C’est qui le chef ? (5°)

L’expression « gouvernance » sonne comme un remède miracle pour soigner les plaies du processus décisionnel. Véritable « objet politique non-identifié », la gouvernance se caractérise par la multiplicité des acteurs aux commandes. Si cette nouvelle forme de régulation collective qui associe acteurs publics et privés suscite à la fois curiosité et méfiance, c’est parce qu’elle cherche à replacer les gouvernés au cœur de la vie publique. Au-delà des seuls acteurs, c’est la dimension spatiale qui est mouvante : la gouvernance est. Les acteurs publics à la manœuvre sont pléthores : institutions internationales, européennes et nationales coexistent et cohabitent.

L’échelon national inspire confiance car les acteurs affichent une proximité avec les gouvernés. La gouvernance régionale – l’Union européenne – associe unanimité et majorité pour décider : la décision s’éloigne, le doute s’installe. Les institutions internationales – l’ONU, via son idéal de préservation de la paix et de la sécurité internationales – cristallisent les aspirations des partisans d’une gouvernance mondiale où le consensus est roi. Plus le niveau décisionnel augmente, plus les attentes sont importantes, plus la défiance résultant d’une insatisfaction de ces dernières est grande. Voilà donc les gouvernés qui font entrer la défiance dans la valse du pessimisme !

En dehors de ces sphères décisionnelles, la voix de la société civile peine à se faire entendre. Que faire ? Selon le domaine, les acteurs traditionnels pourraient associer ceux qui fondent leurs propositions sur l’expertise, sans pour autant oublier la quête du sacrosaint intérêt général. Ouvrir la décision à d’autres acteurs revient à s’extraire de la légitimité politique, certes, mais permet aussi de se préserver des obligations qu’elle suppose et d’accroître sa liberté.

Finalement, cela témoigne de la volonté bruyante des gouvernés de participer au débat public, via le développement d’Internet et des réseaux sociaux. Néanmoins, la frustration peut être au rendez-vous : rien ne peut garantir que les souhaits des gouvernés arriveront au bout du tunnel numérique. L’obstacle technologique est là, la barrière sociétale et philosophique apparaît : veut-on moins d’acteurs pour plus d’efficacité ? Peut-on avoir des institutions plus performantes et conserver une marge de manœuvre pleine et entière ?

Matthieu Turpain,
étudiant en Droit international et européen à l’Université Paris XI et à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines,
en stage à la Fondation pour l’innovation politique.

Références :

Fondation pour l’innovation politique, 12 idées pour 2012, Pour une fédération franco-allemande. Décembre 2011. http://www.fondapol.org/12-idees-pour-2012/pour-une-federation-franco-allemande-1012/

Wolfgang Glomb, Le tandem franco-allemand face à la crise de l’euro, Fondation pour l’innovation politique. Février 2011. http://www.fondapol.org/etude/le-tandem-franco-allemand-dans-les-crises-monetaires-et-financieres/

Claude du Granrut et Elvire Fabry, Ce que change le traité de Lisbonne, Fondation pour l’innovation politique, Février 2008.

http://www.fondapol.org/etude/324/

Pascal Lamy, « La gouvernance, utopie ou chimère ? », Études, 2005/2 Tome 402, pp. 153-162.

Philippe Moreau Defarges, La gouvernance, 4e éd., Paris, P.U.F. « Que sais-je ? », 2011.

Olivier Nay (dir.), Lexique de science politique, Paris, Dalloz, 2008.

Il y a un commentaire

  1. dieta

    Mario Draghi s’est d’ailleurs montré très habile. Son discours du 2 août est une élégante façon de contrer la pensée magique à laquelle gouvernants et gouvernés européens paraissent avoir un peu trop tendance à se rallier actuellement: il suffirait que la BCE achète massivement les titres d’emprunt des Etats en difficulté (Italie et Espagne notamment) pour que les choses rentrent dans l’ordre et que la crise de l’euro se résolve comme par enchantement.

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