Les idées pour la Primaire : la Politique Étrangère

Par Capucine Amez-Droz et Alexandre Freu

La vision de la France dans le monde et de ses relations avec ses alliés est loin de faire consensus parmi les candidats. Si les divergences sur l’Union européenne sont au final plus de forme que de fond, un clivage profond existe sur les relations à avoir avec Vladimir Poutine, sur le traitement à réserver  à Bachar el-Assad, et la place des forces militaires françaises dans le combat contre Daech.


Les projets pour la Primaire : la Politique… par fondapol

L’Union Européenne : un consensus sur sa nécessité, avec des critiques plus ou moins prononcées sur son fonctionnement 

L’Union européenne a droit à un traitement majeur de la part de tous les candidats. Ils oscillent entre harmonisation des politiques et des normes à l’échelle européenne et préservation du singularisme de la tradition géopolitique française.

Seuls Jean-Frédéric Poisson se déclare ouvertement « euro-sceptique » et défend un souverainisme national. Sans aller jusqu’à défendre une sortie de l’UE ou de l’euro, ils en prédit l’inévitable éclatement faute de cohésion entre les pays. Il est à l’opposé de ceux qui se déclarent ouvertement « européens », d’Alain Juppé à Nicolas Sarkozy, en passant par François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-François Copé.

La majorité des candidats souhaite « plus d’Europe » sur les questions de défense et d’immigration, ainsi que sur les grands projets en faveur de nouvelles technologies. Ainsi, Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet souhaitent la création d’une agence européenne de renseignement et fixer la coopération préalable à une Europe de la Défense.  François Fillon se distingue en ce qu’il souhaite mettre en place un « souverainisme européen » dans le but explicite de l’opposer à « l’atlantisme » et se rendre plus indépendants vis à vis des États-Unis.

D’autres candidats souhaitent néanmoins « moins d’Europe » sur d’autres sujets. Nicolas Sarkozy, qui ne croit pas à la faisabilité d’une Europe de la défense, prône par ailleurs un traité de refondation pour une révision des compétences pour en ré-attribuer certaines aux États. Il souhaite également une relance de son projet d’Union pour la Méditerranée (UPM) alors que Jean-François Copé souhaite relancer le processus démarré avec la Grande-Bretagne, par les accords de 2010 à Lancaster House, mettant en avant la primauté de la relation bilatérale franco-britannique dans une éventuelle Europe de la Défense.

Bruno Le Maire se distingue en plaidant pour un nouveau référendum, non pas pour sortir de l’Union Européenne, mais sur les orientations de réformes des institutions que la France devrait défendre, une idée écartée par Alain Juppé.

Néanmoins, tous les candidats s’accordent sur une réforme de l’UE, Alain Juppé, qui déclare « vouloir faire une campagne pro-européenne », souhaite « une réforme de l’UE pour la rendre moins bureaucratique, plus efficace et plus légitime aux yeux des citoyens. » Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet et lui sont d’ailleurs partisans d’un nouveau traité de Schengen pour repenser la politique migratoire européenne. Jean-François Copé veut quant à lui un nouveau « Traité de l’Elysée » pour remettre le couple franco-allemand au cœur de l’Europe et faire concurrence à ce qu’il appelle le « G2 sino-américain ». Un consensus total existe sur le refus de l’entrée de la Turquie dans l’Union. De même, Bruno Le Maire favorise plutôt l’amélioration de la politique de développement en direction de l’Afrique et du Moyen-Orient, et ne tarie pas de critiques sur la gestion de la question agricole par l’Union européenne.

Comment parler avec Poutine ? Que faire avec el-Assad ? 

La rupture entre les différents candidats s’effectue sur le rapport face à la politique de Vladimir Poutine et la situation en Syrie.

Si un consensus existe sur la nécessité de dialoguer étroitement avec la Russie, une fracture réelle s’établit entre les candidats plus russophiles, et partisans d’un « réalisme politique » plus appuyé comme François Fillon, Jean-Frédéric Poisson et Nicolas Sarkozy, et les partisans d’une posture plus ferme face à Vladimir Poutine comme Alain Juppé et Bruno Le Maire, qui désapprouvent sa politique militaire en Ukraine, l’annexion de la Crimée et son soutien inconditionnel à Bachar el-Assad.

Le clivage est beaucoup plus marqué entre ceux qui considèrent que Bachar el-Assad doit être écarté du gouvernement syrien au plus vite afin que se crée un gouvernement d’union national incluant des représentants de sa communauté, les alaouites (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy), ceux qui se résignent à l’inclure dans la coalition anti-Daech (Jean-François Copé, François Fillon) et ceux qui le voient comme un partenaire légitime de longue durée (Jean-Frédéric Poisson).

Face à Daech, une réticence générale à l’intervention de la France sur le terrain

Les candidats à la primaire sont d’accord sur la nécessité de maintien des frappes aériennes, mais admettent pour la plupart qu’elles sont insuffisantes. Toutefois, presque tous se refusent à vouloir engager des troupes au sol françaises, si ce n’est des forces spéciales pour guider l’aviation, et appellent les pays de la région à prendre leurs responsabilités. S’il considère que « l’aviation sans experts au sol est aveugle », Nicolas Sarkozy ne souhaite pour l’instant pas aller plus loin que l’envoie de forces spéciales. Le « traumatisme libyen » semble brider toute velléité interventionniste.

Bruno Le Maire s’avance avec l’opinion la plus singulière et la plus « interventionniste » sur ce sujet, défendant une « intervention limitée » de la France au sol, dans le cadre d’une résolution de l’ONU et d’une coalition internationale.

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Cet article est publié en partenariat avec Les Républicains de Sciences Po 

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