Allemagne : le nombre de crèches en très nette expansion

Capture d’écran 2014-10-25 à 11.35.23Allemagne : le nombre de crèches en très nette expansion

Par Pierryck Boulet,

Utilisée pour la première fois dans un tout autre contexte par le poète romantique allemand Heinrich Heine, l’expression « Rabenmutter » (littéralement, « mère corbeau ») désigne les mères de familles qui ne s’occuperaient pas suffisamment de leur progéniture. Ce concept a longtemps caractérisé, en Allemagne de l’Ouest, les femmes actives d’Allemagne de l’Est qui déposaient leur(s) enfant(s) à la crèche pendant la semaine de travail, le système de protection sociale et d’ « allocations familiales » étant moins avantageux en RDA qu’en RFA. Aujourd’hui, si cette expression est moins fréquemment utilisée tandis que le nombre de places en crèches atteint de nouveaux sommets, il n’en demeure pas moins que la politique familiale reste un sujet sensible.

En dépit d’une différence toujours marquée entre les anciennes RFA et RDA (cf. carte), le nombre de salariés dans les crèches a progressé de 65% entre 1998 et 2014, s’établissant à un peu plus de 610 000. Cette évolution traduit la réelle implication de l’échelon fédéral dans la politique familiale.

allemagne

Prise en charge des enfants de moins de 3 ans en 2013 (découpage selon les arrondissements). Echelle des couleurs : moins de 15%, 15-25%, 25-35%, 35-50%, 50% et plus

Manuela Schwezig (SPD, parti social-démocrate), l’actuelle Ministre fédérale de la Famille, a fait part de son souhait de conduire une politique « moderne » de la famille et qui permette « de concilier vie familiale et vie professionnelle » en développant le système des crèches. La CSU (Union sociale-démocrate, équivalent de la CDU d’Angela Merkel en Bavière) n’a pas manqué de réagir à ces déclarations, qualifiant le discours de la ministre de « Politik DDR [RDA, ndlr] 2.0″. Si  le SPD soutient à une très large majorité les prises de position de la ministre, il n’en reste pas moins que certaines voix discordantes se font entendre, à l’instar du Sénateur Detlef Scheele qui regrette pour sa part que le débat ne s’axe pas davantage autour du fait que ces structures de prise en charge des nouveaux-nés et des très jeunes enfants soient en train de se transformer progressivement en un premier système d’éducation de toute une classe d’âge.

Par ailleurs, force est de constater que les gouvernements allemands qui se sont succédé ces 10 dernières années ont décidé de la mise en œuvre de réformes empruntant des orientations qui peuvent sembler de prime abord contradictoires. En effet, alors que le nombre de structures à destination des enfants en très bas âge ne cesse de croître, la plus emblématique des réformes de la politique familiale reste certainement celle de l’Elterngeld (« argent des parents »), instauré en 2007 et qui fonctionne comme une allocation à ceux d’entre eux qui ont réduit leur rythme de travail pour garder leur enfant ou choisi de faire valoir leurs droits à un congé parental.

Cette mesure a rencontré un franc succès, comme le révèle un récent article du Spiegel. Si l’on en croit ce dernier, près de 96% des jeunes mères en 2012 ont reçu cette allocation, contre 29% des pères. Dans 266 arrondissements sur les 402 que compte l’Allemagne, au moins un père de famille sur quatre en a bénéficié[1]. À cet égard, l’Elterngeld devrait prochainement être complété par l’Elterngeld Plus, qui devrait bénéficier vingt-huit mois durant aux parents travaillant à temps partiel après la naissance de leur enfant.

Un congrès sera organisé le mois prochain à l’échelle fédérale pour débattre des « missions » qui seraient confiés aux crèches et de la formation des « éducateurs » qui y sont employés.

Crédits photo/carte : Bundesamt für Kartographie und Geodäsie

[1] http://www.spiegel.de/wirtschaft/soziales/jena-ist-spitzenreiter-beim-elterngeld-fuer-vaeter-a-997117.html

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