« Bulb in town » : le crowdfunding c’est aussi construire le quartier et la ville de demain

bulbA Caen, la biscuiterie « Jeannette » devait baisser le rideau. Créé en 1850 et ayant survécu à deux guerres mondiales, l’entreprise fait partie du patrimoine Normand. Une liquidation judiciaire menaçait d’anéantir 164 ans d’histoire ainsi que des dizaines d’emplois. Afin de soutenir l’activité de la biscuiterie, la plateforme Bulb in Town a déjà récolté 25 422 euros pour le projet, soit 51% des 50 000 euros nécessaires à la survie de l’entreprise. Pour Alexandre Laing, co-fondateur de Bulb in town, le constat est évident, « les consommateurs veulent du concret, un projet proche de chez eux, qu’ils peuvent soutenir, suivre, voir évoluer ; plus que du crowdfunding, la plateforme se revendique d’une vision citoyenne et éthique pour ceux qui veulent construire le quartier et la ville de demain ».

Depuis février 2013, Bulb in Town offre aux entrepreneurs un soutien dans le financement de leurs commerces et de leurs activités de quartier. Concrètement, Bulb in Town permet à une association, une entreprise ou un établissement de santé de sensibiliser, puis de mobiliser son environnement proche autour de sa situation et de ses besoins. Cette plateforme de crowdfunding permet donc de s’appuyer sur les fonds collectés en priorité au niveau local, même si le site permet également une participation à l’échelle nationale.

La valeur ajoutée de Bulb in town ? Les financeurs reçoivent des contreparties en nature : des réductions, la mise en place d’une plaque pour remercier le contributeur, des cours de cuisine ou des produits. Le site accompagne le porteur de projet dans sa campagne de levée de fonds avec un financement moyen de 4500 euros par projet. La fourchette des montants collectés s’étend de 1000 à 20 000 euros. Dans 75% des cas, le succès est au rendez-vous et les projets parviennent au financement visé. Depuis son lancement en 2013 Bulb in Town a pu accompagner quelque 150 projets pour environ 700 000 euros. Il y a les projets que l’on ne cite plus : le Food truck « le camion qui fume » ou un site de vente de chaussures sur mesure « dessine-moi un soulier ». Parmi les plus récents on retiendra l’épicerie « Pulperia » à Oléron, ou la célèbre « Maternité des Lilas ». Autre succès de la plateforme, « la Librairie Les Orgues » dans le 19e arrondissement de Paris. Une librairie qui, confrontée à la concurrence écrasante d’Amazon et de la FNAC a réussie le pari de sa reconversion, en devenant une librairie-café-restaurant et un lieu de rencontre. Le projet a rapidement trouvé ses soutiens et en moins d’un mois, plus de 100 riverains avait réuni 10.000 euros contre les 6 000 euros nécessaires au financement du projet. Et la plateforme peut compter sur le soutien des collectivités, les conseils généraux et régionaux, mais aussi sur le réseau de financement solidaire « France Active ». Pour Alexandre Laing, « les projets marquants sont nombreux. Mais le Casa Poblano, un bar restaurant associatif ou la biscuiterie de Caen illustrent parfaitement l’esprit de Bulb in Town. Plus que des projets, nous finançons des histoires ».

Mais les choix de la plateforme dans la sélection des projets ne sont pas sans incidence et impliquent une perte de marché réelle, au bénéfice d’autres acteurs du crowdfunding. La plateforme Kisskissbankbank, l’un des leaders européens du crowdfunding, a récolté 21 334 259 euros pour 10 322 projets depuis sa création il y a cinq ans. A la différence de Bulb in town, le choix des projets ne s’inscrit pas dans une logique exclusivement locale. Alexandre Laing assume et explique ses choix. « Nous nous inscrivons dans une dynamique de proximité et le principe du don contre don est loin de la logique lucrative de ce genre de sites. Les projets financés par Bulb in town sont plus traditionnels. Et pour cette part de marché perdue, nous gagnons en légitimité et en reconnaissance dans notre action, la preuve en est notre développement depuis à peine un an et demi ».

Cette plateforme, qui se présentait comme une réponse à la défiance de porteurs de projets dubitatifs face à l’opacité des banques et des assurances, devient aujourd’hui un « facilitateur de financement et de prêt » comme le souligne Alexandre Laing. Le projet accompagné et médiatisé trouve plus facilement des co-financeurs privés. Le succès est tel que la Bulb in town resserre sa sélection et refuse un projet sur deux. Avec le soin de ne jamais motiver le refus sur la présentation du dossier, mais sur des critères de fonds, comme l’adhésion aux valeurs de la plateforme. « La Maternité des Lilas c’est un positionnement clair de notre part, un positionnement social ; c’est un établissement qui tourne à plein régime et avec une gratuité des soins qui pose de fait le problème de sa rentabilité. Et quand des citoyens s’engagent pour un projet, nous les suivons » explique Alexandre Laing.

Parmi les 44 000 projets déjà soutenus par des plateformes de crowdfunding en France les spécialisations et les positionnements sont de plus en plus marqués : à chaque secteur ses valeurs et son type de crowdfunding. Les plateformes de dons permettent de financer des projets culturels et solidaires, lorsque les plateformes de prêt ou d’equity soutiennent plutôt des projets de développement d’entreprises.

L’association FPF « Financement Participatif France » a publié son rapport sur l’état du crowdfunding au premier semestre 2014. La finance participative prend une ampleur incontestable en France. 66 millions d’euros ont été collectés grâce aux plateformes de crowdfunding françaises pendant les six premiers mois de l’année. Ce chiffre a doublé par rapport à l’année 2013, durant laquelle 33 millions d’euros ont été récoltés. Pour comprendre ces chiffres, il est important de distinguer les plateformes de don, des plateformes de prêt qui arrivent en tête du classement avec plus de 37 millions d’euros collectés. Les plateformes de don avoisinent quant à elles 20 millions d’euros. Enfin les plateformes de financement en capital ont récolté 9,8 millions d’euros. La finance participative en France, c’est aussi plus d’un million de contributeurs. Les plateformes françaises s’adossent aujourd’hui à une économie participative solide et une source de financement de plus en plus crédible auprès des partenaires bancaires et institutionnels.

Pour aller plus loin

- Site de Bulb in Town
- Site de Kisskissbankbank
- Site de l’association FPF « finance participative »
- Site du réseau de financement solidaire « France Active »
- Site de Kickstarter, numéro un mondial des plateformes de crowdfunding
- Page de collecte de fonds pour la biscuiterie « Jeannette »
- Page de collecte de fonds pour la « Maternité des Lilas »

 

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