À l’ère des primaires ouvertes, quel avenir pour « Les Républicains » ?

les républicainsÀ l’ère des primaires ouvertes, quel avenir pour « Les Républicains » ?

Par Romain Millard, Président des Républicains de Sciences Po

Alors que les candidats aux primaires de la droite et du centre constituent leurs propres équipes et élaborent leur propre programme pour novembre 2016, le parti « Les Républicains » est face à un risque d’assèchement voire d’éclatement. Ce problème étant appelé à se reposer régulièrement, il lui faut repenser en profondeur son utilité et passer d’une logique « Tout le parti pour un chef » à une logique « Un parti pour tous les chefs ».

Malgré sa profonde culture bonapartiste, la droite de gouvernement est traversée par des mouvements profonds qui rendent de moins en moins tenable le modèle d’un parti au service d’une seule figure et d’une même ligne programmatique. Face à cette tendance qui confère aux personnalités individuelles une importance toujours plus grande, le parti « Les Républicains » doit faire un choix fondamental sur sa structure.

Le parti « Tous pour un », conséquence naturelle de l’élection présidentielle au suffrage universel direct

L’élection présidentielle au suffrage universel direct a obligé tous les partis de gouvernement à se choisir une unique figure de proue pour occuper la présidence de la République. Cette personnalisation du pouvoir voulue par le Général de Gaulle a été largement transposée dans le mode de fonctionnement des partis de droite républicaine qui se sont succédés depuis 1965. Le parti était une machine centralisée au service de l’ambition présidentielle d’un seul chef, qui avait le monopole de la ligne politique.

La contestation interne du leadership y fut presque impossible : Jacques Chaban-Delmas a vu l’UDR lui échapper pour l’élection présidentielle de 1974 pour s’être éloigné de la ligne du Président Pompidou ; Edouard Balladur n’a pas su capter les forces vives du RPR restées acquises pour l’essentiel à Jacques Chirac en 1995 ; Nicolas Sarkozy a imposé entre 2004 et 2007 un leadership incontestable au sein de l’UMP que les Alliot-Marie, Dupont-Aignan, Boutin et Villepin ont été incapables de lui disputer.

L’inexorable déclin de l’autorité du chef unique

Avec Les Républicains version 2015, ce modèle du parti « Tous pour un chef » est en plein déclin pour plusieurs raisons structurelles qui vont bien au-delà de la personnalité de son actuel président et de ses concurrents.

Premièrement, les chaînes d’information continue et les réseaux sociaux ont démultiplié les canaux d’expression. Chacun est désormais en mesure de devenir son propre porte-parole et est même poussé à s’éloigner de la ligne dominante pour faire le buzz et attirer l’attention. Dans deux registres différents, c’est ce qu’ont illustré les polémiques autour des propos de Nadine Morano d’un côté, sur l’écartement de Nathalie Kosciusko-Morizet de la direction de LR d’un autre côté. L’époque donne une prime aux « dissidents » plus qu’aux « loyalistes ».

Deuxièmement, si la crise de confiance dans les personnalités politiques nationales s’aggrave d’année en année, elle s’accompagne d’une remarquable stabilité de la confiance dans les élus locaux. Ceux-ci sont par conséquent de plus en plus incités à négliger voire à dénigrer ouvertement les consignes de la direction centrale et à porter leurs propres idées et méthodes. Le dédain de Xavier Bertrand et de Christian Estrosi pour le « ni-ni » de Nicolas Sarkozy dans l’entre-deux-tours des élections régionales de décembre 2015 en fut un exemple idéal-typique.

Cette tendance est vouée à s’accroître avec le mouvement de décentralisation : il vaudra mieux affronter le chef de parti et devenir un président de région autonome plutôt que de se soumettre pour espérer un maroquin ministériel. C’est le choix qu’ont fait Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez et que feront beaucoup d’autres par la suite.

Troisièmement, la droite n’échappe pas au vaste phénomène d’horizontalisation de la chose politique : chaque citoyen se sent de plus en plus compétent et légitime pour exprimer son propre point de vue et contester celui des leaders. Les diplômes et les titres officiels n’impressionnent plus, ils desservent même ceux qui les possèdent. Dans ce contexte, les militants se sentent de plus en plus libres de critiquer et de se retirer s’ils ont des désaccords sur les personnes ou sur les idées.

