L’essor du bio en France et en Europe

La Fondation pour l’innovation politique est heureuse d’être partenaire du premier Forum international de l’Agriculture, Planet A. Placée sous le Haut Patronage du Président de la République française, cette initiative a lieu à Châlons-en-Champagne les 27, 28 et 29 juin 2018. À cette occasion, la Fondation publie une série d’articles, d’entretiens et de vidéos sur son blog Trop Libre, sur les défis auxquels fait face l’agriculture mondiale.

A la fin du mois de mai dernier, l’Assemblée nationale votait le projet de loi agriculture et alimentation en première lecture. Celle-ci reste vivement critiquée du fait que des mesures phares n’y aient pas été inscrites, la plus emblématique étant l’interdiction du glyphosate d’ici 3 ans, sa nocivité faisant toujours débat, et qui restera donc au rang d’engagement gouvernemental.

Avec la récente visite du Président en Bretagne et son discours à Quimper où il défend la Politique Agricole Commune ainsi que sa position sur le glyphosate, la loi a pourtant eu le mérite de porter les questions environnementales sur le devant de la scène : elle mise sur le fait que 15% de la surface agricole utile (SAU) serait dédiée à l’agriculture biologique d’ici à 2022, comptant sur des crédits d’impôt en faveur de l’agriculture biologique, mais aussi sur une redistribution des aides de la PAC vers ce secteur. L’Agence bio a fait savoir qu’elle se montrait optimiste sur la capacité de la France à tenir cet engagement. Fin 2017, la part de SAU engagée en bio est estimée à 6.5% du pays, soit 1.77 millions d’hectares, et a connu une croissance de 15% en un an[1].

 

En France, l’explosion du secteur bio

En effet, l’agriculture biologique ne cesse de prendre de l’ampleur. Entre 2011 et 2016 en France, le nombre de producteurs bio a augmenté de 40%, et les SAU engagés de 60%. L’Agence Bio note un développement sans précédent du marché alimentaire bio[2], qui bondit de plus de 82%, ce qui implique aussi une augmentation de 9.5% par an des emplois dans la filière bio depuis 5 ans[3].

Plus récemment, l’Agence indique parmi ses données de 2017 que 53 940 opérateurs étaient engagés en agriculture biologique : 36 664 producteurs, ainsi que 17 276 entreprises, soit une augmentation respective de 13.6 et de 16% par rapport à l’année 2016. Cela porte à 8.3% la part des exploitations française engagées dans le bio.

Cela s’inscrit encore une fois dans le contexte d’une explosion du développement du marché bio : 7.15 milliards d’euros en 2016, 8 milliards en 2017 représentant 4% de la consommation alimentaire totale des ménages français, un chiffre qui devrait encore évoluer dans les années à venir. Le secteur du bio reste d’ailleurs celui qui impulse la croissance au marché de l’alimentaire, celle-ci s’élevant à 21.7% en 2016 et à 16% en 2017.

Une tendance qui se confirme au niveau européen

Au sein de l’Union Européenne, le même engouement se fait sentir. En 2016, le nombre de fermes engagées dans l’agriculture biologique a progressé de 8.4%, pour atteindre un chiffre de 291 326 exploitations européennes. Il en est de même pour la surface agricole consacrée au bio, qui augmente la même année de 7.6%, soit 12 millions d’hectares. Sur la totalité des terres agricoles des 28 Etats membres, il s’agit de 6.7% qui sont consacrées à la production biologique. Chez certains pays comme l’Autriche, la Suède et la Lettonie, ce pourcentage atteint plus de 15%.

Le marché européen du bio est, tout comme le marché français, en pleine expansion. En 2016, il progresse de 12% par rapport à l’année précédente jusqu’à une consommation totale estimée à 32.6 milliards d’euros. 70% du marché se concentre en Allemagne, en France, en Italie et au Royaume-Uni.

Cependant des efforts restent à faire, puisque plus de 50% de la SAU bio en Europe se concentre seulement dans 4 pays : l’Espagne, l’Italie, la France et l’Allemagne. Deux pays s’inscrivent même à contre-courant : au Royaume-Uni, la SAU bio recule de 29% entre 2010 et 2015, et aux Pays-Bas de 4%.

Les raisons du succès

Deux raisons majeures poussent les exploitations à choisir le bio. La première, bien évidemment, est environnementale. Une étude conjointe de l’Institut technique de l’agriculture biologique et de l’Institut national de la recherche agronomique indique que l’agriculture bio permet d’obtenir une réelle amélioration de la qualité de l’eau et des sols, en réduisant l’impact des nitrates de 30 à 40%, mais elle entraîne aussi moins d’eutrophisation et d’érosion[4]. Cette étude note également une chute des cancers liés aux pesticides. La deuxième raison est que le bio engendre de moindres dépenses et permet aux exploitants de faire face à la crise qui a fait plonger le prix des matières premières agricoles : les coûts des traitements de l’eau tout comme des services de pollinisation sont drastiquement diminués.

Agriculture biologique et productivité

L’agriculture biologique, malgré son succès, fait toujours face à des critiques, et notamment du fait que sa productivité serait moindre que celle de l’agriculture traditionnelle. Or, une étude de la Proceedings of the Royal Society, publiée en 2014, indique que ce déficit de productivité est beaucoup moins important que ce qu’affirment les travaux existants[5]. L’étude indique des rendements certes de 19.2% inférieurs pour les productions biologiques, mais ce pourcentage tombe respectivement à 9 et 8% si les exploitations ont recours aux cultures associées ou aux rotations.

La Commission européenne elle-même indique qu’il n’y a pas de tendance claire pour définir le mode d’agriculture le plus rentable[6] : si les rendements sont plus faibles, les prix plus élevés compensent le manque à gagner. De même si les recettes du bio ont tendance à être inférieures à celles de l’agriculture conventionnelle, des subventions plus avantageuses leur sont aussi accordés, sous forme de primes agroenvironnementales et d’aides au bien être-animal.

Par Mathilde Tchounikine

[1] European Scientist, Le marché du bio continue son expansion en France, 8 juin 2018 : https://www.europeanscientist.com/fr/agriculture-fr/le-marche-du-bio-continue-son-expansion-en-france/

[2] Agence pour le Développement et la Promotion de l’Agriculture Biologique, Repères chiffrés 2017 du bio en France, 2018 : http://www.agencebio.org/sites/default/files/upload/agencebio-dossierdepressechiffres220218_0.pdf

[3] Le Figaro, L’agriculture bio progresse et crée des emplois, 01 juin 2018 : http://premium.lefigaro.fr/flash-eco/2018/06/01/97002-20180601FILWWW00144-l-agriculture-bio-progresse-et-cree-des-emplois.php

[4] Actu Environnement, Rachida Boughriet, Le bio présente de nombreux avantages économiques, 28 novembre 2016 : https://www.actu-environnement.com/ae/news/itab-inra-bio-avantages-economiques-agriculture-conventionnel-27969.php4

[5]Le Monde, Pierre le Hir, L’agriculture biologique, plus productive qu’on ne le pense, 10 décembre 2014 : https://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2014/12/10/l-agriculture-biologique-plus-productive-qu-on-ne-le-pense_4537494_3244.html

[6] La France Agricole, Agriculture bio et conventionnelle : une analyse de la Commission compare les performances économiques, 19 novembre 2013 : http://www.lafranceagricole.fr/actualites/agriculture-bio-et-conventionnelle-ue-une-analyse-de-la-commission-compare-les-performances-economiques-1,0,88302808.html

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