 mai, François Hollande dominait nettement Nicolas Sarkozy dans les zones urbaines (5,2 points d’écart). En revanche, moins de 6 000 voix séparaient le candidat socialiste de son adversaire dans les cantons ruraux de la France métropolitaine.

Ce faible écart masque pourtant des différences territoriales importantes entre par exemple les cantons ruraux de Vicdessos (Ariège) et d’Aubin (Aveyron) où François Hollande enregistrait plus de 75% des exprimés, et les cantons de Seltz (Bas-Rhin) ou des Riceys (Aube) où 75% des voix revenaient à Nicolas Sarkozy. Autant de différences qui invitent à explorer les zones de force et de faiblesse des deux candidats pour dresser – avec toute la modestie qui s’impose – un portrait des « campagnes de gauche » et des « campagnes de droite ».

Les « campagnes de gauche » (1/2) : les zones de déclin rural

Avec près de 55,6% des exprimés sur ces territoires (contre 49,8% pour Ségolène Royal en 2007), le candidat socialiste est fortement implanté dans les cantons agricoles marqués par le vieillissement de la population (13% des habitants ont plus de 75 ans), une faible densité (20 hab./km²) et l’exode rural.

Ces espaces de déclin rural correspondent au Massif central, au Limousin (64,1% dans les zones rurales), au Gers (56,6%), au centre de la Bretagne (Cornouaille intérieure, pays de Pontivy et de Loudéac) et aux plateaux bourguignons. Autant de territoires acquis traditionnellement à la gauche, à l’image du communisme et du socialisme rural en Limousin et dans l’Allier. Le Cantal, terre de droite sous la Vème République qui a basculé à gauche le 6 mai (51,8%), voit ses campagnes vieillies et peu densément peuplées rester à droite (11 cantons à droite contre 7 à gauche principalement situés à l’Ouest du département).

Les « campagnes de gauche » (2/2) : les zones rurales ouvrières, en crise

Les zones rurales ouvrières (plus de 40% de la population active), marquées par les crises présentes ou passées, portent en tête le candidat socialiste avec 51,5% alors qu’elles avaient choisi N. Sarkozy en 2007 (52,8%).

Mais la géographie de ces territoires est loin d’être uniforme. Le Nord, la Picardie, les cantons ouvriers bourguignons et du Sud-Ouest portent massivement François Hollande en tête du scrutin. A l’Est, c’est au contraire Nicolas Sarkozy qui l’emporte mis à part quelques cantons des 6ème et 7ème circonscriptions de Meurthe et Moselle (détenues par la gauche), des Vosges (Corcieux, Châtel-sur-Moselle, Charmes qui ont pourtant un conseiller général de droite, ainsi que les cantons de Fraize et Senones), de la Haute-Saône (Lure, Melisey, Jussey, Champagney, soit des cantons souvent détenus depuis plus de 15 ans par le PS ou le PRG ou d’anciens cantons communistes) et des Ardennes (Villers-Semeuse, cantons limitrophes de Sedan ou appartenant à la circonscription du député socialiste Philippe Vuilque). Et l’Ouest ? Dans cette catégorie de cantons ruraux et ouvriers, Nicolas Sarkozy est également préféré à son concurrent dans l’Orne et l’Eure.

Les petites communes rurales (51,3%, contre 46,8% en 2007) donnent également un avantage au représentant de la gauche : 289 cantons contre 195 pour son adversaire. La diagonale Est-Ouest observée sur les résultats nationaux est aussi pertinente dans cette catégorie d’espace.

Les « campagnes de droite» (1/2) : les zones rurales touristiques… et littorales

Les meilleurs scores en zone rurale du candidat de l’UMP sont enregistrés dans les espaces orientés vers l’activité touristique (54,4%). Il s’agit d’espaces littoraux traditionnellement favorables à la droite : la Vendée, le Var et la Corse. Les cantons littoraux de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées orientales appartiennent également à cet ensemble. Les cantons alpins placent N. Sarkozy en tête à l’image des cantons d’Abondance (77%) ou du Biot (72.7%).

A l’inverse, les zones touristiques intérieures (Ardèche, Haute-Corse, Lozère avec notamment des pics à plus de 65% dans les cantons limitrophes de Florac, Pont-de-Montvert, Saint-Germain de Calberte, Barre-des-Cévennes) ou pyrénéennes (à l’image des cantons ariégeois de Castillon-en-Couserans, de Massat, La Bastide-de-Sérou, de Vicdessos) ont voté socialiste.

Les « campagnes de droite » (2/2) : les cantons ruraux qui se transforment

Les cantons ruraux en voix de transition ou de périurbanisation (51,5%) donnent un léger avantage à N. Sarkozy, alors que le candidat UMP avait nettement leur préférence en 2007 (55,3%). Toutefois, on observe une Bretagne et une façade atlantique orientée à gauche. Les cantons normands, des Pays-de-la-Loire, du Centre, le Nord Rhône-Alpes et l’Est du pays donnent une majorité au Président sortant.

Pour synthétiser à l’extrême, le vote du 6 mai laisse entrevoir deux France rurales : une France des campagnes fragiles qui a fait le choix de la gauche (et où la progression du candidat socialiste a été la plus forte par rapport à 2007) et une France des campagnes et des territoires ruraux dynamiques qui penchent vers la droite. Mais l’histoire électorale des circonscriptions marque aussi très profondément le paysage politique avec un clivage Nord-ouest/Sud-est qui imprime ses nuances sur chaque territoire.

Christophe Broquet

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