« Les agriculteurs à la reconquête du monde » : la nouvelle révolution française sera agricole !

20768692769_6a678f0bb3_zLes agriculteurs à la reconquête du monde – Pourquoi le monde agricole va survivre et même nous sauver de Maximilien Rouer et Hubert Garaud, JC Lattès,2016, 280 pages, 20 €

Alors que le secteur agricole connaît une crise sans précédents en France, mais aussi en Europe, Hubert Garaud, agriculteur et président de Terrena, et Maximilien Rouer, ingénieur agronome et fondateur de Be Citizen, s’attaquent au manque de considération qu’entretiennent les responsables politiques à l’égard d’un secteur censé représenter un des « fleurons de notre économie ».

Partant d’un constat positif, qui est de dire que la France dispose de formidables atouts (oubliés), notamment grâce à la diversité de ses sols et à son climat privilégié, les auteurs s’interrogent sur les raisons de ce manque cruel de compétitivité en matière agricole. Comment expliquer que Berlin soit le premier exportateur de l’UE alors que la France dispose de la principale surface agricole avec 28 millions d’hectares, soit 40% de terres cultivables en plus que l’Allemagne ? Comment les productions françaises de porc et de volaille ont pu chuter respectivement de 11% et 21%, alors qu’en Allemagne elles connaissent une croissance remarquable, de 33% et 42% ? Les auteurs expliquent que si depuis 2007 nous sommes distancés en termes d’exportations par nos voisins Outre-Rhin, cela est dû à une crise structurelle bien plus profonde qu’il n’y paraît. Ainsi, « l’érosion progressive des taux de marges brutes et un très fort ralentissement des investissements » représentent autant de freins au développement du secteur agricole français.

Autre problème, la France n’est plus autosuffisante. Même nos symboles culinaires nationaux viennent d’ailleurs. Ainsi, par exemple, 60% des champignons de Paris viennent de Chine et 90% des escargots de Bourgogne viennent de Grèce ou d’Europe centrale !

Vive la diversité !

Si une véritable demande pour une consommation alimentaire plus saine et respectueuse émerge aujourd’hui, les auteurs expliquent que « la tendance générale tend plutôt vers un nivellement des pratiques alimentaires ». La France produit « des volumes de plus en plus standardisés », à l’image des « commodities » anglo-saxonnes et de moins en moins « de valeur ajoutée ». Les auteurs sont convaincus que, plutôt que d’essayer de rattraper notre retard vis-à-vis de nos concurrents, par l’accroissement des capacités en volume, il faudrait se concentrer sur « ce qui fait défaut ailleurs ». Cela devrait notamment se traduire par le développement d’appellations d’origine ou de labels qui mettent en avant les conditions particulières de production.

Les agriculteurs sont souvent pointés du doigt : on leur reproche des pratiques d’industrialisation et de recours massif aux engrais. Pourtant, les deux tiers des agriculteurs français ont gagné moins que les SMIC en 2015. De plus, « on compte trois fois plus de suicides dans le milieu agricole que dans l’ensemble de la population active » : « un suicide tous les deux jours ». Dès lors, comment dépasser le discours clivant qui empêche toute avancée réelle ? Que faire pour revaloriser le métier d’agriculteur ? Comment dépoussiérer l’agriculture, afin de la rendre attractive pour le plus grand nombre, surtout pour les nouvelles générations et ainsi peut-être endiguer partiellement la désertification rurale ?

agriUne troisième voie ?

Après avoir dressé un bilan précis de la situation de l’agriculture française aujourd’hui, Maximilien Rouer et Hubert Garaud, mettent en avant de nouvelles solutions très concrètes, d’ores et déjà expérimentées avec succès, qui permettent de produire davantage et de vendre autrement dans le respect de l’environnement et du bien-être animal, tout en proposant une nourriture plus saine aux consommateurs et une nouvelle relation entre producteurs et consommateurs. Ces démarches s’inscrivent dans le cadre de l’agroécologie ou agriculture écologiquement intensive (AEI), concept né au cours du Grenelle de l’environnement de 2007, qui permettrait de produire plus et mieux, en alliant les bons côtés de l’agriculture conventionnelle et biologique. Autrement dit, l’AEI se réfère « à un usage intensif des propriétés écologiques et naturelles des écosystèmes ». Par exemple, les mécanismes inscrits dans le génome des plantes peuvent inspirer « la recherche de nouvelles générations d’intrants comme les stimulateurs de résistance aux maladies et insectes ». Sa spécificité, donc, est de ne pas apporter de contradiction entre les performances techniques, environnementales et un souci de productivité. Le but à atteindre ? Une augmentation de la production agricole française de moitié d’ici à 2025, passant de 74 à 110 milliards d’euros. « Une moitié de cette croissance se trouve dans la valeur, tandis qu’une seconde moitié doit résulter d’une augmentation des volumes produits », nous disent les deux auteurs.

Cette mutation doit se traduire également par davantage d’investissements de modernisation et de robotisation. En effet, l’agroalimentaire ne concentre que 4% du marché des robots dans le monde, contre 32% dans l’automobile ou encore 26% pour l’électronique. En France, des start-ups agricoles comme Naïo Technologies proposent un robot autonome, Oz, qui automatise le désherbage, ou bien Parrot, qui développe des drones adaptés. Ainsi on peut aisément imaginer que l’agriculteur du futur sera déchargé des tâches ingrates pour se consacrer « aux sujets générateurs de valeur ajoutée».

« Les agriculteurs à la reconquête du monde » véhicule un message très positif et démontre que c’est par la différence que nous sortirons collectivement l’agriculture de l’impasse dans laquelle elle se trouve, en rendant la qualité de sa production accessible au quotidien pour chaque consommateur (moins d’intermédiaires, plus de traçabilité) et en garantissant une juste rémunération aux producteurs. Loin d’être un problème, l’agriculture est une solution pour pallier la crise sociale et économique que traverse la France.

« Crédit photo Flickr: Laaaaaaapanne»

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