A Extrême violence, démocratie réactive

9291827537_f2a782372cA Extrême violence, démocratie réactive

L’horreur est totale et l’indignation justifiée. L’agression du jeune militant d’extrême gauche, Clément Méric, est un nouvel exemple des violences physiques dont sont capables les groupuscules radicaux d’extrême droite. C’est également un nouvel exemple de ces réactions trop rapides, où l’amalgame le dispute à la contre-vérité, dans un but de récupération politique. D’autres, bien plus prudents, et sans doute échaudés par tant de précédents, ont préféré parler de dérapage mortel d’une « interaction »  ou encore de « violence sociétale » ou « infra politique ».

La « structure élémentaire » des faits

Rencontre fortuite, provocation, agression délibérée, rixe préméditée, tout a été évoqué avant que les circonstances du drame ne commencent à être connues : mais les choses sont désormais plus claires et ce sur trois plans :

1/ Une altercation entre un petit groupe d’extrême droite et un petit d’extrême gauche qui a très mal tourné. Il s’agit donc bel et bien d’un fait politique comme l‘a rappelé Dominique Reynié.

2/ L’initiative de la rixe revient au groupuscule d’extrême gauche, dont faisait partie Clément Méric, qui a défié ses adversaires, sur le thème du « on vous attend à la sortie ».

3/ Clément Méric a été tué par les coups portés par son principal agresseur et non accidentellement.

Si les circonstances du drame sont encore floues dans le détail (arme ou pas ?), le résultat, lui, est d’une effrayante netteté et le magistrat a qualifié les faits avec la netteté du droit : « coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Récupération(s)

Face à cet abject événement, la seule réponse acceptable est celle de l’union. La vérité des faits rend déjà ridicules, si elles n’étaient inquiétantes, les accusations sur la scène publique et sur les réseaux sociaux – nous pensons notamment à Pierre Bergé qui condamnait Frigide Barjot, instigatrice, selon lui, de ces mouvements de haines donnant lieu aux pires exactions-. Ces attaques font justement le jeu de groupes dont le but n’est autre, en cultivant amalgames et confusions, que de diviser les citoyens par les biais idéologique et politique. En cédant immédiatement au réflexe accusateur, on tombe –ou plutôt on se précipite – dans la récupération politique au lieu de condamner de concert.

Il est évident que Frigide Barjot n’est responsable ni directement, ni indirectement de ce tragique événement, pas plus que ne l’est l’opposition. Trop libre s’est, à maintes reprises, déclaré favorable à la loi sur le mariage et l’adoption pour tous ; cependant, nous ne saurions accuser le mouvement de La Manif pour Tous d’être à l’origine de ce drame ni même d’y avoir préparé certains esprits :n’oublions surtout pas que le droit de manifester est un acquis fondamental de la vie démocratique et ceux là mêmes qui l’oublient étaient, il n’y a guère, les premiers à s’en prévaloir…-. Argument « boomerang » au demeurant, car l’aboutissement « logique » d’une mise en cause contre Mme. Barjot serait – certains s’y risquent ! – d’accuser le gouvernement et François Hollande tout le premier d’avoir « provoqué » les esprits en voulant accorder des droits à une catégorie de la population juridiquement discriminée. Un non-sens total. Seuls les responsables directs des dérives doivent être condamnés : ici, il s’agit des groupuscules d’extrême droite.

Interdiction ?

La dissolution des groupes est actée. A ceux qui craignent une radicalisation des mouvements fascistes ou néo-nazis , nous répondrons que l’agression de Clément Méric est une preuve suffisante de leur radicalisme intrinsèque. A ceux qui croient pour autant que cette mesure règlera le problème, on répondra inversement que ce serait une illusion : la reconstitution des « ligues dissoutes » est un fait constant depuis les années 30.

Mais la politique vit aussi de symboles ; et l’intolérance, non pas « républicaine » comme on le dit partout au prix d’une contre-vérité historique, mais tout simplement démocratique, à la violence politique doit se manifester.

Symbole qui mettrait également en garde les groupuscules d’extrême-gauche qui, ne sont pas « blanc bleu » dans cette affaire, et dont on ne voit pas pourquoi la violence revendiquée devrait être davantage tolérée.

Julien De Sanctis et Christophe de Voogd  

Crédit photo: Flickr, Jeanne Menjoulet & Cie

 

Il y a un commentaire

  1. Bobby

    Je vous fais remarquer que vous présenter comme acquis que l’ »initiative de la rixe revient au groupusule d’extrême-gauche [...] sur le thème ‘on vous attend à la sortie », ce qui est aller très vite en besogne. Les témoignages ne convergent que sur le fait que c’est un des copain de Méric qui a interpelé en premier lieu les skin. Sur le fait qu’ils étaient à l’initiative des violences les versions divergent. Et il faudra me dire ce qui fait pencher votre conviction vers la version des skins.

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