Du fait de ces trois mouvements, le parti « tous pour un » ne peut plus être envisagé que dans deux situations très particulières et courtes : pour porter à l’Elysée le candidat victorieux aux primaires ouvertes, et pour soutenir le Président de la République en exercice qui souhaite être réélu.

Au final, les primaires ouvertes que Les Républicains ont adoptées sont moins une cause qu’un symptôme : désormais, un parti au service d’un seul chef et de sa ligne est condamné à ne plus être qu’une chapelle parmi d’autres.

Pourtant, le parti peut demeurer une cathédrale s’il se donne pour ambition d’accueillir réellement toutes les chapelles et de n’en servir aucune en particulier.

Passer du « Tous pour Un » au « Un pour Tous »

Malgré sa refonte récente, « Les Républicains » demeure un parti qui est loin d’avoir achevé son adaptation à l’époque actuelle. Il demeure la machine au service d’un candidat aux primaires, Nicolas Sarkozy, et d’une certaine ligne. Dès lors, tous ceux qui ne sont pas sarkozystes sont tentés de s’éloigner du parti et de privilégier des structures para-partisanes, du « Cap AJ Pour la France » juppéiste à « Force Républicaine » filloniste, en passant par « Avec BLM ».

Ces structures individuelles à moitié hors du parti Les Républicains sont symptomatiques d’un climat de défiance durable : chaque candidat a peur de se faire voler ses idées, ses forces vives et ses financements par le candidat-chef de parti et par conséquent s’isole. Cette défiance persistera bien après le départ de Nicolas Sarkozy, tant qu’un candidat à l’Elysée cherchera à s’emparer du parti pour ses seuls intérêts, aussi légitimes fussent-ils.

Pour que le parti « Les Républicains » demeure ce qu’il vise à être officiellement, c’est à dire un grand parti de la droite et du centre du XXIème siècle, capable d’envoyer un candidat à la présidence de la République et d’obtenir une majorité parlementaire et territoriale, il doit entamer une réflexion profonde sur ses structures.

Sur le plan du leadership, il ne sera plus tenable que le dirigeant du parti prépare en même temps sa propre candidature présidentielle. Devront émerger des personnalités capables de faire consensus et d’incarner l’intérêt général du parti au-dessus de l’intérêt personnel de chaque candidat. Ce qui a été réussi avec Thierry Solère pour l’organisation des primaires est de ce point de vue un exemple à suivre.

Sur le plan des idées, il conviendra de cesser de courir après une chimérique « ligne unique ». Quelque soit le dirigeant, il y aura toujours des dissidences de plus en plus audibles entre les libéraux européens et les sociaux-souverainistes. Même en cas d’accord de fond, chacun voudra s’exprimer avec ses propres formes. Après tout, faut-il s’en plaindre ? La concurrence pousse certes à la surenchère mais aussi à la créativité et à l’innovation qui ne peuvent qu’enrichir à terme l’offre politique à droite. Le parti doit avoir pour objectif d’être la maison commune dans laquelle les fidèles des différentes chapelles se retrouvent, débattent et font campagne contre les adversaires communs : la gauche et l’extrême droite.

Sur le plan des structures partisanes, celles-ci devront être considérablement assouplies. Les partis politiques modernes sont des écoles de militants et des syndicats d’élus. Ce n’est pas du tout une infamie, et ils doivent l’assumer pour être efficaces dans ce rôle. Mais ils doivent aussi comprendre qu’ils ne sont qu’un élément parmi d’autres dans un réseau plus vaste, en complément avec des associations, des syndicats, des intellectuels, des laboratoires d’idées, et des médias. Plutôt que de chercher à les instrumentaliser, un parti moderne devrait s’en imprégner et y puiser de nouvelles idées et de nouveaux visages, même si ces derniers n’ont pas une longue carrière militante derrière eux. De ce point de vue, les candidatures régionales de Virginie Calmels, venue de l’entreprise, et de Dominique Reynié, venu du monde universitaire, sont un pas dans la bonne direction, même si elles n’ont pas été victorieuses en l’espèce.

Au-delà des batailles de personnes et d’idées pour 2017, Les Républicains ont encore un long chemin à parcourir s’ils souhaitent éviter la fuite des talents et l’implosion.

Cet article est publié en partenariat avec Les Républicains de Sciences Po 

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Pour en apprendre plus sur ce sujet retrouvez la note de François Bazin : les lois de la primaire. Celles d’hier, celles de demain.

François Bazin : Les lois de la primaire. Celles d’hier, celles de demain. by Fondapol

 

 

crédit photo : flickr UMP

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