Agriculture : un secteur en pleine mutation

agricultureAgriculture : un secteur en pleine mutation

Secteur traditionnellement majeur de l’économie française, l’agriculture est actuellement en pleine crise. Elle n’échappe néanmoins pas aux innovations. C’est d’ailleurs sûrement sa mutation qui permettra d’assurer son avenir…

Un secteur qui pèse, en France comme en Europe

La France compte aujourd’hui 515 000 exploitations agricoles, répondant de 849 000 emplois directs, auxquels on peut ajouter 415 000 indirects dans l’industrie agroalimentaire, principalement. La France se place ainsi en tête des pays producteurs et exportateurs européens[1]. Il en est de même en Europe puisque l’on estime à 25 millions le nombre de personnes travaillant dans l’agriculture au sein de l’Union Européenne (auxquels s’ajoutent 46 millions dans le secteur agroalimentaire)[2].

L’agriculture en France, entendue largement comme l’ensemble des activités directes ou en lien avec le secteur, pèse donc encore énormément. En 2010, on estime à 3,1% la contribution au PIB du secteur agricole (industrie agroalimentaire et agriculture)[3]. Le secteur est en outre l’un des rares à être en excédent commercial ; en témoigne l’excédent record de 11,9 milliards d’euros en 2011[4].

Un secteur en danger

Néanmoins, si l’agriculture est un secteur primordial, il n’échappe pas aux difficultés.

La concurrence des pays émergents (tels que l’Inde ou le Brésil), capables de produire à coûts moindres, tire la compétitivité des produits européens à la baisse. Dans cette nouvelle configuration internationale, le modèle familial des petites exploitations aux productions morcelées ne semble plus être à même de répondre aux impératifs de la mondialisation. Ainsi l’avenir semblerait résider davantage dans des concentrations agricoles de plus grande taille permettant davantage de compétitivité, comme en témoigne la croissance des coopératives agricoles[5], vouées peut-être elle-même à devenir des producteurs agricoles. Par ailleurs, si la Politique Agricole Commune a permis à l’Europe d’accéder à son indépendance agricole, celle-ci est de plus en plus remise en cause au motif de maintenir sous perfusion un secteur moribond.

À ces alarmes s’en ajoute une autre : celle d’une maturité des marchés nationaux[6]. Sauf en cas de nouveaux débouchés à l’export, la croissance ne semble plus pouvoir augmenter sur ces marchés du fait d’une saturation de la demande.

Ainsi face à ces nouveaux défis, il apparait primordial et urgent de se tourner vers le monde. Pour y être compétitif, la France et l’Europe doivent développer des avantages comparatifs hors-prix.

L’avenir dans les produits à forte valeur ajoutée

Si l’avenir des produits à faible compétitivité semble terne, exception est faite du lait. C’est ce qu’affirmait récemment le Commissaire européen à l’Agriculture Phil Hogan : « la fin des quotas ne devrait pas juste être perçue comme une menace, […] mais une opportunité ».[7] L’industrie européenne semble en effet vendre avec succès ses produits laitiers sur les marchés émergents (notamment asiatiques), prédisant un avenir post quota optimiste pour des producteurs auparavant limités par ces derniers.

L’avenir semble, de manière générale, davantage résider dans les produits à forte valeur ajoutée. Le savoir-faire comme l’image culinaire et gastronomique français sont des arguments incontestables pour l’exportation. Ainsi, les produits plus ‘haute gamme’ comme les fromages rencontrent un très fort succès à l’export. Par ailleurs, la demande pour ces produits (marchés sur lesquels les pays émergents sont moins présents) semble devoir aller croissante à l’avenir[8].

Le rôle de l’innovation

L’innovation peut être la solution pour l’avenir de l’agriculture. Permettant de faire plus avec moins, une agriculture à la pointe de la technologie constitue une intéressante piste d’avenir. Mais afin d’accoucher d’innovations adaptées aux besoins agricoles, la recherche doit être davantage développée en « co-construction » afin d’éviter des approches descendantes dans lesquelles les solutions apportées sont peu en adéquation avec les problèmes posés.[9]

Quelques exemples d’innovation sont déjà offerts à notre inventaire aujourd’hui. C’est le cas de la chimie végétale (ou « verte »), jusque-là utilisée pour les vêtements ou les médicaments, dont l’application pourrait aujourd’hui s’étendre à la fabrication de détergents, solvants ou cosmétiques sans produits de synthèse[10]. D’autres innovations, tels que les « puits de carbone » permettant d’augmenter la capacité d’absorption naturelle de CO2, ou encore le guidage GPS des outils agricoles permettant une meilleure application des traitements agricoles, sont d’autres exemples d’innovations permettant à l’agriculture de répondre aux défis de demain.

[1]http://www.chambres-agriculture.fr/grands-contextes/cles-de-lagriculture/ce-quil-faut-savoir/

[2]http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/02/22/20002-20150222ARTFIG00052-l-agriculture-et-les-produits-alimentaires-francais-un-secteur-d-avenir.php

[3]http://www.rpfrance.eu/l-agriculture-francaise-en

[4] Ibid. 

[5]http://www.senat.fr/rap/r06-200/r06-20052.html 

[6] Ibid.

[7]http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/02/22/20002-20150222ARTFIG00052-l-agriculture-et-les-produits-alimentaires-francais-un-secteur-d-avenir.php

[8] Ibid.

[9]http://www.chambres-agriculture.fr/grands-contextes/innover-pour-demain/

[10]http://www.fnsea.fr/toutes-les-thematiques/agriculture-durable/energies-renouvelables/articles/l-innovation-agricole-c-est-maintenant/


À noter: les points de vue exprimés par les auteurs dans leurs papiers ne reflètent pas nécessairement les positions de la Fondation pour l’innovation politique et ne peuvent en aucun cas lui être systématiquement attribués. 


 

Il y a 2 commentaires

  1. Frizon

    Bonjour,

    l’agriculture est en effet un secteur en pleine mutation. Cependant, la fait d’augmenter la taille de l’exploitation ne la rend pas forcément plus compétitive. Il faut prendre en compte l’endettement qu’un agrandissement provoque, les contraintes administratives potentiellement supplémentaires (seuil de déclaration à autorisation par exemple) et l’organisation des différents ateliers de l’exploitation. Evidemment, un agriculteur étant techniquement « moyen » d’un point de vue de sa marge brute et de son rendement sera toujours un agriculteur « moyen » sur une plus grande exploitation. Le savoir-faire, la capacité d’adaptation et la compréhension de son environnement sont des facteurs beaucoup plus importants que la seule taille de l’exploitation.

    Je suis en revanche d’accord sur le fait que l’agriculture française doit développer ses produits à forte valeur ajoutée. Dans un marché mondial où de nombreux pays produisent du lait et des céréales, la France doit se démarquer de par la forte qualité de ses produits. La qualité sanitaires des produits français est avérée mais si la qualité organoleptique des nos productions de lait et de céréales ne se fait pas remarquer, à quoi bon?

    cordialement

  2. Quantin

    L’actualité nous montre chaque jour des agriculteurs en difficultés , notamment des éleveurs.
    Le modèle familial n’est plus viable car il entraîne trop d’implication personnel, trop d’engagement financier notamment dans le rachat de foncier mais on ne veut pas non plus de la ferme des mille vaches il va falloir inventer une nouvelle agriculture française .
    Il va falloir choisir entre le loup et le berger avant de se rendre compte que la montagne c’est bien le berger qui l entretien !

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