L’armée nigérienne au-dessus des Lois?

07.07.20141L’armée nigérienne au-dessus des Lois?

Ce vendredi 4 juillet un soldat nigérien a été tué à Lagos par l’embardée d’un bus. Cette tragédie a été occultée par une tragédie plus grande encore, celle des représailles de ses compagnons d’armes sur des gens innocents et des témoins. Les soldats vengeurs ont bloqué les routes, tiré des coups de feu en l’air pour effrayer la population, gagnée par la panique, et en guise de punition ont mis le feu aux bus.

Que cela vous choque, voire même que vous trouviez ça obscène, je ne pourrais être plus d’accord. Cependant ce qui me touche le plus c’est qu’il s’agit à proprement parler d’un choix en tant que tel pour ces soldats, de commettre ces atrocités de vendredi. L’action de ces soldats évoque une mauvaise scène, peut-être celle d’un passé d’apartheid ou de racisme, lorsque la peur constituait une tactique pour contrôler le peuple. A n’en pas douter à ce jour et à cette heure, tout ceci nous devrait être étranger. Et pourtant ça ne l’est pas.

Certains renvoient les actions irresponsables des soldats au passé militaire du pays, et à une culture de la violence. Bien que cela puisse, et c’est probablement le cas, jouer un rôle, je crois que cet incident expose la question bien plus fondamentale de l’indiscipline, et de la corruption dans l’armée nigérienne qui recourt aux tactiques de la peur pour effacer un peuple, et in fine s’affirmer au-dessus des lois.

Cette idée est soulignée par trois éléments.

La première est vraisemblablement la plus indolore des façons dont l’armée nigérienne a démontré être au-dessus du droit. En août 2012, le gouvernement de Lagos a décrété l’interdiction de l’utilisation  de  motos  commerciales  connues  sous  le  nom  d’ «Okadas»,  sur  toutes  les  routes principales du pays. L’interdiction a été mise en place vicieusement par la police d’Etat, conduisant à la saisie de milliers de motos et à l’emprisonnement de centaines de conducteurs ayant enfreint la loi. Cependant il semble qu’une loi non écrite en exemptait les militaires eux-mêmes, car en même temps que le nombre d’utilisateurs de ces véhicules diminuait, celui des militaires sur ces motos augmentait, et non pour un usage officiel. Ils étaient en effet au-dessus de cette loi… ou, de ce qui en paraissait une.

La seconde raison pour laquelle je parle des événements de vendredi en développant une question plus fondamentale, celle de l’armée rompant la loi dont elle est censée garantie l’expression, est la « terrorisation » des mêmes citoyens qu’ils doivent protéger. La démonstration la plus évidente de ceci est l’omniprésence du contrôle de la circulation routière où police et armée arrêtent régulièrement – en guise de contrôle de routine – des voitures dans le simple but de monnayer la prolongation de la liberté du passager. Il semble ainsi que la liberté de circulation ne constitue plus un droit des citoyens, puisqu’en l’absence de crimes à relater, les Nigériens prient et payent quotidiennement les agents du gouvernement pour pouvoir circuler.

Si les événements de vendredi s’apparentent à une opération de répression militaire «disproportionnée », ils décrivent bien le cancer sous-jacent d’une armée qui a renoncé depuis longtemps à sa mission de protéger le peuple. Presque chaque mois, les médias se font échos d’expéditions punitives menées dans des villages où des militants suspectés d’appartenir au groupuscule Boko Haram sont tués. Sans  investigation  aucune et  en  l’absence  de  preuves, ces attaques orchestrées par les militaires ont causés la mort de nombreux innocents.

Ce qui nous rappelle à notre thèse. Les Nigériens semblent avoir accepté une armée dont le métier à mi-temps est de terroriser ses citoyens, d’abuser de son pouvoir, et en définitive d’être au-dessus de la loi.

Cela ne présage rien de bon pour le Nigéria, à l’approche d’échéances électorales marquées par de forts enjeux. L’armée nigérienne semble faire fi des abus de pouvoir, dont les événements de vendredi sont la dernière manifestation,  et  dont  les  Nigériens  ont  connaissance  depuis  de nombreuses années. A l’image d’autres régimes autoritaires, le peuple nigérien est longtemps resté silencieux, mais les représailles de vendredi et le tollé qui s’en est suivi promettent peut être une rupture et une remise en cause de ceux dont les actions ont jusqu’ici paru s’élever au-dessus des lois.

Twitter : @chidiogoshaker

Traduit de l’anglais par @AmbroiseFahrner

English version

Nigerian army above the law?

On Friday, July 4, a Nigerian soldier was killed in Lagos by a swerving bus. This tragedy was usurped by an even greater tragedy, being that of the revenge on the innocent people and bystanders by fellow soldiers. The rampaging soldiers blocked roads, fired several shots into the air to scare people, who ran away in panic, and set fires to buses in retaliation.

Does this strike you as odd, perhaps even obscene, i could not agree more. However what strikes me most is that it is even an option for the soldiers to commit the atrocities of Friday.

The action of the soldiers sound more like a bad scene from perhaps apartheid or racist past where fear was used as a tactic to control a people. Most certainly should be alien to us at this day and time, but it is not.

Some dismiss the irresponsible actions of the soldiers to the military past of the country, and a culture of violence. While this might and probably does play a role, I believe that the incidence exposes the much more fundamental issue of indiscipline, corruption in the military which resorts to fear tactics to suppress a people, and ultimately prove itself above the law.

The above statement is underlined by three explanations. 

The first is the most seemingly harmless manifestations of how the Nigerian military has shown itself to be above the law. In August of 2012, the Lagos Government placed a ban on the operation of commercial motorcycles, colloquially known as Okadas, in all major roads in the city. The ban was viciously upheld by the state police, leading to the seizing of thousands of motorcycles and the jailing of hundreds of law breaking motorcycle riders. However, there seemed to be an unwritten rule that military was exempt from this law because as the number of commercial motorcycle riders reduced, that of military on motorcycles, and not for official  purposes, increased. There were effectively, above this particular law…or so it seemed.

The second reason why I speak to Friday’s event exposing a deeper issue of the military breaking the very rules they are charged to uphold is the daily terrorization of the very citizens they are to protect. The most evident manifestation of this is the ubiquitous traffic checks whereby police and military on a regular basis stop cars in the guise of a routine security check only to demand money in return for the continued freedom of the offending passenger. Freedom, it would seem, is no longer a right of the citizen, and in spite of a lack of crime to speak of, Nigerians on a daily basis have to beg and pay corrupt officials for their freedom.

The third and final reason why Friday is not just wrong, but exposes the underlying cankerworm of a military that has long ago forgone its mission to protect the people is their activities in the North of Nigeria. Almost every month, there are reports of raids on villages where ‘suspected’ Boko Haram militants were killed. With no investigation and no evidence to the guilt of these victims, these these attacks by the military without a doubt saw the death of many innocent citizens.

So this brings us back to the issue at hand. Nigerians it would seem have accepted a military with a part time job of terrorizing its citizens, abusing its power and ultimately being above the law.

This does not bode well for a country which next year will be going into an election period that will not be without its challenges. It does not bode well for a country where the military is feared. This same military is one which does not shy away from abusing its power in a way that though was most apparent on Friday, has been known for many years by all Nigerians. Like most victims, the people have remained silent, but Friday’s event and the public outcry post signals perhaps a break from the past and a questioning of those whose actions have hitherto seemed above the law.

Crédit photo : ssoosay

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