Brexit : le bluff de Theresa May

31557196953_808dd5d658_zTheresa May en a décidé ainsi, c’est donc un hard Brexit que le Royaume-Uni s’apprête à affronter en quittant le marché unique européen, cet espace de plus de 500 millions de consommateurs où marchandises, services, capitaux et personnes circulent librement. Il s’agit a priori d’un saut dans l’inconnu pour l’économie britannique, fortement intégrée au continent, mais la sérénité affichée par Mme May lors de cette annonce semblait à toute épreuve. Depuis le vote de juin dernier, son gouvernement veut donner l’idée d’un Royaume-Uni fort et autonome, bientôt libéré des contraintes de l’Union Européenne. Ce n’est pourtant que de la poudre aux yeux.

Première coup de bluff : l’idée que la sortie du Royaume-Uni du marché unique puisse être indolore. L’économie britannique est fortement dépendante du marché européen, et pour certains secteurs comme les services financiers, l’accès à celui-ci est même vital. Couper les ponts avec l’UE ne pourra pas se faire sans conséquences néfastes. Du point de vue de la libre-circulation des personnes, le constat est le même. Certes, le Royaume-Uni retrouvera le contrôle de ses frontières, mais à quel prix ? Celui des permis de travail désormais nécessaires pour tenter l’aventure outre-Manche ou des frais de scolarité doublés ou triplés pour les étudiants européens. Ce sera un terrible coup porté à l’attractivité du pays.

Pour couper court à tout inquiétude, Theresa May a exprimé le souhait d’un accord de libre-échange le plus complet possible avec l’Union Européenne, qui permettrait au Royaume-Uni de limiter les conséquences économiques d’un hard Brexit tout en maximisant les bénéfices politiques. C’est là le deuxième coup de bluff, l’idée que le Royaume-Uni pourrait cumuler autonomie réglementaire et libre-échange avec le continent. La seule voie pour ce faire serait de s’engager dans une ouverture unilatérale de son marché, ce que le pays ne semble pas disposé à faire pour le moment. Tout traité bilatéral donnant accès au marché unique, comme ceux passés par la Suisse, implique de se soumettre plus ou moins largement au droit européen et de contribuer au budget de l’UE. Le « meilleur des deux mondes » promis par Theresa May sera en réalité un compromis entre ce qui reste indispensable à l’économie britannique et ce que les Brexiters seront prêts à accepter comme persistance des liens juridiques et politiques avec l’Union. Il n’existe pas de solution miracle.

Le troisième coup de bluff de Theresa May a consisté à menacer l’Union Européenne de transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal si celle-ci était tentée de le « punir ». Soyons clair, ce n’est pas dans l’intérêt de l’UE d’adopter une attitude hostile. Elle a besoin du Royaume-Uni pour commercer, et, surtout, ne devrait pas succomber au ressentiment. Elle doit rester un projet d’ouverture, y compris envers ceux qui ont fait le choix de ne pas la rejoindre où de la quitter. Mais la menace de T. May sonne creux, tant, depuis son élection, elle s’évertue à se démarquer du thatchérisme des Tories pour se tourner vers les classes populaires. Etouffer le Labour en se tournant vers ses électeurs ou mener une politique pro-business en s’attaquant aux taxes et aux régulations, les deux semblent difficilement compatibles.

Dernier coup de bluff : la proximité affichée de Theresa May avec Donald Trump, qu’elle voudrait témoin de la place retrouvée du Royaume-Uni sur la scène internationale. Passons sur le cynisme consistant à s’afficher avec un homme qui se réjouit publiquement d’une possible disparition de l’Union Européenne, comme si les destinées du continent n’intéressaient déjà plus les britanniques. Passons sur le style des deux leaders qu’on pourrait difficilement imaginer plus opposé. Ce qui prête à sourire est l’idée que M. Trump le protectionniste pourrait offrir à Mme May un traité de libre-échange rapide. Et même si c’était vrai, sous quels termes ? Compte tenu de l’inégalité des forces en présence et de la personnalité du Président américain, on peine à croire qu’un hypothétique accord entre les deux pays puisse se faire à l’avantage du Royaume-Uni. Ce ne seraient que les régulations d’un autre qu’il serait forcé d’accepter.

Les courbettes de Theresa May à Donald Trump sont un puissant révélateur. Pour un pays si fortement ancré dans la mondialisation que le Royaume-Uni, il n’existe aucune voie alternative qui combinerait prospérité et souveraineté « réelle ».

« Crédit photo Flickr: Number 10»

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