2015 est mort, vive 2016 !

20162015 est mort, vive 2016 !

Par Omar Ben Abderahmen et Camille Chevalier

Alors que nous tournons à peine la page d’une année 2015 qui aura été éprouvante à bien des égards, il est temps de se projeter vers une année 2016 qui s’annonce aussi passionnante qu’indécise.

1. Les enjeux dans l’économie mondiale

Un manque de liquidité pour financer les entreprises ?

La faillite de la société de gestion de fonds Third Avenue aux États-Unis en décembre 2015 n’augure rien de bon pour le financement de l’activité économique mondiale. Le relèvement des taux de la FED initié par la présidente Janet Yellen et la hausse des défauts de paiements chez les entreprises les moins solvables inquiètent les investisseurs. Ainsi, la première semaine de décembre 2015, plus de 3,5 milliards de dollars ont été retirés de fonds américains de placements spéculatifs à risque (obligations notées BB+ au maximum). La valorisation du fonds de Third Avenue, à 2,75 milliards de dollars est tombée aujourd’hui à 789 millions de dollars. Devant les demandes de remboursements des investisseurs, le fonds a été liquidé. La vente de ses actifs prendra un an. On peut craindre une méfiance sur le marché obligataire et une baisse de la liquidité disponible pour les emprunts des entreprises, générateurs d’emplois et de croissance. Cette méfiance se propagerait aux autres zones du monde et les dirigeants politiques devraient y faire face.

Une hausse des prix des ressources ?

Pour l’agriculture, les températures élevées en Asie du Sud-Est, en Australie, en Afrique du Sud du fait d’une anomalie de température dans le Pacifique (phénomène El Nino) causeraient de mauvaises récoltes et feront monter les prix agricoles. Cette hausse pourrait permettre à l’inflation de s’accélérer dans les pays développés. Le prix du pétrole resterait fixe en 2016 selon l’OPEP qui prévoit une hausse de 5 dollars par baril sur l’année en refusant d’instaurer des quotas de production par pays au sein de son organisation (qui permettraient une nouvelle hausse des prix). Or, des voix dissonantes s’élèvent au sein de l’OPEP : le Venezuela demande déjà une baisse de la production pour une hausse des prix.

Une croissance mondiale stagnante ?

Les prévisions de croissance aux États-Unis restent bonnes (2,4% pour 2016 selon la FED) mais sont inférieures au rythme habituel. La hausse des taux de la FED devrait entraîner un retour des capitaux aux États-Unis, le dollar devrait se renforcer face à l’euro. Toutefois, la hausse du dollar handicapante pour les pays émergents pourrait peser sur la croissance des pays en développement et pénaliser les États-Unis où l’incertitude de l’issu de l’élection présidentielle demeure. La sous-évaluation de l’euro (balance des paiements excédentaire) devrait au final renforce l’euro par rapport au dollar malgré la politique de quantitative easing de la BCE. L’Europe aura les yeux rivés sur la Grande-Bretagne qui devrait mettre en place à l’été 2016 un référendum sur sa participation à l’Union Européenne dans un contexte où les élites européennes peinent à expliquer les avantages économiques de l’Union Européenne. Le retrait du Royaume-Uni pourrait avoir des conséquences désastreuses pour toute l’Union et créer une période d’incertitude durable, entraînant la méfiance sur les actifs en euro et la croissance européenne. La Russie a connu en 2015 une récession très forte (la plus forte depuis la fin de l’URSS) et le dollar a progressé de 21% par rapport au rouble. Cependant, les discussions engagées avec les Occidentaux pour la fin des sanctions économiques, le maintien ou la hausse des cours du pétrole devraient permettre à la croissance russe de s’accélérer. La Chine continue la transformation de son économie avec une croissance prévue à 6,7% (FMI), le taux le plus bas depuis 25 ans. Elle prévoit de moderniser son économie en augmentant sa demande intérieure et la recherche-développement. Ce ralentissement pèsera sur les cours des matières premières (la Chine en produisant la moitié). L’économie brésilienne, enfin, en perte de vitesse (-2,3% de croissance en 2015) devrait être sauvée par les Jeux Olympiques de Rio.

Vers une nouvelle crise planétaire ?

tableau Source : WSJ

Les startups pourraient en être la raison. Il y a 144 unicorn-companies, startups valorisées à plus d’un milliard de dollars. Leur nombre est passé de 39 en novembre 2013 à 144 aujourd’hui. Uber est la première d’entre elles, valorisée à 62,5 milliards. Pourtant si les valorisations augmentent tant (voir graphique), ce n’est pas le cas pour les revenus de ces entreprises. Ainsi, Uber ne générerait que 415 millions de dollars de chiffre d’affaires et ferait même 470 millions de perte selon un document interne. De même, Twitter licencie 8% de ses effectifs. Il y a de quoi s’inquiéter : le nombre de unicorn-companies stagne depuis quatre mois et leur valorisation globale aussi (graphique). Certes, les investisseurs en capital-risque, le principal moyen de financement de startups, sont encore confiants. Beaucoup se demandent toujours si les valorisations unicorn-companies correspondent à une bulle, or, la revalorisation de celles-ci pèserait sur tous les fonds d’investissement mondiaux et leur chute gagnerait tous les secteurs de l’économie. 2016 sera une année décisive pour les licornes, difficile pour nous d’éviter le coup de corne dévastateur.

