2.000 milliards de dette : échec d’un pays, échec d’une génération

3326457405_820d245b30_bLa dérive de notre dette publique sanctionne la faillite des élites politiques et administratives françaises

Par @LesArvernes, un groupe de hauts fonctionnaires, d’économistes, de chefs d’entreprise et de professeurs d’université

On prête à Napoléon Bonaparte la maxime : « Un bon croquis vaut mieux qu’une longue explication. » Que dire alors de ce chiffre de 2.000 milliards d’euros de dette publique dans l’histoire de notre pays ? Sans aucun doute qu’il restera comme un terrible échec. Échec politique d’abord, et surtout. La gauche et la droite, au-delà de leur opposition de fond, se réunissent, jumeaux dispendieux, dans le creusement inlassable de la dette publique depuis 1974.

Échec des élites administratives ensuite. Certes, la Direction du budget du ministère des Finances et la Cour des comptes n’ont eu de cesse de tenter de contenir les dépenses. Certes, la Direction de la prévision a dû, année après année, se résigner à voir sa projection de croissance trahie par le « volontarisme politique ». Certes, l’Inspection des finances n’est pas avare de rapports clairs et précis sur la façon de mieux gérer la dépense publique. Au jeu des responsabilités, il est clair que, en démocratie, l’administration, comme l’armée, à un certain moment, obéit. On ne peut s’empêcher de se demander à quoi servent ces corps administratifs si peu écoutés…

Échec de l’Europe, encore. Au-delà des grands mots, des grandes déclarations, des traités et alors même que la France s’apprête à solliciter un nouveau délai pour revenir au fameux 3 % de déficit public (encore un déficit !), force est de prendre acte de la terrible faiblesse de l’Europe et de ses institutions, la Commission européenne en tête.

Échec des commentateurs, économistes, et plus largement de tous ceux et celles qui, dans la presse écrite, audiovisuelle, au travers de leurs ouvrages, ont cru peser sur les choix publics. Oui, trois fois oui, la France tombe ! Se contenter de le dire, même brillamment, ne la fera pas se relever.

Échec, enfin, et pour embrasser tout ce qui précède, d’une génération gâtée, celle des baby-boomeurs, qui a pris le pouvoir il y a trente ans, et qui s’apprête à laisser à ses enfants une France en faillite.

Alors que la crise de la dette publique n’en est qu’à son début, trois urgences émergent.

Première urgence, entamer une vraie réflexion sur le périmètre de l’action publique. La droite et la gauche ne pourront plus se réfugier derrière les sigles technocratiques pour échapper à leur responsabilité. Ni la rationalisation des choix budgétaires, ni la révision générale des politiques publiques (RGPP), ni la LOLF, en un mot aucune de ces monstruosités technocratiques ne permettra de dissimuler la réalité de la tâche : désigner quelles politiques publiques, quels dispositifs publics doivent être abrogés ! Nous ferons bientôt des propositions en ce sens.

Deuxième urgence, modifier la loi organique sur les finances publiques pour que le chiffre de croissance sur lequel le projet de loi de finances sera bâti ne soit plus issu du ministère des Finances (et donc systématiquement surestimé sur injonction gouvernementale), mais la moyenne des prévisions pour la France réalisées par Eurostat, la Banque mondiale et l’OCDE.

Troisième urgence, enfin, commencer le travail de pédagogie sur la dépense publique que les gouvernants ont été incapables de fournir au cours des décennies récentes. Dans un monde post-Lehman Brothers, où les chiffres ont perdu toute signification tant ils sont devenus gigantesques, il faut parler aux Français un langage compréhensible. Non pas leur dire que les intérêts de la dette représentent chaque année un peu plus de 40 milliards d’euros, mais que, tous les ans, avant de commencer l’année, nous renonçons à construire tant de crèches, à moderniser tant d’hôpitaux, à construire tant de routes. En un mot, traiter les Français en adultes ! Le taux d’épargne des ménages, toujours très élevé, montre qu’ils le sont.

Crédit photo : Alexandre Syrota

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Il y a 2 commentaires

  1. Armand de Maupertuis

    Moins financer les crèches et les hôpitaux publiques va surtout pénaliser les revenus modestes, tandis que les plus aisés auront toujours les moyens d’aller dans le privé. Peut-être qu’une politique financière où tout le monde fournit un effort serait mieux acceptée par l’ensemble des Français ? Selon le magasine l’Expansion: « À 330 milliards d’euros, la richesse des 500 premières fortunes professionnelles de l’Hexagone a fait un bond de 25% en un an, et a été multiplié par quatre en 10 ans ». Que pensez-vous de taxer plus les plus hauts revenus, les plus hauts capitaux, et les transactions financières, pour contribuer à la réduction de la dette publique ?

  2. zelectron

    Le trop plein de fonctionnaires (hormis régalien) a participé à cette dette pharaonique de même que les investissements inconsidérés (hors contrôles) par exemple carrefours giratoires et autres hôtels de départements et des régions ceci sans confondre les niveaux d’État ou autres collectivités.

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