Aux États-Unis, les big data sont au service des ambitions politiques

2712986388_30e3c433f2_bAux États-Unis, les big data sont au service des ambitions politiques

Par Rémi Velez

Depuis les élections américaines de mi-mandat (novembre 2014), les frères Charlie et David Koch dépensent des dizaines de millions de dollars pour étudier le profil politique de 250 millions d’Américains. Leur but est d’obtenir un tableau exact des attentes des électeurs pour l’élection présidentielle de 2016. Le succès de leur projet inquiète autant les démocrates, qui ont une longueur d’avance dans la collecte informatique des données électorales, que certains républicains effrayés par l’influence croissante des deux frères sur leur parti.

Le tournant historique de l’élection présidentielle de 2012

En 2012, l’équipe de campagne de Barack Obama a engagé des dizaines d’informaticiens et statisticiens pour exploiter toutes les données du web et en extraire les tendances des électeurs au jour le jour. Premièrement, ces spécialistes de l’analyse statistique ont permis aux militants de lever 1 milliards de dollars de dons, un record qui sera vraisemblablement dépassé l’an prochain. Deuxièmement, l’utilisation des données collectées a permis de cibler au plus juste les thèmes intéressant l’opinion et tout particulièrement les électeurs indécis. L’équipe de campagne du président a utilisé les techniques employées par les grands acteurs du commerce électronique qui enregistrent les numéros de carte de crédit et les habitudes d’achats de leurs clients. Les militants démocrates ont su, ville par ville, quelle était la mobilisation des électeurs le jour du vote. Ils ont ainsi ciblé leurs déplacements dans les quartiers où l’abstention était la plus forte. Contre les prévisions des sondages nationaux, les populations votant plutôt à gauche (les femmes, les jeunes, les minorités ethniques) se sont mobilisées pour faire gagner M. Obama. L’analyse du comportement des électeurs est devenue un élément central des campagnes électorales.

Une révolution numérique est à l’œuvre

Les frères richissimes Koch ont bien compris les raisons techniques de la défaite républicaine de 2012 et développent maintenant une société d’expertise des sondages : i360. Ils visent un double objectif : éroder l’avantage que possède le Parti Démocrate dans l’analyse prédictive – le machine learning – et imposer leurs vues politiques libertariennes à l’ensemble du Parti Républicain. Grâce à un investissement de 50 millions de dollars, leur société relie les réponses aux sondages des électeurs avec leurs informations personnelles (revenu estimé, choix télévisuels, participation au vote, biens achetés par un crédit à la consommation). Celles-ci sont récupérées par des sondages ou auprès des réseaux sociaux. Elles servent ensuite de matières premières pour les discours des candidats, les publicités électorales et les messages adressés aux militants. Elles sont aussi vendues au personnel politique républicain, pour 10 ou 10 000 dollars. Les électeurs sont mieux ciblés : ils reçoivent des messages personnalisés au bon moment. Avec des annonces électorales peu chères, le site i360 est parfait pour les petites campagnes locales. Et les données des élections locales récoltées scrupuleusement depuis un an serviront pour les élections nationales de 2016. Cette offre de publicité pour hommes et femmes politiques est devenue l’outil principal des campagnes électorales.

Crédit photo : NASA/GSFC

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