Ces données économiques influenceront à coup sûr la politique française, notamment le gouvernement actuel. Leur réélection en 2017 dépendra de leur capacité à faire face aux enjeux économiques et intérieurs.

2. Les enjeux de la politique intérieure française

L’enjeu sécuritaire et la problématique du terrorisme seront (malheureusement) à nouveau au cœur du débat public. Un débat qui dépasse ô combien largement les traditionnels clivages, comme l’ont illustré les récentes controverses autour de la déchéance de nationalité pour les Français binationaux. Alors que la menace terroriste persiste, il sera intéressant de voir comment l’exécutif parviendra à créer les conditions d’une réponse internationale adaptée et réfléchie sur le plan extérieur, et arrivera à faire face aux dissensions dans sa majorité sur le plan intérieur, le tout à un an de l’élection présidentielle de 2017.

Une élection présidentielle qui, si on considère qu’elle n’a pas déjà commencé, débutera lors de cette année 2016 et dont le point culminant sera en novembre lors des Primaires pour désigner le candidat de la droite et du centre qui se présentera devant les Français en avril et mai 2017.

Le premier enjeu de cette échéance sera bien évidemment la participation. Alors que la Primaire organisée par le Parti Socialiste avait suscité la participation d’un peu moins de 2 900 000 Français en 2011, la Primaire de novembre prochain sera considérée comme réussie uniquement si la participation est au moins aussi importante que celle de 2011. Et on sait que certains candidats, comme Alain Juppé, scruteront la mobilisation de très près…

Les acteurs restent également à définir : si François Bayrou a déjà précisé qu’il ne participerait pas à cette primaire, l’UDI de Jean-Christophe Lagarde n’a pas encore annoncé la couleur, ce qui devrait être le cas lors d’un Congrès organisé le 20 mars.

S’ils ne seront pas candidats, les principaux vainqueurs de la droite aux élections régionales de décembre 2015 comptent eux-aussi peser sur le débat. Laurent Wauquiez, gagnant de la région Rhône-Alpes Auvergne et dont la ligne a été plébiscitée par le résultat, Bruno Retailleau, largement élu dans les Pays-de-la-Loire, et Valérie Pécresse qui a arraché la Région Ile-de-France après 17 années de gestion socialiste, seront actifs.

Alors, venons-en enfin avec les forces en présence. 5 candidats à droite ont dit vouloir porter leur candidature : Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, François Fillon, Alain Juppé, et Nicolas Sarkozy. Si les 3 premiers seront à coup sûr des éléments clés lors de la campagne – NKM par ses frictions avec Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire par l’« effet renouveau » créé lors de l’élection pour la Présidence de l’ex-UMP en 2014 et François Fillon par son poids d’ancien Premier Ministre – il semble aujourd’hui que le match se jouera entre M. Juppé et M. Sarkozy.

Alain Juppé et Nicolas Sarkozy bâtissent leur stratégie en vu de ce duel. À vrai dire, difficile de dire aujourd’hui lequel des deux a le plus de chances de l’emporter en novembre. Si Nicolas Sarkozy dispose d’une base solide au sein du parti et de l’électorat de droite, Alain Juppé connaît une certaine dynamique chez un électorat moins encarté, plus centriste. Or, la primaire étant ouverte à toutes et à tous, c’est un facteur qui pourra avoir un impact décisif.

Au fond, est-ce leurs lignes politiques respectives qui feront pencher envers l’un ou envers l’autre ? Si Alain Juppé, qui compte sur un électorat plus centriste, veut être le candidat rassembleur, Nicolas Sarkozy, plus à droite, joue sur sa stature d’ancien chef d’État. C’est donc peut-être bien plutôt l’image que les Français ont des deux protagonistes qui sera la véritable clé.

Enfin, il ne faudra pas oublier non plus la problématique du Front National avec une Marine Le Pen que tous les commentateurs voient déjà au 2nd tour. Si cette dernière jure qu’elle se place en dehors des partis traditionnels, il semble cependant qu’elle cherche à élargir sa base en se rapprochant de certains cadres des Républicains.

Politiquement, économiquement, l’année 2016 sera une année pleine de surprises.

Cet article est publié en partenariat avec Les Républicains de Sciences Po

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crédit photo : flickr N41m0r

 

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